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5 mai : décryptage et perspectives (Débat)
Première publication : 7 mai 2002, mise en ligne: mardi 7 mai 2002

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Si la gauche est capable de ...

A 80% les electeurs de gauche ont ( en moyenne ) voté
Chirac au second tour.

Il en va presque de même pour l’extreme gauche... (75% des electeurs d’Arlette par exemple ) signe qu’un sursaut fort a eu lieu.

Si la gauche est capable de comprendre qu’elle peut ecouter et surtout expliquer aux gens décus ce qu’elle peut faire, alors elle a une chance de gagner les législatives : mais ce sera très dur . Il va falloir faire fort
en explication du bilan du gouvernement Jospin.
Chirac elu a 80% n’inspire pas confiance a tous ses electeurs : 49% lui font confiance, contre 48% pour résoudre leurs problèmes.

Si elle sait montrer qu’avec par exemple plus de formation tout au long de sa vie, un salarié sera mieux protégé contre le chomage , alors ca peut sans doute satisfaire une partie des electeurs perdus.

Mais comment convaincre ceux et celles qui ont passé 20 ans de leur vie dans une petite usine, en province et pour qui "formation" ne veut pas dire grand chose quand ils/elles veulent continuer a "produire", alors que la mondialisation fait que leurs produits sont 50% plus cher que ceux importés.

Comment convaincre ceux pour qui l’ascensseur social ne fonctionne plus, ceux & celles qui veulent travailler et ne pas rester assistés chez eux à déprimer et a se morfondre, quand ce n’est pas pour voter a un extrème ou un autre ( surtout Le Pen semble-t-il ), ou s’abstenir en se disant que tout est dit.

On a beaucoup parlé sur l’importance des jeunes dans les manifestations, mais rappellons nous que 40% d’entre eux se sont abstenus au premier tour, et que Le pen etait en tête chez eux. Ces electeurs là vont se faire
entendre encore longtemps ( Megret est pret a prendre la releve et a essayer de s’allier avec la droite ), et pour eux rien n’est facile non plus, et on a bien vu qu’il y avait deux jeunesses : une confiante dans l’avenir ( qui s’abstient dans doute ) et une autre qui a peur et vote FN.

Il n’y a plus qu’a esperer une chose , que Seguela n’intervienne plus dans une campagne electorale, et qu’on la fasse vers les citoyens de ce pays, et
pas avec des technocrates qui ont peur de discuter avec leurs electeurs s’ils ne sont pas en costume cravate . RVA

Chirac doit sa victoire aux électeurs de gauche

Si on reprend les resultats du sondage sortie de urnes realisé par IPSOS, http://www.ipsos.fr/sondage.htm
il apparait que 25 % du total des voix de Chirac provient d’electeurs qui avaient voté au premier tour pour Jospin, Taubira, Mamere ou Hue. Si on prend en compte les electeurs avaient voté au premier tour pour Arlette Laguiller, Besancenot et Chevenement, l’apport de la gauche est de 38%.

Les electeurs qui avaient voté au premier tour pour Chirac ont ete fideles, mais ne representent que 22% des voix de Chirac au second tour ...

Les electeurs de droite non chiraquiens (ceux qui avaient voté madelin, Bayrou, lepage, boutin et saint josse au premier tour) ne representent que 17% des voix de Chirac au second tour ...

Argenteuil

Entre le 1er et le 2ème tour, le vote Le Pen est stable en % (18,4%), soit quasiment la moyenne nationale.
Il ne gagne que 6 voix par rapport au total Le Pen + Mégret du 1er tour (5872 contre 5866). soit moins que la moyenne nationale alors que, comme toute l’IDF, nous sommes revenus de vacances.

Aux Municipales 2001, le FN avait fait 13 ou 14% au 1er tour (très fort par rapport à sa moyenne là où il était présent), 7% au second. L’insécurité était déjà le sujet numéro un des conversations (pas seulement dans les médias ...) - notamment à travers son impact sur la perception que les gens ont de leur propre ville.
Il s’agit d’une banlieue rouge (maire PCF de 1935 à 2001, député : R. Hue), populaire, ouvrière et tout (à quelques ingénieurs-conseil près ...).
Pendant ce temps, le vote le Pen a fortement progressé dans les campagnes y compris dans l’Ouest.

Le vote Le Pen est-il encore un vote d’exclus, d’écrasés, de déçus, etc. ? je crois qu’il l’est de moins en moins. Il s’agit à mon avis, de plus en plus, d’un vote conservateur " petit-bourgeois ", fondé sur l’égoïsme collectif " défendons nos acquis (non plus sociaux) nationaux ". Le tout appuyé sur un vague sentiment de supériorité de notre civilisation industrielle (Cf. Berlusconi) sur un extérieur plus ou moins fantasmé (l’islam, les Noirs, " les quartiers " ...)
Moral majority / égoïsme sacré.

Ce système de valeurs est solidement enraciné dans le principe majoritaire de la démocratie (addition des intérêts individuels, autant que détermination collective des intérêts communs).

Je ne crois pas qu’une politique définie par ses effets sur des minorités (suppression de la double peine, " comblement des trous dans la couverture l’état-providence ", priorité à la lutte contre le chômage " résiduel "...) réponde à cette attente " égoïste collective ".
Alors même
• qu’au plan des PRINCIPES, le succès de l’appel à voter Chirac a montré l’adhésion aux valeurs de la vie collective, un vote par souci d’afficher une unanimité (vote de foule) - la majorité morale française n’est pas du côté conservateur,
• que le devoir d’un gouvernement est de gouverner pour tous, y compris et d’abord la minorité écrasée par le système,
• que ces minorités bénéficient d’une solidarité compréhensible et heureuse de la part de ceux qui ont beaucoup (téléthon, Enfoirés, etc.). FL

La Bretagne a voté pour la République

La Bretagne, terre natale malheureuse de Le Pen, a voté au dessus de la moyenne nationale pour la République :
• Sur les 5 départements bretons, la République fait 88.5 contre 11.5 au faschisme.
• Elle se rapproche des résultats des DOM
• Elle semble se placer en tête des régions métropolitaines pour le vote républicain.
• Elle se démarque sensiblement du Grand-Ouest. Elle constitue une entité politique cohérente (Région administrative + Loire Atlantique) différente des régions et départements limitrophes et ce, malgré l’amputation artificielle de la Loire-Atlantique : démonstration de la persistance des ensembles culturels au-delà des découpages énarchiques.

Les départements limitrophes de la Bretagne font respectivement :
Vendée : 83.3
Maine et Loire : 82.7
Mayenne : 82.6
Cotentin : 81.4

Il y a donc, au dessus des considérations socio-economiques (la Bretagne est une région agricole fortement touchée par l’insécurité économique : cours du porc, statut de la pêche), des éléments culturels dominants. Un pays culturellement ouvert au monde résiste mieux à l’extrème-droite. Il existe également un clivage de génération : la Bretagne est plus jeune que d’autres régions agricoles, y compris dans sa composante agricole.

Il est certes important de connaître les raisons du vote Le Pen, mais il me parait tout aussi essentiel de savoir pourquoi, à situation socio-économiques équivalentes, certaines régions résistent à ce vote : il existe des modèles d’intégration traditionnels, en particulier en Bretagne accueillante pour les étrangers, qui ne nécessitent pas forcément de réinventer l’eau chaude. Regardons ce qui marche depuis des siècles dans certains régions. Les deux traits caractéristiques de la tradition celtique particulièrement vivaces en Bretagne sont : le Droit du sol - les bretons ont toujours considérés comme bretons celui qui y naissait - et le rôle prééminent de la femme - symbolique de la primauté du fait maternel y compris dans le droit politique. On a trop souvent tendance à mépriser le terreau culturel en politique car il n’entre pas dans le domaine sacré des statistiques : il existe bel et bien et il est décisif.

Pour mémoire, la Provence a toujours été l’une des régions les plus royalistes et les moins courageuses à assumer sa conviction anti-républicaine (cf histoire de la première république, 1793 et le siège de Toulon, pas de chouannerie provençale mais appel aux armées étrangères, etc). Là aussi, le terreau culturel est dominant.
Les peuples ne se font pas en un dimanche, ni en une semaine, ni en un siècle. A méditer. JD

Chirac illégitime

Pourquoi laisser a la droite le discours du type " la cohabitation, ça n’est pas bon "

Si c’est si mauvais, pourquoi Chirac n’a-t-il pas démissionné après s’être fait retoquer à la legislative de 1997 qu’il avait lui-même sollicité. Il a demandé l’onction du peuple qui la lui a refusé ... et il se prétend en outre héritier du Général de Gaulle.

Par contre, lors de cette élection présidentielle, on n’a pas élu Chirac, mais rejeté Le Pen. Il n’a aucune légitimité, et n’a donc aussi aucune légitimité à demander une assemblée à sa couleur. Ce ne peuvent être que les législatives qui determineront où est la légitimité. Et s’il est le républicain qu’il prétend être, en cas de victoire de la gauche, il présidera un gouvernement de gauche, sans le géner, ou il démissionnera.

Après s’être fait voler les présidentielles, on ne va pas abandonner les législatives. Sinon, on peut bien avoir la France dans la rue dans un an ... et cela, c’est bien pire que la cohabitation. Car le pays a manifesté un rejet et une inquiétude ... et ce rejet, celui des votes extrème, la politique de droite le suscite bien plus que celle de gauche. BL



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