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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Propriété intellectuelle > Les droits du travailleur intellectuel. Retour à Jean Zay ? | |
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Première publication : 31 janvier 2002, mise en ligne: jeudi 31 janvier 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF
Anne Latournerie, adjointe du responsable du département de l’édition de la Réunion des musées nationaux, Anne Latournerie a soutenu un DEA d’Histoire du xxe siècle à Science-Po sous la direction de Jean-Noël Jeanneney : « La Loi du 11 mars 1957 sur la propriété littéraire et artistique : sacre de Elle restitue, dans son DEA et dans cette interview, les diverses conceptions du droit d’auteur qui se sont affrontées du XVI eme siecle (invention de l’imprimerie) jusqu’a aujourd’hui. Elle montre que le droit - interêts des auteurs face aux entreprises de diffusion ( libraires, editeurs, diffuseurs) - interêt des auteurs face a l’interêt public : durée de la protection , domaine public... Il n’est pas indifferent de considérer les auteurs comme des "propriétaires" (approche que consacre la notion de propriete litteraire et artistique) ou comme des "travailleurs intellectuels" ( comme le proposait Jean Zay en 1936). Le projet de loi avorté de Jean Zay, ministre de l’education et des Beaux Arts du Front populaire, tentait de jeter les bases d’une forme de contrat social passé entre les auteurs et la société. En contrepartie d’une Il revenait ainsi aux sources revolutionnaires (revolutions française et americaine) du droit d’auteur : Sieyes-Condorcet, d’une part, Jefferson, de l’autre. Anne Latournerie montre bien comment le chantier legislatif du droit d’auteur, ouvert au lendemain de la deuxieme guerre mondiale et conclu en 1957, marque une regresion, en se limitant a organiser les relations entre auteurs et diffuseurs. Cette categorie de "travailleurs intellectuels", que jean zay formule en 1936, tres ancree dans le contexte politico-social des années 30 (s’il faut organiser les droits des travailleurs manuels, il faut aussi penser les droits des travailleurs intellectuels) est d’une singuliere modernité. Dans les debats en cours sur l’oeuvre collective (ou l’oeuvre de collaboration), sur la creation salariée, sur l’organisation respective des droits des journaux et des journalistes, sur l’avenement de nouvelles Extraits de l’interview d’Anne Latournerie Avec l’arrivée du Front populaire, Jean Zay, ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts, propose, dès Août 1936, un grand projet politique d’ensemble visant à régler la question du droit d’auteur et du Ainsi, le 13 août 1936, Jean Zay dépose son projet sur le droit d’auteur devant la Chambre des députés. Loin de se limiter à des questions juridiques et techniques, le projet de Jean Zay est un projet politique. L’idée centrale de Zay est de faire une Jean Zay ouvre à nouveau la vaste question de l’articulation des intérêts privés et des intérêts publics dans le double dessein de concilier les intérêts de « la famille et de la Nation » et de créer enfin le domaine Cet article 21 fait couler des « flots d’encre », comme d’autres dispositions relatives au contrat d’édition (l’article 32 sur la durée des contrats d’édition et l’article 54 sur la dénonciation des contrats antérieurs à la loi). Les éditeurs, et certains auteurs, se déchaînent. Jean Zay voulait instaurer sur de nouvelles bases une collaboration efficace entre les différentes parties, et en particulier entre les auteurs et les éditeurs dans le respect mutuel de leurs droits. Les éditeurs voient là un " projet de combat " ; les polémiques éclatent naturellement. Le projet est remanié à de nombreuses reprises au cours des années 1937 à 1939. Lorsque les débats s’engagent devant la Chambre des députés, en juin 1939, sur la base d’un projet pourtant largement revu, la discussion demeure animée et ne peut s’achever avant la clôture de la session parlementaire. Seule une partie du texte a pu être examinée et si le projet abordait bien l’ensemble des disciplines touchées par le droit d’auteur (la musique, les arts plastiques, la radio, le cinéma...), c’est l’édition qui occupa toujours l’essentiel des débats. À la veille de la guerre, avec Jean Zay la discussion politique est entamée mais inachevée. Un vrai débat de société s’est ouvert, sur des vraies questions, débordant largement la sphère du juridique et du droit d’auteur et posant de nouveaux enjeux autour de la place et du rôle des auteurs dans la société moderne, du rôle de l’Etat en matière artistique et culturelle. Ce débat, brutalement interrompu par la guerre, reprendra, mais sur des bases nouvelles, liées aux modifications intervenues pendant et après la guerre. Que se passe -t-il après la Seconde Guerre mondiale ? L’examen et la discussion parlementaires s’échelonna ensuite de 1954 à 1957. La « grande loi moderne » tant attendue ne vit ainsi le jour que le 11 mars 1957... Au-delà de la nécessité reconnue par tous d’une grande loi pour les auteurs et de la volonté politique d’adapter le droit d’auteur au monde moderne, le Par-delà la continuité historique dans la volonté de mener à bien la modernisation de la législation du droit d’auteur, il est clair que les projets des années 30 et de l’après-guerre revêtent des tonalités politiques Tirant sans doute les leçons de l’échec du Front populaire, la IVe République est guidée par l’obsession du compromis. La IVe République, indécise, voit-elle la méthode de la concertation comme une porte de sortie, face à une absence de propos politique fort ? Ou bien, la question des droits d’auteur est-elle déjà devenue une question avant tout « juridique », et donc « technique », dont la défense est accaparée par les spécialistes, et bientôt, par les groupes d’intérêts, les groupes de pression, organisés ? Pour finir, la loi du 11 mars 1957 est une loi peu politique, une loi de consensus, une loi de pacification réussie, après l’échec de la dernière grande bataille politique menée par Jean Zay. Véritable monument législatif, c’est une loi de légiste, dont le principal auteur est un juriste. Loi d’organisation économique, elle est accueillie dans la quasi-indifférence par les auteurs. Le paradoxe et le sens de la loi de 1957 résident dans le fait que, tout en sacralisant et en idéalisant l’auteur et la création originale (tendance que les juristes présentent comme la prolongation d’une longue tradition), elle est avant tout la loi des droits de la médiation culturelle et artistique. Par-là, elle inaugure et est une loi fondatrice.
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