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E-formation et normalisation
Première publication : 13 janvier 2002, mise en ligne: dimanche 13 janvier 2002

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E-learning : un identifiant pour tous les apprenants du monde ?

On connaît l’enjeu économique majeur du e-learning pour les toutes prochaines années. Divers chiffres circulent. Pour sa part, l’IDC évalue le marché à 23 milliards de dollars en 2004, contre 1,7 milliard en 1999, soit une augmentation annuelle de 70 % pendant cinq ans et met l’accent sur la présence grandissante de l’Europe dans ce développement, la part de marché de la zone européenne passant de 8 % à 17 %, tandis que celle des Etats-Unis reste stable, autour de 70 %, le Japon étant le grand perdant dans cette évolution.

Que la normalisation puisse aider les éditeurs européens de logiciels pédagogiques à trouver leur place dans ce paysage remodelé est l’évidence. On se réjouit que les deux organismes internationaux de normalisation, l’ISO (Organisation internationale de normalisation) et l’IEC (Commission internationale électronique), aient joint leurs efforts dans un comité
commun pour couvrir l’ensemble des besoins de normalisation dans différents domaines, ce qui est fait par un nombre important de sous-comités, au nombre
desquels le sous-comité 36 (SC 36) suit le dossier du e-learning. Par ailleurs, chaque organisme national compétent pour la normalisation peut créer un groupe miroir du sous-comité international, pour apporter sa
contribution comme le fait en France la CN 36 de l’Afnor (Agence française de normalisation).

Le travail technique est préparé, entre autres, par l’IEEE, (Institute of Electrical and Electronics Engineers), une association professionnelle américaine, vieille de bien plus d’un siècle, fédérant 36 associations, et regroupant 365 000 adhérents. La réputation de compétence technique de cette association, sur le plan mondial, est imposante et son poids est considérable dans le processus de normalisation.

De quinze à vingt projets sont actuellement analysés par l’IEEE pour bâtir la norme dont aurait besoin l’e-learning. Parmi lesquels précisément le Simple Human Identifier, sur lequel s’est attardé le CN 36 de l’Afnor.

Déjà, un identifiant simple à concevoir pour les fournisseurs et distributeurs des produits de l’e-learning et pour les apprenants n’est pas sans danger, car il peut être aussi facilement mémorisé par des personnes de l’entourage du titulaire ou du fournisseur.

Et c’est alors la porte ouverte au vol d’identité. Mais là
où les avantages de cet identifiant, tels qu’ils sont avancés par l’IEEE, parviennent encore moins à convaincre un Européen, c’est lorsqu’on lui assigne pour fonction de rassembler sur un même apprenant ses styles et ses préférences, en notant ses modes d’apprentissage, ses aptitudes physiques et cognitives, ses penchants culturels.

Tout est en place pour enrichir ces données, avec ou sans le consentement des apprenants, les grandes bases de données comme Abacus ou Double Click,
dont le négoce est si lucratif. Et il ne suffit pas, comme semble le penser l’IEEE, que l’identifiant (une chaîne de caractères alphanumériques) soit non signifiant, en s’abstenant de coder des données qui, comme le fait notre numéro de sécurité sociale, désignent nos sexe, date et lieu de naissance, et numéro du registre d’état-civil. 

Nous avons bien su, en France, gérer la scolarité de nos douze millions d’élèves sans le recours à un identifiant national. Un identifiant est une donnée sensible, sa mise en place nécessite un débat dans lequel le pouvoir politique a l’initiative et doit prendre parti.

C’est sur ce motif que le CN 36 de l’Afnor mène croisade contre ce projet fou et tente de rallier à sa cause ses partenaires européens.
Louise Cadoux
Le Monde

L’enjeu linguistique et culturel de la normalisation des TIC pédagogiques

Depuis 1999, le JTC1 (Joint Technical Committee n°1), comité technique commun à l’ISO et à la CEI (Commission électrotechnique internationale), a ouvert un chantier de normalisation des systèmes d’information destinés à l’enseignement et à la formation.

 La réalisation concrète de cette norme est de la responsabilité d’un groupe de travail du JTC1, le SC36 (Sub-Committee 36), qui travaille à l’avancement de ce chantier en étroite synergie avec IEEE (Institute of
Electricity and Electronic Engineers) qui mène des travaux complémentaires à visée plus opératoire sur le plan technique.

L’ingénierie éducative devient au plan mondial une activité multinationale, multiculturelle et multilingue étroitement dépendante des TIC, et c’est aussi un domaine économique en pleine expansion. De l’école à l’entreprise, de l’éducation institutionnelle à l’autoformation, du réseau universitaire au mode d’emploi médié sont concernés les enseignants, les
décideurs de l’éducation ou de la formation, les industriels et les éditeurs.

 L’enjeu linguistique de ce chantier normatif a son fondement tout autant dans la phase définitoire de la norme que dans le contenu même de celle-ci.

La façon de dénommer, de définir et de caractériser est dépendante de la langue et inscrite dans une culture, ce qui enlève de fait toute neutralité au champ de la norme, aux objets et aux faits considérés, à l’information gérée sur ceux-ci, ..., aux critères pédagogiques et aux principes collaboratifs retenus, aux principes de partage et d’échanges des ressources envisagés...
Association des informaticiens de langue française (AILF)

Normalisation des NTIC pédagogiques et création d’un groupe ISO-SC36 à l’AFNOR

Le JTC1 (Joint Technical Comity), Comité technique commun à l’ISO et à IEC (International Electronic Commission), lieu où se préparent de nombreuses
normes qui organisent un univers des NTIC d’années en années plus convergent et intercompatible, vient de démarrer la mise en chantier d’une normalisation des systèmes d’information destinés à l’enseignement et à la formation. En termes concrets, il s’agit de formaliser pour pouvoir le normaliser, un contexte de médiation aujourd’hui complexe et disparate. Le SC36 (Sous Comité du JTC1) est désormais chargé de développer ce programme de travail.

L’ingénierie éducative est un fait inéluctable qu’un certain nombre d’enseignants et de décideurs de l’éducation et de la formation (depuis l’université jusqu’à l’entreprise) ne remettent pas en cause. Il existe en France et dans le monde quantité d’universités virtuelles, de réseaux d’enseignement à distance, de professeurs impliqués dans la médiation
pédagogique par les NTIC. Il existe aussi quantité d’entreprises, d’éditeurs multimédia qui produisent des systèmes technologiques et de l’information
pédagogique.

L’ingénierie éducative devient une activité mondiale, multinationale, multiculturelle et multilingue étroitement dépendante des NTIC. C’est aussi un domaine économique en pleine expansion. De très nombreux éditeurs, réseaux câblés, chaînes hertziennes... se sont spécialisés dans ce secteur.

On peut surtout penser que la logique de développement informationnel devrait permettre à moyen terme de développer de la formation interactive
attachée à de très nombreux produits et services (de l’ordinateur au paquet de nouilles en passant par le tourisme, l’environnement...), disponibles en tout lieu et à toute heure (par exemple sur le téléphone portable).

Ces perspectives imposent que l’ingénierie éducative dépasse sa phase de " bricolage singulier ", qu’elle s’organise et se structure notamment dans le cadre d’Internet et de l’information structurée.

L’enseignement assisté par ordinateur ou à distance a besoin d’organiser ses ressources, ses forces de travail, ses pôles de production, ses méthodes, ses réseaux.

Normaliser l’ingénierie éducative c’est effectivement créer le cadre fonctionnel, formel, structurel, mais aussi qualitatif et sémantique qui permettra d’organiser et de faire fonctionner toute tâche pédagogique, mais aussi de mettre en relation un collège d’enseignants (et/ou) d’apprenants, d’établir la communication, d’encadrer les évaluations,d’organiser les routines d’apprentissage, d’établir des profils d’apprenants, de proposer des stratégies d’acquisition de savoir...

Ce sera aussi, créer des architectures logiques et documentaires qui permettront de gérer et d’utiliser d’immenses patrimoines de supports d’enseignement découpés en modules, voire en grains de pédagogie médiatisée, et ce de façon multidisciplinaire, multimodale, multimédia, multilingue, organisée en niveaux et disponible sur réseaux de façon planétaire. (...)

Le terme de normalisation effraye à bon droit nombre d’enseignants (ou même de formateurs) qui contrairement aux spécialistes des systèmes d’information entendent normes au sens restrictif du terme et non comme un cadre ouvert permettant de définir de façon diversifiée et articulée un grand nombre de fonctionnalités, y compris contradictoires, soumises à définition normative. (...)

On peut ainsi penser qu’un effort conceptuel important doit être entrepris par la communauté des pédagogues en interaction avec les acteurs techniques des NTIC, pour proposer une articulation ouverte :

* du mode pédagogique,
* de la mise en oeuvre d’une configuration médiatique,
* de la mise en oeuvre de contenu (ce qui est distinct de la description
normalisée de ces contenus ou ressources),
* de l’identification et de la définition des compétences et des modes d’intervention des enseignants,
* de l’identification et de la définition des compétences et des modes d’intervention des enseignés,
* de la mise en oeuvre d’une évaluation,
* d’une localisation linguistique et culturelle,
* d’une mise en oeuvre de la médiation des aspects juridiques et institutionnels ainsi que des modes de mise à disposition de l’enseignement ou de la formation médiatisée (y compris la commercialisation).

(...)
Henri Hudrisier (Université Paris 8)
http://www.ailf.net/projet/syseduc.htm#point 2

Comment sont produites les normes ?

Les normes présentent des enjeux majeurs.
On n’insiste peut-être pas assez sur le mode de production de ces normes, qui n’est basé ni sur des valeurs démocratiques, ni sur la compétence de quelques techniciens spécialistes du domaine, mais bien sur le seul critère de l’argent.

Comment sont désignés les membres de ces comités de normalisation ? Comment les décisions sont-elles prises ?

L’AFNOR, de même que les autres organismes de normalisation de par le monde, est une association, qui vit des cotisations de ses membres. Les membres sont très explicitement des entreprises, et le montant de la cotisation (coûteuse) est directement proportionnel au chiffre d’affaire de l’entreprise. L’influence de son représentant aussi, hélas.

La qualité du représentant de l’entreprise décroît avec la taille et l’influence de celle-ci . Autant les entreprises moyennes délèguent généralement des personnes compétentes et motivées, qui maîtrisent les enjeux que porte la norme, autant les grosses entreprises ont tendance à envoyer des directeurs commerciaux ou de même de marketing, qui n’ont pour objectif unique que de servir les intérêts à court terme de leur seule entreprise.

Ainsi va le monde, qui ressemble de plus en plus aux seigneurs du moyen-âge, chacun défendant égoïstement le territoire de son entreprise, les nouveaux quartiers de noblesse étant partagés au
prorata du chiffre d’affaire. Quand survient un ennemi commun, ces seigneurs s’unissent sous la houlette du plus puissant d’entre eux.
Les entreprises américaines excellent dans cet art, tout
particulièrement quand il s’exerce aux dépends des intérêts européens.

Quant aux intérêts des pays en développement, ils ne sont tout simplement jamais pris en compte ni même mentionnés.

Une petite anecdote pour terminer, afin de montrer que le travail de ces commissions dites techniques entraîne des conséquences pratiques dans notre vie quotidienne, hors de tout débat démocratique.

Peut-être vous êtes-vous demandé pourquoi la lettre dite "e dans l’o" disparaît rapidement de la langue française ? S’agit-il d’une décision de simplification de la langue, décidée en France par des représentants élus, ou à la rigueur par l’Académie française ?

C’est le résultat d’une norme : La décision a été prise d’écarter la lettre du jeu de caractère ISO, tout simplement parce que, quand cette lettre a été mise à l’ordre du jour, le représentant de l’AFNOR au sein de l’ISO a été empêché. Toutes les tentatives de remettre l’étude de la lettre à une réunion ultérieure se sont heurtées à un refus définitif.

C’est ainsi que la lettre, présente sur les claviers de toutes les machines à écrire, n’apparaît pas sur les claviers informatiques, y compris bien sûr ceux de l’éducation nationale...

PS : La lettre a été réintroduite de nombreuses années après dans les jeux de caractère ISO plus récents, mais le "mal" était fait. Il se peut que cette disparition soit une simplification bienvenue, cependant le mécanisme qui a présidé à cette disparition d’un aspect de la spécificité culturelle française n’est pas souhaitable. BD


E-learning : un identifiant pour tous les apprenants du monde ?
AILFHudrisier, AILF


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