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Inflexion a gauche, nouvelle synthése (débat)
Première publication : 7 mai 2002, mise en ligne: mardi 7 mai 2002

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A gauche, pour le rebond...

En quoi le souhait de garder une orientation à gauche du Parti socialiste est il sacrilège ?
Si le parti socialiste n’est pas capable de lire quelques enseignements du scrutin présidentiel achevé, s’il continue d’accuser les électeurs, les autres candidats, la presse audiovisuelle ... sans pratiquer un minimum l’examen du pourquoi du 1er tour, le rebond ne sera pas au rendez-vous. GT

La surprise du score d’hier, c’est que le vote Chirac ait été si massif parmi les " électeurs de gauche ", donc beaucoup auraient pu très raisonnablement choisir de voter blanc ou nul (ils avaient été nombreux à le faire, dans un tout autre contexte, aux législatives de 1993).
La campagne du 1er tour a montré des demandes nombreuses, diverses, pas évidentes à rassembler derrière un slogan ... ou un personnalité ... ou un bilan.
Le raisonnement en termes de " se positionner plus ou moins à gauche " me semble d’un unilatéralisme navrant.

Pour gagner des élections, il faut trouver des thèmes, axes, projets, qui sont à la fois enracinés dans les valeurs et le terreau social de son propre camp, et parlants pour tout le corps électoral.

J. Chirac et ses soutiens du second tour y sont parvenus avec la devise de la République, implicitement opposé au " Travail Famille Patrie " dont Jean-Marie Le Pen souhaite le retour en grâce.
La question posée serait alors : comment faire progresser dans notre pays la liberté ET l’égalité ET la fraternité ? FL

Prendre en compte les revendications de manière réfléchie..

Il ne faut pas oublier que si notre candidat (avec 0.6% de plus ) s’était trouvé devant Le Pen personne ne se serait posé de question, alors je ne pense pas que c’est parce qu’il faut revoir le programme qu’il faut forcément changer radicalement les têtes, je les crois fort capable d’analyser et de se repositionner dans le nouvel échiquier politique. N’oublions quand même pas que notre parti est surement un des plus diversifié alors un coup de barre radical pourrait aussi nous amener là ou on ne voudrait pas, il me semble plus judicieux de prendre en compte les revendications de manière réfléchie car on nous reprochera aussi un programme changé dans la précipitaiton et fait dans le seul souci électoraliste, il ne faut pas oublier que la droite ne va pas nous rater , il ne faut pas que de nouvelles erreurs aujourd’hui leur permettent de faire de nous leur faire valoir pour obtenir en juin une " majorité présidentielle ". EG

Repondre aux attentes du peuple de gauche, mais lesquelles ?

Je ne crois pas qu’une " orientation à gauche " soit quelque chose d’évident, pour la bonne raison qu’il faudrait d’abord s’entendre sur ce qu’est une politique publique de gauche !

Je souhaiterai qu’on ne se lance pas dans une entreprise de " réponse " à des demandes politiques et sociales d’un peuple de gauche dont on a pas analysé sérieusement ce qu’il est, et surtout, qu’on se pose le problème de trouver des réponses en terme de politiques publiques qui changent la vie des citoyens plutôt que de chercher des réponses qui se contentent de réanimer une identité politico-culturelle en décalage avec la réalité actuelle.

J’ai observé par exemple de loin, des débats qu’il y eu sur le PARE (plan de retour à l’emploi), où par positionnement réflexe " de gauche ", une polémique a eu lieu entre la CFDT et les autres syndicats, et où les socialistes ont été souvent mal à l’aise moins par considération des éléments de fond, mais par une certaine gêne à ne pas assumer leur réformisme.
Je pense par exemple que la formation et l’éducation permanente est un enjeu crucial pour demain, et nécessite de faire une rupture qualitative avec ce qu’on entendait pas là jusqu’à maintenant. Le contrat formation de Jospin commençait à indiquer des pistes.
Ce n’est pas un axe facile à vendre, mais c’est sans doute la seule façon, à terme, de répondre aux problèmes sociaux, même si c’est moins lisible qu’une nouvelle réglementation contre les licenciements.

On pourrait en parler d’ailleurs sur les TIC : l’enjeu crucial de fond n’est pas le haut-débit pour tous (même si c’est nécessaire), mais le fait qu’une plus grande partie de la population puisse utiliser cet outils, et donc en premier lieu maîtrise l’écrit. C’est idiot de le rappeler, mais le premier obstacle pour certains à l’utiilation des TIC c’est d’abord une difficulté à maîtriser vraiment l’écrit !!

De même, je pense impérieux un plan de relance des services publics qui nécessitera des efforts financiers réels, mais à condition que cela s’accompagne d’un discours fort sur une amélioration qualitative du fonctionnement du service public, même si cela ne fait pas plaisir à certains groupes de fonctionnaires.
Pour parler plus simple, rien ne serait plus dramatique de refaire par exemple dans l’éducation le coup des revalorisations ou des créations de poste sans contreparties, pour faire plaisir à notre base sociale théorique. Et n’oublions pas que l’argent mis dans la poste, l’hôpital ou les transports publics, devra être pris ailleurs (même en cas de renégociation des marges budgétaires européennes). Il faudra dire lesquels, même si cela heurte une partie d’entre nous ! OR

Etre capable aussi d’expliquer et d’accompagner les mutations

Martine Aubry a déclaré ceci sur Europe 1 :
" Il faut être plus fort et plus clair dans ce que nous (...) proposons. Je pense au pouvoir d’achat, à la précarité, je pense à cette priorité sur les cités qu’il nous faut avoir, mais je pense aussi à la restauration de l’Etat, des services publics qui fonctionnent mieux "

Voila, plus clair et moins confus , c’est ce qu’il faut. Etre de gauche, c’est aussi être capable d’expliquer et d’accompagner les mutations.
Si comme le laisse entendre cette citation de MA, le projet du PS entend lutter plus efficacement contre la précarité , pour que le pouvoir d’achat des gens aux revenus faibles progresse (baisse forte de la TVA, prime a l’emploi ) , et pour le reveil des cités : meilleur moyen de lutter contre les images deformantes qu’on en donne.
Tout cela peut ramener vers le PS des electeurs perdus, il n’y a nul besoin de " gauchir " le discours ( et faire la course avec arlette : elle s’est décridibilisée : ses électeurs ne l’ont pas suivi, cela prouve sans doute qu’ils sont protestataires mais pas gauchistes ).
J’ai cru lire ici ou ailleurs que dans le domaine de l’insécurité on parlait de favoriser les travaux d’interet général : c’est très bien. Mais il faut penser aussi a re-créer une justice de proximité, capable de juger rapidement des affaires simples (incivilité, petits délits a répétition, vols de portables, injures, menaces physiques etc.. ) les juges de paix disparus en 1958 seraient parfaits pour ca.

Au slogan impunité zero, opposons plutot " reparation 100% " pour tous ces délits qui empoisonnent la vie des citoyens, et qui ne sont pas toujours punis. RVA

Nouvelle synthèse

Toute notre difficulté d’aujourd’hui consiste à imaginer une nouvelle synthèse entre la réponse à une souffrance et une frustration sociale profondes d’un coté, et de l’autre, l’accompagnement de nouvelles demandes sociales d’autonomie, d’initiative, de création, de transparence... Nous en sommes loin. Personne (à ma connaissance) n’a la recette. Le face à face actuel entre les technocrates et les "traditionnalistes " de la gauche n’est pas très productif pour l’instant. Mais c’est par là que passe le (long) chemin.....

Pour reprendre la conclusion de Charles Wyplosz (dans Le Monde), dont pourtant je ne partage pas la plupart des analyses : " Le débat au PS, ces jours-ci, est enfermé dans la question : à gauche ou à droite. En avant, peut-être ? "...

Autrement dit : le monde des lycéens et étudiants qui manifestaient ces 2 semaines et celui des ouvriers qui ont rejeté le PS sont aujourd’hui radicalement disjoints. Le discours de gauche traditionnel, qui appuie sur tous les boutons traditionnels, peut convaincre une population (et encore, je n’en suis pas sur ; tous n’ont pas oublié 1981 et sa suite " rigueur ") ; mais il ne parlera absolument pas à une autre, qui apprécie que les frontières s’estompent, qui valorise la mobilité des emplois, l’esprit d’entreprise et la concurrence, qui sait bien que le renouvellement des générations n’est pas assuré, etc.

Je ne fais pas de hiérarchie de valeur ni de légitimité entre ces deux populations et ces deux séries d’objectifs. Je dis juste :

1- Que le repli identitaire sur les valeurs et les discours traditionnels de la gauche nous fera perdre aussi surement que l’autisme technocratique (" notre bilan est bon, suffit d’attendre que les français s’en rendent compte ") ;

2- Que la gauche doit porter des valeurs d’avenir, d’ambition, de libération, de désir - autant que des valeurs de protection et de résistance ;

3- Que c’est compliqué de faire la synthèse entre les deux ;

4- Qu’en attendant d’avoir trouvé la pierre philosophale et réconcilié tout le monde, il serait naturel et utile qu’existent des forces politiques différentes à gauche, dont l’une défende des valeurs, disons, " social-étatiques " et une autre des valeurs, disons, " social-libérales ". Il est ennuyeux, de ce point de vue, qu’en l’absence de PCF et devant l’immaturité des Verts, il revienne au PS de faire tout seul cette synthèse. Mais c’est comme ca : et du coup, la responsabilité de tous les socialistes, tenants d’une position ou de l’autre, est de prendre patience et de s’ouvrir réellement au débat sans avoir d’emblée la volonté d’écraser, de virer, de battre leurs camarades d’en face. Sinon, on va droit à un congrès de Rennes et à 10, 15 ans d’opposition - ou à l’éclatement du PS. DK

Porto Alegre Ou Davos ?

IL est urgent de prendre en compte l’existence et de temps en temps les propositions de la gauche non-institutionnelle, qui existe également
Entre Porto Alegre et Davos (ou New-York), il y a des lignes politiques différentes, peut-etre complémentaires, mais il y a du travail, et pas d’anathèmes ...
Enfin le problème n’est pas tant le nombre respectif d’ouvriers et de cadres sup dans notre pays, mais la façon dont la gauche prend en compte les intérêts des couches salariées (et en particulier les bas salaires qui sont les plus nombreux) dans la définition de sa politique sociale et économique. GT

Pédagogie

1° Les "classes populaire " ne sauraient avoir raison du seul fait qu’elles sont les " classes populaires ". Bien entendu, il en va de même pour les autres " classes ", moyennes, supérieures, dirigeantes, etc... du catalogue CSP, mais nous ne faisons pas de la politique pour une catégorie particulière me semble-t-il, mais pour que tous avancent ensemble.

2° Dans le gigantesque hold-up-up électoral que nous venons de subir, nous avons été coincés entre un corps paysan qui a partiellement viré à l’extrême droite après avoir abandonné son Chirac -le meilleur ministre de l’agriculture de tous les temps pour ceux-ci et un corps enseignant qui a en grande partie viré à l’extrême gauche après avoir maudit Allègre -le pire ministre de l’éducation nationale pour ceux-là-.

3° On peut refaire le monde mais refaisons le de manière compréhensible par tous et pour tous. Ce qui manque cruellement dans tous ces débats, dans toute la communication politique en général et dans la nôtre en particulier, ce sont des mots simples pour des objectifs clairs et bien définis. Les gens se plaignent -ils sans cesse parce qu’on " ne fait rien pour eux " ou bien parce qu’on ne sait plus leur parler ni leur expliquer " tout ce que nous faisons pour eux ", et qui ne sera jamais assez ".

4° Dans tout cela nous manquons terriblement de pédagogie.C’est à présent un compte rendu de mandat qu’il faut présenter : celui de cinq années de gouvernement. Ce qui a été fait, ce qui n’a pas été fait, ce qui reste à faire, ce que prétendent faire les autres. Mais de grâce ne faisons pas ce travail en se tirant dessus lorsque l’on est du même côté : on dirait le jeu de la corde sur laquelle chaque équipe tire jusqu’à faire tomber l’équipe adverse. Pour l’instant c’est nous qui sommes à terre, et nous y resterons pour longtemps si au lieu de poursuivre notre objectif principal, nous relever en juin, nous passons notre temps à crier à hue et à dia " plus à gauche, moins au centre, plus vert, moins rose, plus rouge, moins corse, plus régional, moins local, plus d’untel, moins d’untelle, plus de celui-ci, moins de celle-là, plus par là, plus plus plus, moins moins moins ! ". MB

Deux voies...

En ce qui concerne la gestion des affaires de l’Etat, il y a deux voies et pour faire vite.

• La première : on considère que le marché est un élément indépassable et l’on n’imagine aucun autre système de financement de notre protection sociale ou même on accepte l’américanisation, aucune alternative aux licenciements pour cause de la valeur en bourse des sociétés (l’élimination du candidat socialiste s’est dessinée dés le jour où, avant toute réflexion, il s’est déclaré impuissant dans les licenciements Michelin), on se laisse aller à envisager les privatisations d’EDF (Quel esprit malade a-t-il pu souffler cette idée avec l’importance qu’a l’industrie électro-nucléaire et donc un encadrement d’Etat indispensable), bref il faut composer avec le marché et on panse les plaies que le libéralisme "occasionne" dans les populations les plus économiquement faibles (c’est quoi la prime pour l’emploi ??).

• La seconde : on n’accepte pas ce primat libéral politique et l’on commence par se retourner sur la défense de ceux qui sont éliminés à grande vitesse par un système libéral qui se fait accepter en accréditant l’idée que la consommation c’est la démocratie.

Dans ce cas, on adopte une vision plus à gauche, plus offensive, plus imaginative. Par exemple changer le système de prélèvement de l’impôt, pourquoi ne pas fixer l’assiette sur le chiffre d’affaire plutôt que sur les bénéfices (merci d’éviter de rebondir trop vite sur cette proposition par la dérision, aucune étude sérieuse n’a jamais été faite pour cause de crime de lèse majesté contre l’élan libéral nous voilà).

Par exemple, avoir une attitude offensive sur l’accès aux savoirs (si vous vous imaginez que le système éducatif sélectionne moins qu’il y a dix ans, vingt ans, vous vous trompez), une question de ce type n’est pas simple car elle touche parfois à des corporatismes et des avantages acquis. Sur les savoirs et les nouvelles technologies, ce serait peut-être l’objet de cette liste, on se pose la question de l’exclusion technologiques qui est bien autre chose que le non accès à la technique, mais l’exclusion à la culture. A ce titre, il me semble que nos débats sur le brevet logiciel ou des conneries de ce genre nous ont complètement tenu à côté de la plaque, et je m’incrimine comme les autres. A côté du discours messianique sur l’accès aux nouvelles technologies et le savoir retrouvé, il y a des réalités bien plus ternes. Les nouvelles technologies et Internet en tête, sont des accélérateurs de consommation pas des accélérateurs de savoirs. Le sont-elles intrinsèquement ? Difficile de répondre immédiatement, il y a beaucoup de culturel.

Augmenter les temps libres pour le transformer en consommation, voilà ce que nous avons réussi. Ce à quoi peuvent servir les nouvelles technologies pour la population en terme de culture et de savoirs, c’est marginal. Pourtant nous surfons sur ces discours et nous frisons l’escroquerie intellectuelle. AJ



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