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Première publication : 8 mai 2002, mise en ligne: mercredi 8 mai 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Un ministère= un systeme d’information... • Jacques Chirac propose de créer un ministere de la securité publique. Je soumets a votre reflexion le principe suivant : PG expliquait tres clairement, ici même, il y a un mois, que la creation d’un ministere de la securité publique serait utile si elle favorisait le partage d’information entre gendarmes et policiers ( " ils utilisent aujourd’hui des systèmes différents pour enregistrer les véhicules volés : ces informations ne sont pas accessibles aux autres services concernés, douanes par exemple .... Ce qui conduirait à initier la création du ministère de la sécurité publique par le partage des informations " concluait il .... Dans le passé, on creeait un ministere autour d’une population, d’une activite ou autour d’une politique publique .... Les gouvernements qui arrivent aux affaires resistent rarement a la tentation de decouper les ministeres existants pour creer un nouveau ministere ...Ils le font par souci d’affichage et/ou de lisibilité ... (Le Conseil d’etat s’en plaint amèrement, au fil de ses rapports). Le système d’information comme seul outil politique de réforme de l’état. Je vais plus loin ....Le système d’information est un outil de la réforme de l’état qui passe au dessus des corporatismes. Unifier le système d’information revient, à terme, à unifier les acteurs de ce système. La réforme échouée de C. Sautter sur la fusion des administrations fiscales Le système d’information comme seul outil politique de réforme de l’état. Tout à fait d’accord, mais .... Tout a fait d’accord sur le principe ... Mais il faut être conscient que son application réelle nécessite un vrai courage politique : je pense que tous ceux qui ont eu une responsabilité quelconque dans une administration ont pu constaté que la " base " comme les cadres répugnent souvent à jouer le jeu de la circulation d’informations, pour des raisons évidentes (la détention de l’information est un petit pouvoir, le dévoilement de certaines situations objectives est une menace pour des rentes de situation, etc.). Rajoutons même que les syndicats de la fonction publique, sans doute d’accord sur le principe, y sont toujours opposés quand on passe à la concrétisation, pour les mêmes raisons déjà mentionnées. Il est clair, que dans une telle situation, un système d’information dont les données seraient publiques, serait rejetté par tous ceux qui ont intérêt au maintien de zones d’incertitudes. Alors, imaginez dans le cas des policiers et des gendarmes, quand on comparera le nombre de forces de sécurité au regard du nombre de crimes et délis constatés sur le territoire ! Ce n’est pas sénateur-maire de la Creuse ni le syndicaliste policier qui vont vouloir que se mette en place un vrai système d’information. OR Peut-etre ... Mais il me semblerait important surtout de miuex structurer et standardiser pour permettre de restructurer plus facilement, et de reorganiser les systemes d’information. Je ne suis pas sur qu’il soit necessaire de figer l’organisation de l’etat. Mais si on ne la fige pas, il faut savoir se donner les moyen de reconfigurer facilement, a faible cout. La coordination entre les differents services de l’etat ne pourrait qu’en beneficier. Nouvelles stratégies de circulation d’information ?> Mais il faut être conscient que son application réelle nécessite un vrai courage politique : je pense que tous ceux qui ont eu une responsabilité quelconque dans une administration ont pu constater que la " base " comme les cadres répugnent souvent à jouer le jeu de la circulation d’informations, pour des raisons évidentes (la détention de l’information est un petit pouvoir, le dévoilement de certaines situations Rares sont ceux qui aiment voir leur activité et leur performance mesurée, alors qu’elle ne l’était pas. C’est une diminution de confort réelle. Quand, de surcroît, des doutes s’installent sur la pertinence de la mesure (c’est fréquent), le " refus du changement " n’est pas loin - et n’est d’ailleurs pas l’apanage du secteur public, comme l’affaire de la notation 4 chez IBM l’a récemment montrée. Il y a là un enjeu de crédibilité des changements apportés (pas toujours bien pensés) et de communication. Ceci dit, le problème général de la rétention d’information me semble radicalement transformé dans la " société de l’information ", parce qu’elle conduit à mettre en place au sein d’une organisation de nouvelles stratégies de circulation de l’information. En effet, si je détiens une information utile et que, là où je travaille, l’information circule lentement et selon des cricuits à la fois rares et faciles à identifier, alors j’ai intérêt à attendre avant de divulguer cette information le moment où je maximise l’impact de cette divulgation (ses effets positifs sur ma situation). J’ai du temps, et je peux contrôler où en est la diffusion de l’information en vérifiant quelques points sur les rares circuits de propagation disponibles. Je ne risque donc guère de me faire doubler par quelqu’un d’autre qui " sortirait " l’info avant moi. Bilan : les stratégies de rétention d’information sont dominantes. Imaginons maintenant que l’usage du mél et de l’intranet soit généralisé dans l’organisation où je travaille, et que l’information soit disponible quelque part dans le système d’information (un mail d’un collaborateur, un document dans un serveur intranet, un chiffre dans un outil décisionnel, que sais-je). Cette information devient potentiellement accessible à beaucoup d’autres personnes que je ne connais pas, qui sont aisément reliées entre elles par mél selon des circuits informels nombreux et bizarres, auxquels je n’ai pas accès. Dès lors, à tout moment, si cette information est vraiment importante, elle peut trouver son chemin en-dehors de moi jusqu’aux personnes qui en ont besoin. Dans cette situation, j’ai peu de temps pour diffuser l’information que je possède et m’assurer que je sois bien crédité pour sa diffusion. D’où une stratégie de diffusion rapide, la rétention pouvant me faire perdre une opportunité. J’expliquerais volontiers ainsi le caractère explosif de la collaboration autour des logiciels libres : dès que j’ai une idée ou un morceau de code, je la/le mets à disposition des autres - sinon, ce sera celle d’un autre qui sera prise en compte (la rémunération est symbolique, en prestige et en renforcement de mon réseau social). Bref, on passe de stratégies de type " ne tirez qu’à coup sûr " (combat de tranchée) à des stratégies de type " tirez avant, visez au deuxième coup " (combat de rue). Ce qui ne va d’ailleurs pas sans excès (circulation de rumeurs, engorgement informationnel, baisse de la qualité de l’analyse, éventuellement). Je vois également sa trace dans la mauvaise utilisation du mél par les cadres qui débutent dans cet usage : trop de destinataires aux messages, trop de transferts de messages abusifs. On en se rend compte que progressivement que sont valorisés non pas simplement les émetteurs fréquents, mais ceux qui apportent quelque chose d’utile. Sur la base de mon expérience, quand on explique ce genre de choses à des cadres volontiers rétenteurs d’information, et que l’on met par ailleurs en place la panoplie d’outils, d’usages et de formation permettant de rendre la menace crédible, on peut progresser plus vite que l’on ne le croît. J’ai d’ailleurs l’impression que, à travers l’e-ministère et mininfo, c’est d’une certaine manière la stratégie suivie avec un certain succès depuis 2 ans à Bercy. |
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