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Débat temPS réels : Grandes et petites causes d’une défaite...
Première publication : 5 mai 2002, mise en ligne: dimanche 5 mai 2002

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Le vote Le Pen n’est pas un vote de banlieue stigmatisée.

Il se développe dans ma banlieue rurale peut-être plus que dans la zone, d’où je viens. Je suis effondré par le score de l’extrême-droite dans ma commune (27%), village propret un peu au-delà de Disney, vers l’Est. On a à 10 minutes de la maison une gare internationale TGV, le RER, la SNCF au pied de la porte, d’excellentes dessertes de bus ... et plus de chômeurs ou de manière " marginale ". Ils étaient 180 (c’est beaucoup pour notre taille) en 1997 à la suite d’une forte poussée après la guerre du Golfe et surtout pendant la période Jospin. Ce chiffre s’est dégonflé à vue d’oeil, l’association pour aider les chômeurs à trouver du travail a cessé de fonctionner faute d’usagers. Plus personne n’émarge au RMI depuis deux ans.
Jo. B

il n’existe aucune vague FN ou marée Le Pen

- les électeurs de gauche qui ont voté ont souvent confondu les modes de scrutin. Nous avons connu un scrutin proportionnel à l’israélienne, pour une élection au scrutin majoritaire.
- ainsi avons-nous pu vivre un désastre comparable seulement à 1969 (pas de candidat de gauche au second tour) alors que la situation n’est en rien
comparable, en particulier sur le jugement porté par les Français sur une équipe et son chef relativement populaires jusqu’au bout, sans rapport donc
avec les échecs de 1986 ou 1993.
- l’intervention particulièrement insupportable de Jean-Pierre Chevènement, à peu près autant que celle d’Arlette Laguiller, et l’effondrement du PC soulignent combien de moteur du succès la gauche plurielle s’est transformée en machine à échec.

Comment lire la présence de Le Pen au second tour ?

- Il n’existe aucune vague de l’extrême-droite dans notre pays. Le vote d’extrême-droite est élevé depuis plus de 15 ans. Les enquêtes ont régulièrement montré que 80% des Français rejetaient Le Pen - et donc que
20% appréciaient ses idées. Jean-Marie Le Pen avait réuni plus de 15% des voix en 1995, il en réunit moins de 17% aujourd’hui, auxquelles ajouter les 2 points de Bruno Mégret. Hors, l’électorat d’extrême-droite est généralement plus mobilisé, l’abstention élevé lui bénéficie toujours. La polarisation médiatique depuis juillet, puis programmatique et politique, à l’initiative de Jacques Chirac, depuis janvier, sur les problèmes de sécurité dans notre pays ont fait le reste.

- Il existe bien une montée continue des violences, en particulier entre les jeunes, contre les femmes, et notamment les jeunes femmes, depuis de
nombreuses années, et une explosion d’agressions antisémites sous des formes diverses depuis plusieurs mois. L’intégration des nouvelles générations issues de l’immigration pose de réels problèmes, tout comme l’intégration nécessaire de l’islam comme religion de France. En se contentant de
reprendre le discours sur l’insécurité, sans proposer de mesures fortes pour l’intégration, notamment économique et institutionnelle (exemple de la
démarche de la nouvelle voie Sciences Po pour les ZEP) la campagne a été enfermée dans la réthorique de la droite, louchant du côté de l’extrême-droite, sans solutions ni surtout analyse alternative sur le type
de problème à traiter. Comme le résumait un cadre de Sos Racisme, pour un jeune beur délinquant, il y a avait des propositions dans tous les programmes et de nouvelles dépenses à la clef, pour un jeune beur calme et soucieux de réussir, et qui se heurte aux discriminations fréquentes, il n’y avait rien dans les programmes.

- Le sentiment de recul de l’Etat et de l’ordre public ne relève pas du phantasme. N’oublions pas, simplement, que le virage idéologique de la
gauche à cet égard s’est effectué dès 1995, et qu’il a été revendiqué ... par Lionel Jospin premier ministre dès le discours fondateur de Villepinte sur la sécurité, à l’automne 1997, d’où s’en est suivi un renforcement
considérable des moyens logistiques pour la police et la justice. Là comme ailleurs, c’est sur la part affective du message, sur la capacité à exprimer une compréhension directe de situations devenues invivables que la bataille a été perdue, pas sur la reconnaissance du problème sécuritaire et la
volonté d’y répondre. JT

Murs

Je ne crois pas que Jospin se soit seulement heurté au mur du cynisme.

Il s’est heurté aussi à un mur plus insidieux, un mur mental, un mur idéologique. Le mur derrière lequel se pâment celles et ceux qui ont des schémas simplistes de la vie économique et sociale, de la vie tout court.

Celles et ceux qui pensent qu’il n’y a qu’une cause à tous les faits, qu’il y a un moteur et un seul moteur de l’histoire, que tout est blanc ou tout est noir, qu’il y a les bons et les méchants. Adeptes de la rhétorique contreplaquée, ennemis d’une approche fine de la compléxité sociale.

Homme de synthèse (et non de compromission), intellectuel soucieux des nuances, figure intègre, assembleur de forces contraires, adepte d’un management moderne, Jospin ne pouvait pas leur plaire. Et ils lui ont bien rendu.GT.

Une vraie société bloquée.

On disait depuis 20 ans que la préoccupation numéro 1 des français c’est le chômage : c’est faux.

Toute la politique du gouvernement a été axée sur cet objectif, et visiblement une bonne partie des gens s’en foutent.
Je l’avais ressenti depuis deux ans. Dans mon entourage, trois grandes catégories :
• Les employés de la fonction publique qui, malgré tous leurs discours, étaient dans une large partie indifférents au chômage et dont beaucoup n’ont eu de cesse de râler sur des problèmes catégoriels (j’ai rien gagné avec les 35 heures ; les emplois jeunes devraient être titularisés ; Jospin capitule sur la Corse, etc.)
• les gens du privé, râlant contre les défaillances du service publics (grêves des transports, courrier qui n’arrive pas, enseignants absents...), l’argent déversé dans la fonction publique, et l’insécurité
• des jeunes de toutes catégories sociales (moins de 30 ans) plutôt contents de Jospin, mais fondamentalement dillettantes/rigolards vis-à-vis de la politique et peu concernés par les élections

On disait que les français étaient préoccupés par l’intégrité des responsables politiques : c’est faux !

Au delà d’un populisme de circonstance (" Tous pourris ") qui masque d’autres préoccupations, ils sont comme les italiens qui ont élu Berlusconi. D’ailleurs, certains scrutins précédents l’avaient bien montré. En 1993, ce ne sont pas nos responsables les plus purs qui ont été réélus dans la tourmente. En 1994, Tapie avait écrasé Rocard. Et lors des municipales, hormis à Paris, de nombreux maires relativement compromis s’en sont sortis sans gros dégâts. Et à Grenoble on reparle du retour de Carignon. OR

Comprendre et admettre notre propre défaite.

- l’important maintenant c’est les législatives et il faut tout faire pour gagner.
- Jospin est loin d’avoir démérité et je suis très déçu et inquiet de son retrait. C’est pas le moment d’une succession...
- C’est le rôle des composantes de la gauche plurielle de jouer leur musique.

Je suis par contre plus inquiet sur la capacité des États Majors, le nôtre et les leurs. Alors même que certains étaient déjà en train de postuler pour un poste de premier ministre, d’autre de ministre, la dure réalité de la démocratie frappe très fort. Il faut d’abord gagner une élection et ensemble.

Il faut aussi comprendre et admettre notre propre défaite. Le fait que nous aurions pu être présent au deuxième tour si un seul de nos associe de la majorité plurielle ne s’était pas présente, ne doit pas effacer le fait que nous avons obtenu autour d’un programme moins de voix que le Front National. C’est très décevant et nous devons en tirer des conclusions pour les législatives.

Je m’interroge par contre sur les raisons qui ont crées ce desinteressement pour des élections importantes. J’espère que nous n’oublierons pas non plus les élections municipales qui ont été une défaite malgré les victoires de Paris et Lyon. Cette défaite n’avait rien a voir avec notre constitution et la désaffection des électeurs était clairement lie au manque de renouvellement dans nos représentant.

Place a de nouvelles têtes pour nous representer au élections, a la télévision et peut être les jeunes nous rejoindrons aux urnes. La plupart d’entre eux sont n’ont vécu que deux ans de gouvernement de droite avec un président de droite entre 1995 et 1997 et ne savent pas a quoi ils s’attendent. Si c’est ca l’alternance, organisons celle de notre parti. Nous avons bien besoin d’alternance, pas de revolution mais une alternance. FdC

Si cette catastrophe peut permettre ....

Les jeunes comme les vieux ont peur de l’évolution du projet Europe, du chômage, et sont troublés par la corruption. Ils voient au plus haut niveau l’argent utilisé pour des intérêts personnels et non pas pour construire un projet de société où tout le monde trouve sa place. C’est ça l’insécurité, pas seulement un flic à toutes les portes.

C’est aussi la dégradation de l’environnement, la privatisation des services publics et l’Europe donc non pas vue comme une collaboration d’états forts, indépendants, prospères, mais comme une grosse machine administrative qui va encore un peu plus plonger les initiatives individuelles ou collectives, les rêves, dans l’anonymat. C’est la déprime, l’échec...
J’ai été frappée aussi que dans aucun discours de gauche il ne soit question des petites entreprises.

L’alternative c’était soit le pancapitalisme soit l’économie solidaire soutenue (plus ou moins bien) par l’Etat. Résoudre le chômage par les 35 heures et les emplois-jeunes ce n’est pas la même chose que de laisser les gens décider de travailler moins parce qu’ils gagnent suffisamment d’argent pour faire des choix de vie. Offrir aux jeunes des emplois-jeunes c’est les lancer d’emblée dans la précarité, l’insécurité. Et il faut beaucoup de courage actuellement pour créer son entreprise...

La gauche plurielle ne s’est pas assez distinguée de la droite. On a l’impression qu’elle est liée à l’establishment, qu’elle a peu de marges de manoeuvres, que les mesures sociales sont prises dans les petites marges budgétaires de façon précaire. C’est l’attitude traditionnelle de la droite, pas celle qu’on attend de la gauche. Et pourtant tous ces hommes et femmes de gauche connaissent les dossiers. Qu’elles, qu’ils laissent parler aussi leur coeur !

Si cette catastrophe peut permettre de révéler ces personnalités fortes et généreuses que nous attendons tous, les législatives peuvent renverser la situation.

Une nouvelle cohabitation, ce n’est pas franchement génial mais c’est mieux que de mettre au pouvoir des fachos chiraquiens ou lepénistes, et leurs cohortes d’ambitieux-opportunistes. AMM

Désaveu

Le vote contestataire n’explique pas tout, mais il a malgré tout sa place dans la situation que nous connaissons à présent. L’ampleur du score de Le Pen tient plus du désaveu de la gauche au pouvoir par les classes moyennes que d’un revirement politique profond. Et à présent, ce score fait peur à ceux là même qui hier ont choisi boudeusement ce type de contestation.

Ce désaveu, c’est avant tout celui du gouvernement. Nous ne sommes pas les seuls à en faire les frais à gauche - le parti communiste n’est pas en reste. Il y’a dans la décision de Lionel Jospin un courage que je trouve exemplaire et proportionné à la stature du personnage. En assumant publiquement la responsabilité de ce désaveu, il a reaffirmé symboliquement son attachement aux valeurs démocratiques qui ont marqué son engagement auprès des français. Penser qu’il reviendra si facilement sur cette décision, c’est nier la portée même de son acte. C’est réduire à une simple humeur une décision politique qui demande un courage rare. Je crois que par cet acte fort, Lionel Jospin a reaffirmé hier soir l’importance du dialogue entre la gauche et ses électeurs et sa volonté de replacer ce dialogue au premier rang de notre engagement politique. C’est peut être l’exercice prolongé du pouvoir qui aura rendu ce dialogue difficile. Il nous appartient tous à présent de le renouveler..Loic D.

Demande de sens et de projet

l faut reconstruire un discours politique cohérent pour la gauche...le fait qu’il soit plus marqué à gauche que le PS ne l’est actuellement devra être en fonction des sujets. La demande globale des électeurs est sans doute une demande de sens, de projet, de souffle enfin là où la politique française semble avoir perdu son dynamisme et sa raison d’être ! EH
12% de votes de l’électorat toutes catégories confondues

Après tout, ce ne sont que 12% de votes de l’électorat toutes catégories confondues qui aujourd’hui provoquent ainsi la une de toute la presse dans le monde. C’est beaucoup, cela doit être entendu, ainsi surtout que l’abstention, mais cela ne doit pas non plus être gonflé sauf à faire le jeu de ceux-là même dont on redoute une trop forte présence.

D’ailleurs, il faut regarder les départements où l’absention a été moins forte hier. On y retrouve la France telle qu’elle est vraiment, et pas la France partie en pique nique d’une journée de vacances. C’est elle qui sera, nombreuse, présente au second tour. C’est elle qui sera surtout, espérons-le, massivement présente aux législatives, secouée de la torpeur et des vaines délices de trop de divisions. C’est elle que nous sommes, et qu’il convient de rappeler calmement, mais fermement.TGV

Que peut le discours rationnel face aux peurs et aux angoisses ?

Je n’arrive pas à croire au " vote en connaissance de cause " dans ce qui vient de se passer. C’est peut-être sous l’effet du choc , mais j’ai le sentiment que le problème qui se pose à nous, c’est l’absence de portée du discours rationnel contre les peurs, les angoisses, les fantasmes de toute sorte. En d’autres termes : si une certaine rationnalité dans la lutte contre les inégalités, le chômage, la précarité...etc ne fonctionne pas - alors que les résultats sont plus qu’honorables - que pouvons-nous proposer aux gens ? CR

Angélisme et langue de bois

Pour avoir eu la surprise (à regret) de découvrir dans mon entourage immédiat des contestataires insoupconnés, j’ai voulu comprendre.

Ce que j’entends, c’est que c’est précisément le caractère rationnel et modéré des discours de la campagne qui semble justifier un report des voix vers le FN. Aussi limité que soit l’argument, je crois qu’il faut l’entendre : la phrase qui revient comme justification de ce vote, c’est que Le Pen est apparu comme le seul candidat à avoir eu le " courage " d’un discours qui ne soit ni angélique, ni langue de bois sur les sujets abordés (notamment l’insécurité).

Cela fait mal de voir que selon les sondages près de 50 % de ceux qui ont voté FN, l’ont fait parce qu’ils se retrouvaient dans un discours promettant un état plus fort, plus sécuritaire. Malgré tout, il faut l’entendre.

C’est sans doute pour bonne partie la peur, la violence, le fantasme du " non-droit " qui a fait la situation où nous sommes, car personne d’autre n’aura su servir sur ces préoccupations un discours convaincant. Ce ne sont pas tant les idées qui ont marqué (la raison est bien loin), que leur caractère " concret, sincère et engagé " (certes illusoire) et la conviction oratoire avec laquelle elles ont été présentées. C’est peut être dans la domination d’un discours trop modéré (pour ne pas dire politiquement correct), et éloigné de certaines réalités locales et immédiates, qu’il faut chercher l’erreur. L D.

Les cyniques et les déséspérés ...

Il y a les cyniques, les blasés revenus de tout et les critiques systématiques. Ils s’abstiennent ou votent " original " pour bien montrer leur distance face aux jeux médiatiques du pouvoir qu’ils détestent d’autant plus qu’ils ne s’y sentent pas reconnus.

Et puis il y a les vrais désespérés : ceux qui ont tellement peur qu’ils ont besoin de hair et de mordre pour se rassurer, ceux qui se sentent tellement méprisés qu’ils préfèrent n’importe quel démago qui leur fait croire que les lmiracles sont possibles.
Et puis il y a démocratie, où chaque vois qui s’exprime et qui fait froidement le total des états d’âme des uns et de l’aspiration pathétique des autres .

Bilan des courses : un homme intègre, dont les costumes ne plaisaient pas à la presse et qui a voulu laisser de l’espace politique à ses partenaires se
retire de la vie politique au profit d’un escroc et d’un facho. MLM

Plus à gauche, moins à gauche ? Il n’y a pas une seule échelle, une seule dimension !

Je pense que la gauche doit désormais tirer toutes les leçons et les conséquences, de cette déroute qu’elle a mérité. Pas à cause de son bilan, qui est plutot bon, mais à cause de son incapacité absolue à proposer un
projet, à incarner ou susciter un désir. Cette dérive technocratique que j’avais (pas seul !) soulignée il y a quelque temps, cette insensibilité du candidat aux alternatives et au mouvement social, cet archaisme (certes partagé) dans le management politique, nous coutent non seulement une place au second tour, mais aussi une victoire que les électeurs désiraient visiblement au début de la campagne.

Ce n’est, à mon avis, pas une question de réglage du curseur, plus à gauche, moins à gauche - comme s’il n’y avait qu’une seule échelle, une seule dimension !

Je suis convaincu qu’il y avait une sortie par le haut du piège du tout-sécuritaire, en présentant un projet entrainant qui tienne compte de la vitalité comme de la dureté du local, du social, de l’économique même.

C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il était possible de parler (entre autres !) des technologies de l’information. Ca n’a meme pas été tenté. DK

Echec du "réalisme économico-politique". Une autre voie est possible

Je ne pense pas que l’insécurité soit l’explication de base. Elle est le terreau de la Droite et de l’extrême droite. Ce n’est pas nouveau. La croissance démesurée des positions d’extrême gauche est la plus susceptible de nous interroger. Lorsqu’il y a encore quelques semaines ceux qui osaient dire à l’occasion des privatisations que nous nous fourvoyons peut-être, se faisaient plus ou moins courtoisement rappeler qu’il faut penser à renouveler un " système d’exploitation ". Il était donc trés difficile de poser des options, on va dire gauchisantes, alors que la lame de fond était au réalisme économico-politique. Celui là est suffisamment réaliste pour que l’on ne soit pas contraint d’être à sa traine.

Que les camarades qui ont réussi à faire valoir leurs idées plus réalistes jusqu’à présent acceptent l’idée qu’ils n’ont peut-être pas eu forcément raison et qu’une voie différente est possible. Ce n’est en tout cas pas ceux qui était sur l’aile gauche qui ont fait basculer le navire pour gauchisme excessif. Peut-on émettre l’idée qu’ils peuvent jouer un rôle à présent ?

Renouveler les hommes politiques PS avec réalisme, mais partir d’atouts maîtres.

Ceux qui étaient déjà au PS après l’échec de 92, se souviennent peut-être des états généraux lancés par Rocard. Le tout se termina dans une belle synthèse à Lyon. Les propos que nous échangeons sur la liste étaient bien similaires de ce que les militants avaient le droit de dire en deux minutes 30 secondes dans les ateliers. Quelques responsables prenaient des notes pour faire une synthèse que personne ne lirait jamais. A l’occasion, ils s’adressaient aux journalistes en commentant les propos des militants dont ils fustigeaient le manque d’originalité. L’appel à l’abandon des éléphants, c’était le mot d’ordre des militants. Qu’en est-il advenu ? Rien. Il fallut attendre l’échec suivant de 93 aux européennes et la démission également courageuse de Rocard d’alors pour qu’un sursaut replace le PS en route.

Pour changer un parti il faut du temps. Nous n’en avons pas. Il me semble nécessaire que chacun prenne ses responsabilités. Lionel Jospin a pris les siennes. Je ne vois pas beaucoup d’hommes qui peuvent réancrer le PS sur un axe plus volontairement à gauche sans attendre. N’attendons pas un échec des législatives. AJ

Au delà des tableaux de bord

Il est souhaitable que les hiérarques regardent la France au-delà de leurs tableaux de bord. Il n’est pas possible, lorsque l’on prétend améliorer la vie en commun de nos citoyens, résidents et invités, de passer son temps à se plaindre des électeurs lorsque ceux-ci expriment tout bonnement le fond de leur vécu.

Bien sûr, ils sont nombreux ces braves gens qui disent qu’ils auraient voter différemment s’ils avaient su le résultat à l’avance. Mais en ce cas, ils n’auraient pas exprimé le fond de leur pensée : ils n’auraient pas fait entendre aussi clairement qu’ils sont désespérément las. Et on aurait vu, si par exemple Jospin avait eu 0,9% de plus, les Hollande et compagnie dire pendant 12 à 17 minutes combien cet avertissement est terrible : avant de retrouver leurs tropismes qui ennuient les électeurs.

Cette France est le pays réel.

Le résultat de dimanche aura au moins pour conséquence de les faire réfléchir quelques semaines de plus. Je ne dis pas que ce résultat a du bon car il fait réfléchir les cadres. Je dis qu’il a du bon car il est plus proche de la réalité du pays qu’aucun sondage, qu’aucune conscience de nos dirigeants.

Je ne dis pas que je me reconnais dans ce vote (je recherche désespérément un centre dur, si possible à gauche). Je dis que je sais qu’on traite moins mal les problèmes lorsqu’on les regarde en face.

Je ne vis pas dans un lieu de France où la violence m’attend au coin de la rue : mais je crois profondément que si la France entière - sans distinction de CSP, ni de valeurs - se ressent plus violente, c’est probablement parce qu’une réalité vient faire échos à ce sentiment.

Les témoignages sur les radios disant à quel point la France issue des urnes n’est pas la vraie (et que, la preuve, les gens qui sont dans la rue -anti-fascistes- le prouvent) ne me rassurent pas : il faut se mettre dans la tête que, malheureusement, cette France est le pays réel. AI

L’agrégation de millions de cris et d’angoisses

Face à un être humain, on peut argumenter et convaincre par exemple que plus de flics et moins d’impots c’est contradictoire. Mais le corps éléctoral n’est pas un sujet. Il agrége des demandes et des angoisses contradictoires : cela va de " je suis chomeur et je n’ai qu’une vie, résolvez mon probléme ou bien je casse tout " à " j’ai peur des arabes et du terrorisme ".

Aprés avoir tout fait pour que ce vote se transforme en hurlement , la droite nous enjoint d’écouter ce cri.
Dimanche soir c’est tout juste si je ne me sentais pas un dangereux criminel de la classe moyenne, sourd et aveugle au cri d’angoisse du peuple qui souffre.
Les gens ont voté silencieusement par une journée ensoleillée.

On a un résultat qui n’est pas directement compréhensible. Et en plus on est sommé de le comprendre et de reconnaitre son bien fondé. Comment répondre rationnellement à l’agrégation de millions de cris et d’angoisses diverses portant sur des milliers de questions différentes : j’ai peur de l’Europe, peur de perdre mes repéres, mon travail, j’ai peur du sida, j’ai peur de l’effet de serre....j’ai peur de vivre....

La France a besoin de psychanalystes, mais que peut faire le discours politique ? MM. 

Il n’y a PAS 20% de Français qui votent Le Pen.

Il y a en revanche 88% de Français qui n’ont PAS voté le Pen dimanche, jour auquel ils avaient l’impression qu’il n’y avait pas d’enjeu ni de suspense sur le résultat.

Parmi ces abstentionnistes on en trouvera beaucoup qui, dès lors qu’on leur pose sérieusement la question, se déplaceront.

Et, dans les 12% de l’électorat de Le Pen, fort divers, se trouve sans doute aussi une part d’électeurs qui ont voté parce que choqués par les images de l’avant veille de l’attentat ignoble sur un pauvre vieux à Orléans, et une autre part qui a voté Le Pen comme un vote protestataire à droite du 1er tour, mais pas du tout avec l’intention de le voir arriver aux affaires, et qui n’aurait pas voté ainsi si elle avait su le résultat (celle dont, selon le mot de Fabius rapporté par le même Imbert dans son édito " trouve que le Pen pose de bonnes questions, s’il apporte de mauvaises réponses ", et veut insister sur les questions.

Je crois que le souci de clarté du débat démocratique devrait faire prendre garde aux affirmations qui tendent à trop gonfler son score, d’une part, et à faire croire d’autre part que son électorat est uni et cohérent derrière lui. TGV

Chiffon rouge

Il faut avouer que d’avoir refusé la régularisation des sans papiers il ya a quelques années (JP Chevenement à l’intérieur il est vrai....) et proposer à une semaine du premier tour le vote des immigrés aux élections locales et d’annuler certaines disposition de la double peine.... était quelque peu un chiffon rouge pour les électeurs de Le Pen... Et un essai pour le moins tardif de rattraper des voix sur sa gauche. EB

N’accusons pas les autres de notre échec collectif.

Pour enfoncer le clou, je crois qu’un sursaut en faveur de Lionel Jospin a eu lieu avant le premier tour... Plusieurs personnes autour de moi m’ont dit quelques jours avant, qu’après avoir beaucoup hésité, ils allaient finalement voter pour lui de peur qu’il ne soit trop en retard face à Chirac (sans imaginer, en général, le scénario final...). J’ai moi-meme connu cette hésitation, tant la campagne me paraissait sans souffle ni perspective.

Autrement dit, Lionel Jospin est parti d’encore plus bas, faute d’avoir suscité l’adhésion à sa personne ou à son projet. La faute n’incombe à personne d’autre. Elle est notre. A nous de faire notre examen de conscience. DK

Cinq millions d’otaku ? "

Un passage de la ppostface du dernier roman de Murakami Ryû (Parasites, Editions Philippe Picquier, 2002) : " En écrivant le dernier chapitre de ce roman, je me suis mis à réfléchir à la notion d’espoir. C’était la première fois qu’il m’arrivait de penser à cela en terminant un roman. La société japonaise contemporaine semble croire que toute forme
d’espérance est désormais inutile et que l’espoir n’est une notion nécessaire que dans des circonstances négatives. Autrement dit, l’espoir n’est nécessaire que lorsque l’on restepersuadé que demain sera mieux
qu’aujourd’hui, il est cette attente, ou cette confiance, en des temps meilleurs qui anime les individus enfermés dans les camps de réfugiés et tous les opprimés de la terre. Inversement, c’est une question qui ne se posera jamais pour les membres de la classe dominante ou les dictateurs. Les enfants ont besoin d’espoir parce que tous se nourrissent du présent pour le futur.La raison qui fait que la société japonaise semble accepter de faire l’impasse sur cette dimension tient probablement dans le fait qu’elle est incapable de saisir correctement sa réalité actuelle. Le futur ne sera plus dès lors une perspective qui comptera pour une société incapable d’appréhender avec exactitude sa situation présente.
Peut-être se termine une période de l’histoire qui faisait de l’espoir en des lendemains meilleurs une donnée fondamentale animant la psychologie collective. La société n’a pas à offrir des formes d’espoir préformatées, elle n’a pas à jouer un rôle de garde-fou. L’espoir n’est pas une chose qu’une société puisse offrir, c’est une chose que les individus doivent formuler eux-mêmes et qui reste toujours à découvrir. En d’autres termes, le Japon n’est aujourd’hui capable que d’offrir de fausses espérances sur l’avenir ou de rabâcher de grands mots creux à force d’avoir été prononcés. Les individus contraints de vivre " en retrait du monde " refusent probablement ce monde de fausses espérances. "

Même si la France ne compte pas 5 millions d’individus Otaku, ce texte invite à réfléchir sur le caractère universel du désenchantement. Il n’y a pas d’exception française en la matière. Ma. B

c’est très dur à remonter, surtout pas en 15 jours !

Un mec qui a peur parce que, paysan, il craint que Bruxelles lui démantèle sa PAC, métallo dans l’Est ou le Nord, il voit les boites investir de l’autre côté de la frontière, ou dans les pays de l’Est, et qu’il a la trouille, sérieusement, pour lui et ses enfants, tout en ayant désespéré de l’ex SFIO ou du PC auquel il était adhérent, ou que, dans le sud ou en banlieue, il a la trouille tout court pour ses abattis, ça ne sert absolument à rien de le faire raisonner sur le
caractère irréaliste et contreproductif de telle ou telle proposition de programme national. Il vote ça parce que les autres l’ont trompé, ou n’ont rien fait pour lui, et qu’il en a marre.

Et ça, c’est très dur à remonter, surtout pas en 15 jours !

Ou il faut lui montrer des exemples proches de lui qui font voir qu’on peut faire autrement, qu’il y a des cas où ça a marché...mais cela, ne peut s’écrire d’un bureau parisien, cela doit être personnalisé, tout à fait local.

Ce pourquoi il vaudrait mieux, plutôt que de diaboliser en vrac, Le Pen ET ses électeurs, tâcher de distinguer entre son appareil à lui, sa démagogie, et les électeurs en question, du moins les plus humbles d’entre eux (car il y a aussi un électorat Le Pen façon jet set, avec un cynisme remarquable...)

Reste tout de même la frange non négligeable de ceux qui ont voté Le Pen (ou Besancenot) pour dire non, et se mordent aujourd’hui les doigts du résultat, sur le thème "si j’avais su", tout en pestant contre les sondages et médias dont pas un ne le laissait entrevoir ni ne mettait sérieusement en garde contre les risques d’une trop grande dispersion...déjà, si on déplace leur vote au second tour, et surtout au 3è, on évitera des spirales de violence/furstration/langue de bois qui ont, dans les années 30 produit en Allemagne ce qu’on sait, et qu’on voit poindre en même temps en Autriche, en Italie, en Prusse orientale, à des degrés divers.

Il faut peu de chose pour réveiller la bête immonde.
TGV



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