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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Elections : 1999-2007 > Presidentielles 2002 > Le seisme du 21 avril > Débat temPS réels : Et Internet ? | |
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Première publication : 7 mai 2002, mise en ligne: mardi 7 mai 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Le pays réel a peur du pays virtuel. Internet dans la campagne ? Piètre bilan. Le pays réel a peur du pays virtuel. Nos machins sont techniques, compliqués, chers, mondialisateur... Celui qui s’apparente de trop près à ce type de chose est percu comme éloigné de la vraie vie. Internet apparait comme contre-productif. JD Internet : pourquoi faire ? Il faudra, je pense, bien analyser à froid le rôle - minime - qu’Internet a joué dans la campagne. En tant qu’outil, mais également sur le fond, quel message avons nous voulu faire passer, quel utilité (sociale, politique, intellectuelle) Internet peut-il avoir. Je pense également que pour bien des gens l’Internet est perçu comme une avancée technologique dont ils sont exclus, comme un outil élitiste qui contribue à creuser la rupture entre élites et classes populaires. Dans ces périodes de doute, de crise, d’interrogations, nous revenons tous à nos lectures préférées, aux penseurs marquants. Casoriadis, Gilles Châtelet dans un genre différent, Marcel Gauchet. Et justement dans une interview à Libé ce matin, Gauchet livre son explication de cette rupture de plus en plus nette entre élites et classes populaires. La plupart des medias (sans parler d’autres structures telles que l’Eglise, la famille, les associations, etc.) ne jouent plus ce rôle d’intégration culturelle où ne rassemblent plus personne autour de leurs projets. Je pense qu’il faut collectivement que nous réfléchissions à l’appropriation la plus large possible du media Internet, et au rôle majeur qu’il peut jouer dans une nécessaire reprise du cercle vertueux de démocratisation du savoir et de la connaissance. L’utiliser pour combler, non pour creuser, le fossé culturel. C’est un formidable outil de combat, et aussi un formidable vecteur de partage de la connaissance. RC Ruptures et rôle de l’internet Je partage les constats et points de vue de RC.Il va naturellement de la question de l’internet à celle de la rupture entre classes populaires et élites. Il faut certainement en passer par là pour tenter de comprendre à quoi peut servir l’internet, et revenir à ce sujet - Les TIC sont incompréhensibles de la part de la plupart des gens de la politique, voir les gribouilleries qui tiennent lieu de décisions dans une bonne moitié de nos régions et un grand nombre de nos communes, défensives et dépensières, pour claquer des millions dans des espaces et des équipements et des portails sans construire les démarches humaines et de fond ; pourtant les TIC sont maîtrisées par des gens d’en bas, des jeunes, des précaires (à commencer par les emplois jeunes qui en sont le fer de lance). Nous avons persisté à décrire une révolution par le haut au lieu de proposer la société en réseau. - La politique et ses enjeux sont incompréhensibles par les gens de la culture, les artistes mais aussi les intellectuels, les universitaires entièrement re-mandarinisés, les écrivains vivant dans leur bulle, les critiques qui ont transformé les pages "culture" des journaux en guides de consommation culturelle plutôt qu’en lieux de critique et de débat. J’ai vécu, lorsque la revue perpendiculaire a pris ses distances avec Houellebecq il y a trois ans, l’indifférence, l’incompréhension et l’hostilité du monde littéraire, qui criait à l’effraction ; et peu de gens ont compris, à lire le nom de Patrick Besson, Houellebecq et de quelques autres dans les soutiens à Chevènement, à quel point le mal était profond. Au-delà, quand le débat public se situe entre Finkielkraut et les Guignols, on a un vrai problème. Entre les non-inscrits et les abstentionnistes, le monde culturel et artistique reste dans sa bulle, si l’on excepte la mobilisation des stars au Zénith et du monde des arts plastiques, ce soir au Palais de Tokyo. - Les agents de l’administration sont incompris de la part des décideurs politiques, qui ne se comportent qu’en décideurs techniques ou en communicants : pour faire des annonces, le cabinet et la direction réaffectent des crédits, détruisant sans y regarder de plus près les travaux en cours, démobilisant massivement les troupes ; l’effort de mobilisation, de faire passer les messages, si bons soient-ils, est modeste ou nul, là où les bons dirigeants de PME s’exposent à venir faire part de leur vision à leurs salariés, à les impliquer. Les agents de l’administration sont un vivier de mécontentement et un nid de frustrations, alors même que nombreux, parmi eux, ont la fibre de l’intérêt collectif et du service public. - L’incompréhension mutuelle entre partis et syndicats a atteint son comble, la sage CFDT, par exemple, n’ayant pas mâché ses mots sur la méthode employée ces dernières années, et qui mettait de côté la concertation. Dans un pays déjà hypo-syndiqué, et alors même que de nombreuses évolutions nécessiteraient au contraire une meilleure appropriation sociale, des lieux de débats fertiles, des forces collectives solides, cet échec constant et aux conséquences croissantes, en partie dû au choc des egos entre ministres et dirigeant(e)s syndicaux, a achevé de vider de son sens la réduction du temps de travail, pour transformer un projet fort de société et de partage en avantage acquis individuel, perte sèche pour la société. - Entre gens d’en haut, toujours, on reste au degré zéro de la critique de la communauté financière, principal pouvoir mondial, dosant les menaces démago-bidon (taxe Tobin), les aveux d’impuissance (Michelin), les compromissions (combien de gens de gauche vont aller se mettre au chaud dans de grands établissements financiers ?), les actions factices (pénalisation des licenciements) et les contreparties inévitables (soutien aux investissements, détaxation des plus-values). On continue de mélanger patrons et financiers, entrepreneurs et actionnaires ; on tarde à accoucher d’une vraie vision de la responsabilité sociale et du développement économique durable. Seuls les acteurs (publics et privés) du développement économique et social des territoires portent clairement le discours de l’initiative économique et de sa fertilité sociale. - Abstentionnistes rouges contre immigrés : L’indifférence totale entre tout un pan de l’extrême-gauche, qui s’apprête sciemment à voter blanc pour préparer sa petite révolution, et la communauté d’origine étrangère, qui en subirait de plein fouet les conséquences, s’étale au grand jour. Quand certaines régions vont basculer à l’extrême droite dans deux ans, à commencer par Paca, comme nous le dit Stéphane Martayan, on se souviendra de l’incurie et de la lâcheté décrites par Pierre et Fatima Orsatelli l’an dernier au sujet du pitoyable abandon d’Orange par la gauche. - La condescendance du PS à l’égard de ses alliés. Je n’en rajoute pas, on a vu à quel point la dévalorisation du PC était un sport couru, alors même que les politiques culturelles et sociales du PC sur le terrain sont souvent exemplaires, on a vu à quel point Christiane Taubira devenait un bouc émissaire alors même qu’elle a, comme le dit Benoît Prieur, amené à gauche des gens qui n’auraient pas voté, et représenté un vote humaniste, une vraie identité et une figure forte, on a vu à quel point les Verts étaient un objet de raillerie et de méfiance plutôt que des partenaires de débat. Si j’avais pu prendre une adhésion "gauche plurielle" plutôt qu’une adhésion au PS, je l’aurais fait ; si le projet "pas socialiste" s’était avéré "de gauche plurielle", je l’aurais aimé. - La négligence des gens d’en haut vis à vis des associations : la gauche a aidé les individus (par des mesures sociales individuelles), elle a utilisé l’Etat pour agir (avec plus ou moins de succès, les maladresses de certains réformateurs sincères mais autistes l’ayant vite conduite à des renoncements et des contresens), elle a satisfait des catégories (notamment dans cette épouvantable dernière année), elle laissé se déliter le tissu associatif, l’éducation populaire, la culture populaire, les dynamiques de quartiers, mourantes ou récupérées par des visions plus catégorielles ou plus idéologiques. La gauche de gouvernement, au lieu de se laisser stimuler par l’horizon de la construction collective, s’est occupée de répondre (ou de ne pas répondre) au lieu d’intégrer les questions, les problématiques, les attentes. (Tout un ensemble de réflexions critiques, loin d’être exhaustives, qui n’exonèrent pas leur auteur, cela va sans dire). A quoi peut donc servir l’internet ? Je reprends donc ce que dit RC : le combat ; le partage ; et j’ajoute la fertilisation, la pédagogie, la construction collective. jf Une attitude offensive sur l’accès aux savoirs Si vous vous imaginez que le système éducatif sélectionne moins qu’il y a dix ans, vingt ans, vous vous trompez... Augmenter les temps libres pour le transformer en consommation, voilà ce que nous avons réussi. Ce à quoi peuvent servir les nouvelles technologies pour la population en terme de culture et de savoirs, c’est marginal. Pourtant nous surfons sur ces discours et nous frisons l’escroquerie intellectuelle. AJ |
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