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Quels clivages droite-gauche autour d’Internet et des technologies de l’information ? (Janvier 2002)
Première publication : 2 mars 2002, mise en ligne: samedi 2 mars 2002

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La campagne électorale n’est peut être pas le meilleur moment pour une réflexion de fond sur la question des clivages droite-gauche face a la société de l’information.

Il faut, tout à la fois, faire valoir et défendre le " bilan de l’action gouvernementale, formuler des propositions programmatiques pour la prochaine periode. Tout en problématisant les lignes de clivage.

Le fait que le RPR et l’UEM reprennent, dans leur programme " Internet et technologies de l’information " des propositions assez proches de celles du PS (et souvent des actions deja largement mises en œuvre par le Gouvernement) ne facilite pas l’exercice de différenciation.

Florent Latrive , du journal Liberation, avait adressé, début janvier, a temps reels (et probablement à d’autres) une serie de questions sur les enjeux proprement politiques de l’Internet.

1) Jusqu’à aujourd’hui, y a t il eu une différence d’approche entre la droite et la gauche
à propos de l’Internet ? Pourquoi ?

2) Peut-on imaginer des clivages spécifiques sur ce sujet ? Faut-il tout simplement en imaginer ou considérer que toute politique liée à ce domaine s’insère naturellement dans des clivages existants (intervention de l’Etat, par exemple) ? En d’autres termes, est-ce qu’on peut imaginer une politique Internet de droite et une autre de gauche ?

3) Démocratie Libérale explique que "l’Internet est libéral". Qu’en pensez-vous ?

4) Il est courant de dire que la culture de l’Internet est assez libertaire. Comment le PS peut il se positionner par rapport à cela ?

Droite-gauche : le même agenda

Jusqu’à aujourd’hui, y a t il eu une différence d’approche entre la droite et la gauche à propos de l’Internet ?

Tous les gouvernements europeens, de droite comme de gauche, ont fait du " Livre Blanc-Delors " et font du "e-europe ".
Grosso modo, ils ont tous le même agenda :
• Informatique a l’ecole
• administration electronique
• amenagement numerique du territoire
• développement de points d’acces public
• incitations a l’innovation etc ...

Au plan europeen, entre les politiques " société de l’information " de droite et de gauche, il y a assez peu de différences.

Il y a peut être deux pays qui en font plus que les autres : ce sont la Suède et la Finlande. Ils ont assez largement identifié l’avenir de leur économie et de leur société avec le destin des champions industriels nationaux de l’électronique (Ericson et Nokia). Cela ne fait pas un projet de société.

Si on descend au niveau inferieur, les collectivités locales, il y a assez peu de difference entre mairies de gauche et de droite dans l’approche de l’internet... On trouve des villes de droite et de gauche parmi les "Villes Internet"... RM

La droite la moins internaute d’Europe

On entend souvent : la droite aurait fait la même politique que la gauche elle avait été au pouvoir ...

Mais elle a été au pouvoir, de 1993 à 1997, quand Internet prenait son essor, quand Clinton et Gore faisaient des "autoroutes de l’information" une priorité de leur mandat, quand les gouvernements européens prenaient des initiatives pour développer l’usage de l’internet...

Elle n’a rien entrepris de sérieux pour soutenir l’innovation dans les NTIC entre 1993 et 1997 ... Pire, elle a failli brader Thomson Multimédia...

Ne comprenant rien à la révolution internet, elle a commis trois erreurs :

• tout attendre du marché, alors que la concurrence n’y pourra produire que très progressivement ses effets et que l’essor de nouveaux réseaux à haut débit exige une régulation publique appuyée sur une vision stratégique et des moyens concrets ;

• ignorer les dimensions non-marchandes de l’internet et leurs promesses, tant pour ce qui concerne les relations entre l’Etat et les citoyens que pour la société elle-même ;

• négliger les effets leviers de mesures publiques, notamment pour ce qui relève directement de l’Etat (école, formation, culture, administration, recherche).

Faute de stratégie nationale et d’action publique, la droite a retardé le démarrage de l’internet en France : 1% des écoles et moins d’1% des fonctionnaires connectés à l’internet en 1997.

La passivité des gouvernements Balladur et Juppé hier face à la révolution internet, l’activisme verbal de Chirac à partir de 2000, les propositions lacunaires ou retardataires de l’UEM aujourd’hui traduisent toujours la même incapacité de la droite française à définir une vision de l’internet pour la France.

On a dit que droite française était la plus bête du monde... C’est en tout en cas la moins internaute des droites européennes... GP.

Prendre en compte la composante géopolitique ...

Jusqu’à aujourd’hui, y a t il eu une différence d’approche entre la droite et la gauche à propos de l’Internet ?

Oui. La plus ou moins grande part confiée à l’Etat ou au marché dans le développement des infrastructures, de la mobilisation de ses forces diverses, et dans une moindre mesure, sur les approches relatives au point d’équilibre entre sécurité et ordre public, d’une part, et libertés individuelles, d’autre part ...

Peut-on imaginer des clivages spécifiques sur ce sujet ?

On peut ,si l’on veut, ramener tout à ce clivage, en ce qu’il porte sur le degré d’intensité de la régulation économique ; mais c’est sommaire.

Il me semble qu’il n’y a pas de clivage clair droite-gauche " sur les sujets culturels et la nécessité perçue par tous de défendre la langue et les productions culturelles assurant une diversité, une façon de parler de ce qu’on vit. Mais qu’il y a bien de tels clivages au sein des droites (et dans une moindre mesure, des gauches...) : de ce point de vue, la position de Jacques Chirac est plus proche de celle de Lionel Jospin que de Madelin, par exemple...

Sur la question logicielle, si le PS prend la voie indiquée dans ses propositions quant au brevet logiciel, il y aura bien quelque chose de spécifiquement différent, visant à un mode de développement collectif, essentiellement gratuit et subventionné, d’un bien qui, ailleurs, est marchand et fondé sur la mobilisation d’efforts individuellement rémunérés. Ce qui a des effets massifs, par exemple dans l’éducation.

Sur la question de la fracture numérique, le discours est le même, la façon de le gérer, elle, diffère sensiblement, mais ce sont des questions dont la composante locale est très importante, et on trouverait sans peine des maires de droite très sociaux, et des maires PS assez élitistes, même si " en moyenne ", les choses sont telles qu’on peut les supposer.

Quant à la façon dont s’oriente l’UMTS en Europe, elle relève plus de différences structurelles dans les appareils publics en Europe que politiques. Le Royaume Uni a été financier et "libéral", et usera en son temps de lawyers pour tâcher de récupérer ce qu’il pourra des résultats plus "industriels ", lents et tâcherons, mais sur le long terme plus porteurs, des ingénieurs français qui aiment bien les grands réseaux et se sont toujours mieux débrouillés que d’autres pour les déployer (ceci est vrai pour l’eau, l’électricité, les TGV, quelques transports urbains, par exemple...)

Démocratie Libérale explique que " l’Internet est libéral ". Qu’en pensez-vous ?

Au sens ou rend le marché plus vaste et transparent, oui.

Qu’il fragilise les structures étatiques en les mettant en concurrence dans des configurations jusqu’alors inconnues, oui. Qu’il laisse donc plus de part à l’individu, et peu aux préoccupations de régulation à long terme, oui. Que ses moyens de développement s’accomodent fort bien d’outils de marché, oui.

Mais il y a une composante géopolitique qui échappe à une telle analyse : il peut être aussi un outil de concentration de pouvoir formidable, (et comme la nature a horreur du vide, il l’est) tant dans les entreprises que dans les hiérarchies à l’échelle mondiale d’appareils publics. Si bien qu’une vision béate "laissant faire le marché" en l’espèce, est aussi susceptible in fine de favoriser l’émergence de forces supérieures à toute instance de régulation de la concurrence (qu’appelerait en bonne logique la théorie libérale) ou d’équilibre des forces politiques, et donc de dévorer ses zélotes.

Qui donc, d’ailleurs, prônait ainsi les enchères comme alpha et oméga de la sagesse pour répartir les licences UMTS, avec le succès que l’on sait ?

Et comment se fait-il que l’arrivée des républicains au pouvoir aux Etats-Unis ait coincidé avec le changement du président de la FTC, et aussitôt l’inflexion de la direction que prenait le procès Microsoft ? Ou encore que l’ICANN, pensée au départ (sur une idée française, d’ailleurs) comme instance de concertation mondiale, en soit désormais à prendre ses directives au seul congrès US ? En ce sens, ne faudrait-il pas plutôt dire que, vu de DL, fût-ce implicitement, internet est américain, et doit le rester...

Cela dit, le président de DL a déjà fait la preuve de sa cohérence politique, en étant le ministre des finances qui a le plus accru les impôts de toute l’histoire de la Vè république. Il a certes démissionné. Mais, après.
TGV

l n’y a pas de "culture Internet "

Peut-on imaginer des clivages spécifiques sur ce sujet ?

Non, elle s’insère dans les clivages existants.

Démocratie Libérale explique que " l’Internet est libéral ". Qu’en pensez-vous ?

Rien. Depuis quand Démocratie Libérale explique quoi que ce soit ? Pour DL, le libéralisme est plus un fond de commerce qu’une doctrine élaborée.

Il est courant de dire que la culture de l’Internet est assez libertaire. Comment le PS peut il se positionner par rapport à cela ?

Il n’y a pas de " culture Internet ". Par ailleurs, plus personne n’ose plus parler des libertaires sur Internet.
Internet aujourd’hui, c’est Wanadoo, AOL et Deutsche Telekom, rien de très libertaire dans tout cela. JR

Déplaçons le terme du débats...

L’opposition ou le clivage sur l’Internet se situe plutot entre :

Plasticité et rigidité

Fragmentation et unicité

Désordre fécond et ordre pyramidal... (n’étant pas libertarien je n’ai pas dit cathédrale et " bazar "...)

Appauvrissement de l’interactivité et de l’intercréativité

Les politiques liées à l’innovation devront aussi favoriser cette simplification des technologies sans laquelle les mesures de réduction de la fracture numérique ne seront que des injections financières dans les industries technologiques sans traductions sociales réelles.

Enfin une absence notable dans les textes et débats actuels : la notion de données culturelles essentielles (on peut en particulier revoir cela sous l’angle de l’accès à l’information et aux technologies). C’est en fait dans les débats actuels l’antithèse de la marchandisation et nous devrons nous pencher en profondeur sur ce que cela implique ...politiquement. BE

Sécurité : la gauche à contre-emploi...

Le gouvernement a été relativement securitaire (a contre emploi, si on admet que la gauche s’est longtemps voulu garante des libertes)

La droite aime la sécurité, c’est certain. Et peut, pour cela, n’être pas très regardante sur l’impact sur les libertés publiques, tant qu’il s’agit de mettre la main au collet d’humbles et sans grade.

Mais, elle devient extrêmement contradictoire dès lors que la sécurité met en cause des intérêts économiques puissants : ainsi, elle est contre la prolifération de la drogue, mais si, pour démantibuler des réseaux, il faut aller jusqu’à mettre le nez de fonctionnaires assez profond dans des affaires privées de grande ampleur (même si elles sont en général honnêtes) halte là !

C’est ainsi que par exemple, l’adminisration Bush avait, tout en gardant le même discours sur la lutte contre le blanchiement qui est un must diplomatique, et que tenaient aussi les démocrates, effectivement levé le pied à son arrivée, faisant dire aux banquiers suisses, qu’ils avaient beaucoup plus la paix en 2001 qu’en 2000.

Et, derrière cette tendance du leader politique et économique, les autres partis de droite, grosso modo, s’en réjouissaient in petto (pas les Villiers, mais c’est marginal) et s’ils avaient le pouvoir, suivaient, tandis que les partis sociodémocrates au pouvoir savaient fort bien que leurs efforts annoncés étaient vains tant qu’il n’y avait pas de volonté cohérente au niveau, au moins, du G7.

Cela s’est inversé avec le 11.09, où d’un coup la préoccupation sécuritaire a pris le dessus, mais, pas pour longtemps sans doute, au moins sur le plan financier ...

En fait, sur les choses sérieuses (pas les voleurs de sac à main), la droite n’est pas dans les faits (au contraire de son discours) vraiment sécuritaire, elle est plus libertaire.

La gauche serait le contraire : elle est prête à faire passer l’intérêt général au dessus de considérations pragmatiques sur l’intérêt du secret pour la prospérité du commerce, au nom de grands principes. Ce qui l’amène, et pas que dans le discours, à vouloir mettre en place de vrais mécanismes de régulation, fiscaux notamment ...

Mais, elle se heurte, ce faisant à d’autres courants qui lui sont internes et aussi viscéraux, qui sont de défense des libertés individuelles, et, dans une certaine mesure, libertaires aussi (en ce sens que les contraintes du contrat social apparaissent trop lourdes à beaucoup sur ce sujet) ; qui s’expriment selon des variantes du " mort aux vaches " et une défiance basique à l’égard de l’autorité dès lors qu’elle s’appuie sur la police de façon indissociable à ce type de régulation.

Témoins, les réactions furieuses à la Loi sécurité quotidienne (LSQ), auxquelles le gouvernement a du faire face dans l’application, relativement modérée, de dispositions sécuritaires.

Moi même, j’ai un temps pensé que cette LSQ allait trop loin et était partiellement inutile, de surcroît difficilement réversible, avant de me rendre aux arguments du gouvernement .et aux éléments de réversibilité inclus dans le texte français.

Tout est question de proportion, en l’espèce....

Je pense que le patriot act est un mauvais texte, et qu’il nous entraîne, tous pays confondus, avec des proportions variées, vers un bout du curseur orwellien, alors que la volonté explicite de ne pas réglementer qui était celle des Etats Unis autorisant le cryptage dur privé, il n’y a pas 4 ans, était dans l’autre sens (et également un peu trop dans l’autre sens..) TG

L’un des absents des discussions politiques sur l’Internet est le devenir du réseau lui-même.

En effet les choix technologiques qu’ils soient collectifs (sur les infrastructures d’accès) ou individuels (sur les applications comme le peer to peer) auront un impact sur les formes de ce réseau et sur les innovations sociales qui pourront en découler.

L’une des tâches les plus ardues sera de faire comprendre à quel point l’architecture du réseau (que d’aucuns imaginaient invulnérable) peut être l’objet d’attaque par certains de ces promoteurs les plus bruyants. Un exemple récent est la décision de la Commission Européenne d’accepter la mainmise des technologies Microsoft et Verisign sur la gestion du DNS en lieu et place des solutions open source précédemment utilisées. Les conséquences politiques de cette négociation sur l’organisation de l’Internet seront immenses mais elles restent abstraites pour la plupart des internautes. Il devient nécessaire de faire connaître les " Yalta " de l’Internet.

Ainsi aux Etats-Unis la fermeture d’@Home a soulevé un débat sur les risques liés à la régulation des accès haut débit. Une régulation trop précoce pourrait en effet verrouiller les positions dominantes. En France, ce verrouillage du secteur du haut débit est déjà présent.

L’aide à l’appropriation de l’Internet est un objectif politique de progrès. Mais trop souvent c’est la dimension individuelle et technicienne qui est mise en avant. En plus de l’espace que constituent ces réseaux, les citoyens devront s’en approprier les règles. Et le cours des évolutions actuelles ne pourra être modifié que si les décisions publiques s’appuient sur une information et un débat avec les citoyens/internautes. Ce n’est que depuis ce socle de légitimité que les acteurs publics pourront agir et informer les citoyens pour préserver les principes fondateurs de l’Internet.

Une politique Internet de progrès sera une politique mise au service d’un projet social et pas seulement industriel.

Or, à l’heure où nous parlons, les potentialités de l’Internet sont encore tenues en laisse, laissant libres ceux qui peuvent développer une vision industrielle (certains diraient " équipementiste ") de l’Internet. Cette vision purement industrielle de l’Internet où l’on ne considère que son impact sur la vente de telle ou telle solution matérielle ou logicielle est à l’opposé d’un projet de société basé sur des valeurs de progrès...

Ainsi dans le domaine scolaire, le risque existe de créer une génération " Internet à l’Ecole " comme il y eut une génération " Informatique à l’Ecole " et l’on sait à quel point ces choix ont laissé des traces durables dans les esprits (sans revenir sur le temps et l’argent perdu dans des impasses technologiques).

Les politiques liées à l’innovation devront aussi favoriser la simplification des technologies de l’Internet sans laquelle les mesures de réduction de la fracture numérique ne seront que des injections financières dans les industries technologiques sans traductions sociales réelles. Il est aussi possible de créer des Simputers en Europe..

Une autre absence notable dans les textes et débats politiques actuels : la notion de données culturelles essentielles. C’est en fait l’antithèse de la clientelisation à outrance de l’Internet et nous devrons nous pencher en profondeur sur les conséquences politiques de cette notion. Face à la tendance à la " télévisualisation " de l’Internet, le pôle public d’information ne peut plus se limiter aux seules informations nécessaires aux démarches administratives.

Aller au bout de la logique d’échange de l’Internet nécessitera un véritable courage politique. Mais il est clair aujourd’hui que cela ne va pas de soi. Du point de vue industriel, un véritable étau technologico-juridique se met en place pour protéger les acteurs des secteurs de la communication ...

Et du point de vue politique, nous avons désormais le recul nécessaire pour remarquer que l’Internet peut être " domestiqué " par les régimes autoritaires ...

Preuve s’il en fallait que la destinée politique de l’Internet n’est pas déterminée par avance... BO.

Nouvelle frontiére vs cité numérique ?

La droite comme la gauche voient le " cyberespace " ouvert par les technologies de l’information et de la communication (TIC) comme un nouveau continent.

Face à cette terre vierge, les ambitions et les programmes sont à la fois proches et divergents :

• proches, parce que les deux camps veulent explorer et conquérir cette terra incognita, pousser les Français à utiliser ces TIC, généraliser leur usage dans toutes les dimensions de la vie économique, sociale et culturelle. Des deux côtés, l’enjeu est affiché, au moins en tant que gage de modernité : là où Lionel JOSPIN veut " faire de la France l’économie numérique la plus dynamique d’Europe ", Jacques CHIRAC souhaite affiche l’objectif de " faire que la France soit le premier pays en Europe pour l’innovation " ;

• divergents, parce que ce nouvel espace, du fait de sa virginité, permet d’imaginer une (nouvelle) économie et une (nouvelle) société qui incarneraient les valeurs du camp qui propose le programme. Chaque côté propose donc, sur internet, une version " pure et parfaite " de sa vision sociale et de ses méthodes de gouvernement.

On peut donc distinguer, derrière les précautions d’affichage et les interpolations dues à ce qu’il faut bien appeler la faiblesse de la pensée politique sur ce sujet :

• une société de l’information " de droite ", qui se vit sur le mode de la " nouvelle frontière " : internet est une infrastructure essentielle au service des acteurs économiques et de la société de consommation. Le haut débit, c’est l’autoroute ; la compétition internationale passe par ces réseaux ; être à l’écart des réseaux, c’est être arriéré. L’action publique est cantonnée à l’accompagnement des acteurs économiques dans cette " ruée vers l’Ouest " ; elle est notamment chargée de garantir la qualité des infrastructures et de fournir des consommateurs en ligne aux acteurs économiques.

• Une société de l’information " de gauche ", qui se vit sur le mode de la " cité idéale " : internet est un espoir de renouveau social et culturel, le développement économique étant un moyen d’atteindre ces objectifs mais restant second par rapport à eux. Le pouvoir des acteurs économiques doit rester limité, la concurrence être régulée. Il s’agit moins d’accéder à une infrastructure de communication que de permettre à tous d’accéder à la cité numérique : " connectivity is its own reward " (principe de l’Internet Society).

Un coup d’oeil sur les programmes

Dans les 24 engagements parus dans le Figaro, l’UEM propose : " d’ici à 2007, l’internet à haut débit dans chaque commune de France ". Le RPR a consacré une convention fin novembre aux NTIC.

Les principaux clivages portent sur les points suivants :

• Sur le soutien à l’équipement et à la formation, la gauche propose des mesures d’équipement collectif (écoles) ou finalisé au niveau individuel (étudiants), largement centrées sur la sphère éducative, afin de faire en sorte que " chacun puisse, dès qu’il en ressent l’utilité, accéder à l’internet et au multimédia. La droite part de la famille pour faire en sorte que " chaque famille ait accès aux ressources de l’internet et du multimédia ".

• Sur le développement du haut débit sur le territoire, la droite souligne l’importance d’un diagnostic concerté entre collectivités publiques et acteurs privés, alors que la gauche insiste sur la nécessité du volontarisme politique public. Les divergences d’horizon temporel (2005 à gauche, 2007 à droite) ne doivent pas être surinterprètées.

• Sur les nouvelles règles de propriété (copie privée, logiciels libres, brevets logiciels), la gauche se montre plus volontiers interventionniste et attachée à une circulation gratuite des " inventions de l’esprit " (refus des brevets logiciels, forfaitisation de la copie privée, volonté de développer l’usage des logiciels libres au sein de l’administration) alors que la droite recherche l’efficacité dans la mise en place d’une économie des biens immatériels (digital management rights, simplification des règles de gestion des droits).

• Sur la démocratie électronique, Jacques CHIRAC avait souhaité en septembre 2001 que, " dès les prochaines échéances nationales, le vote par internet puisse être expérimenté pour des milliers de Français expatriés ". Le programme du RPR est cependant nettement plus prudent. A gauche, le vote en ligne est regardé avec une méfiance affirmée. BG

Les technologies de l’information dans l’état de droit : une politique de gauche

André Santini avait proposé - pour une fois sans la moindre trace d’humour dont il est coutumier - une "déclaration des droits de l’homme numérique " .

Nous pourrions y répondre, sur le ton de l’ironie et selon l’expression bien connue, qu’à l’instar des personnes morales nous n’avons jamais déjeuné avec un homme numérique. De quelle espèce est-il ? Habitons-nous la même planète ? Sommes-nous des hommes (et des femmes) numériques sans le savoir, auquel cas il aurait été bon de nous en avertir ?

Trêve de plaisanterie, même si la proclamation d’un " droit à une vie numérique " peut légitimement prêter à sourire.

Ce dont il s’agit ici - et parfois ailleurs, car ce n’est qu’un exemple quelque peu caricatural - c’est la manière dont la technique est appréhendée dans son rapport à la norme. Les réseaux feraient donc naître une nouvelle catégorie d’individus avec au passage, au sein de cette "déclaration " , une option - très marquée politiquement - qui consisterait à reconnaître des droits fondamentaux aux personnes morales en tant que telles.

Vive les droits de l’Homme,... de l’entreprise commerciale ! Mais ce qui n’est toujours pas saisi par ce texte, comme par d’autres, ce sont justement les risques d’une régulation par la technique et par elle seule.

On connait les dangers les plus patents de ce mode de régulation :
• mise de côté de l’Etat au profit d’experts sans légitimité démocratique ;
• rigidité absolue des systèmes technique de protection ou de traçage qui risquent à l’avenir de s’imposer sans contrôles et sans débats contradictoires ;
• relégation progressive de ceux qui ne savent pas, ne maîtrisent pas la technique, au profit des " sachants ".

Dans ce contexte, le fait de proclamer, comme le fait André Santini, que "chacun peut crypter ses communications numériques à des fins de confidentialité, d’authentification, de sécurité, par l’outil de son choix " résonne comme un abandon de celles et ceux qui - justement - ne sont pas en mesure de faire un tel choix.

L’Etat de droit, celui auquel nous tenons, ne peut laisser se développer une régulation parallèle au risque de réelles discriminations. Il faudra donc, d’ici les prochaines échéances électorales, que chacun prenne ses responsabilités, et affiche clairement ses choix.

Car nous devons prendre la mesure du discours de la droite en matière de technologies de l’information. Plutôt que d’interdire l’assassinat, pourquoi ne pas imposer à chacun de porter un gilet pare-balles ?

Présentation caricaturale ?Certes. Mais poser dans ces termes la question des droits des utilisateurs des réseaux numériques, et plus particulièrement de la protection de leur vie privée, a tout de même le mérite de replacer le débat sur un terrain qu’il ne devrait pas quitter : celui des choix de société, et donc aussi celui du droit, ce que la droite a une fâcheuse tendance à mettre de côté.

Sous couvert d’autorégulation, certains ne nous proposent en effet rien moins que de prendre nous-mêmes en charge la défense de notre intimité. Les mails peuvent être interceptés ? Utilisez donc la cryptologie. Vous n’appréciez pas d’être tracés et reconnus par les sites que vous visitez ? D’abord, c’est pour votre bien, c’est dans l’intérêt du consommateur que vous êtes. Et puis, libre à vous de refuser ou de supprimer ces fameux " cookies " qui vous font si peur, pour peu que vous parveniez à en comprendre le fonctionnement.

Une vraie question se pose alors : la protection des droits fondamentaux doit-elle être offerte prioritairement à ceux qui savent, à ceux qui maîtrisent les technologies, au risque d’en exclure tous les autres ? Se défendre de la technique par cette même technique - et surtout s’en tenir là - c’est admettre que la protection des individus sera toujours inégale.

D’autres proposent que nous dressions nous-mêmes nos propres lignes Maginot numériques - bien incertaines, comme l’histoire l’a montré - sous la forme d’une partition de nos disques durs en espaces publics et en espaces privés. Serons-nous requis d’obéir à ces injonctions, sous peine de se voir accusés d’être - en quelque sorte - complices par négligence des atteintes que nous pourrions subir ?

Il y a dans cette démarche un arrière-goût d’autodéfense qui correspond bien, dans un certain sens, à l’esprit pionnier des acteurs d’origine du réseau : " Dans le far-west cybernétique, nous allons faire notre propre loi, nous allons enfin pouvoir renverser les armes du contrôle " . Il s’agit là, peut-être, du charme discret de l’underweb, comme on parlait naguère de l’underground ; un charme aujourd’hui relayé par la droite, qui n’a pourtant pas grand chose à voir avec les pionniers en question.

Partant du postulat que les réseaux ne seront jamais, ne devront jamais être, des espaces parallèles dans lesquels règne la loi du plus fort, ou du plus malin, il faut donc leur répondre : " Nous ne voulons ni milices privées, ni réserves d’indiens ; nous voulons l’égalité de tous, les mêmes droits pour les bidouilleurs de génie et pour les technophobes " .

A ce moment là, ne leur en déplaise, la loi doit intervenir. Certes, elle doit être repensée, prendre en compte la latéralisation des processus de contrôles, le passage d’une logique de fichiers centraux à une logique de traces.

En un mot : la loi doit se saisir de la technique, mais sans s’y laisser prendre.

C’est ce que fait le Gouvernement depuis 1997, avec constance et conviction, dans le cadre du PAGSI . C’est une part importante de son bilan - et de son projet - qui ne doit pas être ignoré. CR

Une ligne de clivage gauche-droite va progressivement se cristalliser .

Est-ce qu’on peut imaginer une politique Internet de droite et une autre de gauche ?

Une ligne de clivage gauche-droite va progressivement se cristalliser . Elle tourne autour de la " regulation economique ".

La droite est plus spontanement portée a adhérer, voire épouser, les évolutions du marché. En l’occurence, ces evolutions vont dans le sens de la concentration (grands acteurs integres horizontalement type Vivendi) et de la proprietarisation.

La gauche est plus spontanement portée à se mefier des forces du marché.,En l’occurence, cette mefiance instinctive est fondée. Face a la concentration, la gauche aura plutot tendance a faire prevaloir la concurrence, l’innovation et la " diversité ". Face a la proprietarisation, elle aura plutot tendance à faire prevaloir les droits du public et l’idee de domaine public.

Démocratie Libérale explique que " l’Internet est libéral ". Qu’en pensez-vous ?

Internet serait liberal sous deux angles :

• la perspective d’un "frictionless market"
Je crois que ce debat est largement dépassé, avec l’eclatement de la " bulle " et la disparition d’un grand nombre de " pure players " qui essayaient d’inventer de nouveaux mecanismes de vente fondés sur le " pouvoir du consommateur " et la " transparence " ....
Les places de marché introduisent une fluidité nouvelle dans les transactions inter-entreprises, mais le marché " sans friction " reste une utopie liberale.

• la perspective d’un dépérissement de l’etat face a un reseau mondial et sans frontiere
C’est l’idée selon laquelle le reseau mondial ruinerait l’un des fondements de l’etat ; la souveraineté territoriale....
Je crois que ce debat est largement dépassé, notamment depuis le 11 septembre. Les etats sont loin d’avoir abandonné leurs prerogatives. (Lessig ajoute qu’il y a une connivence entre les etats et les grandes firmes pour " changer " l’architecture de l’internet et la rendre plus controlable. Je ne sais pas si c’est vrai. On doit voir les choses differemment de l’autre coté de l’atlantique).

Il est courant de dire que la culture de l’Internet est assez libertaire.

Là, j’ai le sentiment qu’il faut deplacer les termes du debat.

Internet n’est pas libertaire et ses concepteurs n’etaient pas libertaires. Les concepteurs d’Internet etaient des scientifiques et des ingenieurs. Les choix techniques qu’ils ont fait (la fameuse " architecture technique " de Lessig ) etaient dictés par des considerations d’efficacité techniques. Ils avaient une conception des réseaux (architecture distribuée, " end to end ") différente de celle des compagnies de telephone.

Si cette architecture incorpore des valeurs, ce ne sont pas des valeurs " libertaires " mais celles de la libre circulation de la connaissance, les valeurs de l’Open Science. (En ce sens, ce sont les valeurs des sociétés libre circulation de la connaissance, les valeurs de l’Open Science. (En ce sens, ce sont les valeurs des sociétés savantes du 18 et du 19 eme siecle, plus que celles de Bakounine). MR



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