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Sécurité ... besoin de régles de vie ...(Débat)
Première publication : 15 mai 2002, mise en ligne: mercredi 15 mai 2002

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" Vous allez devoir travailler et réfléchir sur le problème qui a contribué à nous faire battre : l’insécurité. On n’a jamais su faire une synthèse qui nous satisfasse. " Lionel Jospin

Les termes du debat sont bien posés.
Quelle synthese ?

Pour avancer, il faut aller au delà des idées générales.
Des clichés et des caricatures.

a) le gouvernement Jospin a développé une politique en matiére de sécurité

Les principes en ont ete exposés : le discours de Villepinte
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossier_polpublic/securite_interieure
/josp971025.shtml
Qu’est ce qui n’allait pas ? Les principes, le discours d’accompagnement, ou la mise en oeuvre ?
http://www.temps-reels.net/dos_afdos.php ?dos=17&sd=204

b) Lionel Jospin et le PS avaient compris que cette thematique serait une des thematiques de la campagne (le discours du 14 juillet du chef de l’etat ne laissait aucun doute là desus).

Ils ont tenté d’apporter des reponses, de formuler un discours, dans leurs propositions
http://www.temps-reels.net/dos_afdos.php ?dos=17&sd=203
Qu’est ce qui n’allait pas ?

c) Apres le 21 avril, le PS s’est attelé a formulation de la problematique sécurité ; " Le besoin de règles de vie en société ".

Cette nouvelle problematisation de la sécurité satisfait elle l’une ou l’autre des trois conditions :
• convaincre les français ( et les plus fragilisés d’entre eux) que le PS prend en compte " leurs " problemes "
• fournir un diagnostic pertinent qui permet d’agir efficacement
• conformité aux valeurs socialistes ( ?) RM

Tout commence par les mots.

Celui d’insécurité - ou pire encore celui d’incivilité - n’est plus acceptable pour de multiples raisons. Ici, pour engager le débat, je n’en evoque qu’une, déjà relevée par certains : le glissement sémantique qui fait oublier la notion de délinquance et qui vient lui substituer - ce qui n’est pas anodin - celle d’insécurité.

Pour être bref, un discours et une politique de gauche devraient s’appuyer sur ce principe simple : la lutte contre toutes les formes de délinquance. Chacun voit bien qu’à côté des dégradations d’immeubles, des insultes, des incendies de voitures, nous aurions aussi à nous préoccuper - nous le devons - de choses aussi diverses que :

• Les infractions au Code du travail ;
• Les délits financiers, les abus de biens sociaux ;
• Les fraudes au fisc, à l’Urssaf, à la comptabilité publique ;
• Le proxénétisme (manifestement moins à la mode que la pédophilie) ;
• Les atteintes à la vie privée ;
• Les abus d’autorité ;
• Les escroqueries, abus de confiance et abus de faiblesse ; ..etc.

Bref, ne pourrions-nous pas tout simplement reprendre le Code pénal et proposer une politique de prévention - et de répression - sur les principaux crimes, délits, et contraventions de police dans leur ensemble ? Nous
verrions alors si les Français qui son censés vouloir l’ordre et la sanction, les chefs d’entreprises, les citoyens de toute sorte, sont véritablement autant attachés à la sécurité qu’ils le disent. Je ne le pense
évidemment pas.

Tout simplement parce que l’insécurité, c’est ce que l’on subit, c’est ce qui vient des autres, tandis que la délinquance - petite ou grande - c’est chacun de nous. L’insécurité est le meilleur mot d’ordre que notre pays ait pu trouver pour oublier la délinquance sous toutes ses formes. CR

mais halte au dogmatisme

J’habite une banlieue tranquilleais il m’arrive pour le travail d aller dans des quartiers " difficiles "... a Nanterre ou Gennevilliers par exemple.

Bien sur je suis d’accord : l’education et la solidarite sont prioritaires. mais halte au dogmatisme... la gauche ne doit pas zapper le probleme de l’insecurite... c est un probleme concret et bien reel pour les populations de ces quartiers.

Ces 4 derniers mois, meme en habitant dans un coin plus tranquille que d’autres, on a tente de me voler mon portable et ma mere s est retrouvee a l hopital avec une fracture a l epaule apres avoir ete attaquee par 2 voyous. ce ne sont pas des statistiques.

Il faut se poser une question tres simple : qui parmi nous voudrait aller habiter des villes ou il est impossible de sortir le soir sans avoir la peur de se faire agresser... ou il est impossible d avoir une voiture neuve sans se la faire casser... ou des jeunes voyous squattent l entree de ton immeuble et dealent et roulent des joints devant tout le monde...

nous sommes la sur internet a discuter entre gens urbains... mais en attendant d’etablir une netiquette acceptee par tous dans la vraie vie et d’eduquer (il n est meme pas question de reeducation) ces enfants, il s’agit de pouvoir permettre a des gens de pouvoir vivre tranquillement dans leur cite.
remplacons le mot " securitaire " par un autre mot et passons a l action. CB

Inaudible ....

Je suis de ceux qui pensent que le gouvernement avait degagé une approche equilibrée sur ces questions de securité.

• Au niveau du discours :

En affirmant le droit a la securité :
" Ainsi que le proclame la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la " sûreté " est l’un des " droits naturels et imprescriptibles de l’Homme ". Un citoyen dont la sécurité n’est pas assurée ne peut exercer son droit à la liberté. Le principe républicain de l’égalité entre les citoyens ne peut ignorer ce droit à la sécurité. Tout citoyen, toute personne, vivant sur le territoire de la République ont droit à la sécurité. Il ne peut y avoir des quartiers sûrs et des zones de non-droit. Il en va de la solidité du lien social.

En affirmant le principe de responsabilité individuelle :
" A chaque acte délictueux doit en effet correspondre une réponse judiciaire : simple rappel à la loi, sanction ou réparation pour marquer la responsabilité de l’auteur de l’infraction et pour témoigner à la victime que la société réprouve l’acte qu’elle a subi et lui doit une réparation ".

• Au niveau de la strategie : police de proximité, contrats locaux de securité (c’est a dire la mobilisation concertée de tous les acteurs...)

Dans la campagne, sur ce sujet comme sur d’autres, Lionel Jospin et le PS se sont trouvés en porte a faux.

Lionel Jospin et le PS ont mollement essayé de faire valoir leur bilan en termes de moyens :
Depuis 1997, le gouvernement a doublé les crédits de construction du ministère de l’Intérieur, qui sont passés de 100 millions d’euros, en 1997, à près de 200 millions, aujourd’hui. Depuis, ce sont plus de 800 millions qui auront été consacrés à ces opérations. Les moyens matériels de la police nationale, dont le budget dépassera, pour la première fois, les 5 milliards d’euros, en 2002 (plus de 34 milliards de francs), ont également été fortement accrus.
Entre 1997 et 2002, ce budget aura donc augmenté de plus de 22 %, après une stagnation et même une baisse en 1996 et 1997. Ce qui est vrai pour les moyens matériels l’est également pour les effectifs.
Le gouvernement Jospin a décidé la création, entre 1997 et 2002, de 7 000 emplois de gardiens de la paix et la création de 1 500 postes de personnels administratifs, techniques et scientifiques. Il faut y ajouter 20 000 postes d’adjoints de sécurité.

• Le discours sur les moyens etait inaudible car, dans ce domaine, l’opinion attendait des resultats...

La publication des statistiques policieres illustrant la progression des actes de delinquance a été une catastrophe.
L’explication du gouvernement (et de Daniel vaillant), a laquelle j’adhere, selon laquelle les statistiques policieres refletaient essentiellement un surcroit d’activite policiere et non une progression de la deliquance était pratiquement inaudible.
La creation de l’Observatoire de la Delinquance etait une bonne initiative mais tardive.
Le mal était fait.

• Dans sa campagne, Lionel Jospin n’est jamais parvenu à imposer son approche de la sécurité face a Jacques Chirac .

Jospin etait probablement conscient que ce theme de le securité heurte une partie de l’electorat socialiste .... Il ne voulait peut etre pas prêter le flanc aux critiques d’une partie de la gauche plurielle (Mamére, en premier lieu).
Il y a peut etre une raison plus fondamentale : Lionel Jospin etait conscient, plus que tout autre, des resistances qu’il avait rencontrées pour mettre en oeuvre la police de la proximité.
Celle ci s’est heurtée a la fronde des elus ruraux et des villes moyennes)... la police de proximité supposait un redeploiement des forces de gendarmerie là on a besoin d’elles ...
Elle s’est heurtée également a la resistance de policiers qui rechignaient a entrer dans une logique de " police de proximité " plus exigeante que la police de maintien de l’ordre.

Jospin et le PS se sont trouvés enfermés dans une situation de double contrainte :

• Pour expliquer la maigreur des resultats, il fallait prendre l’opinion a temoin : la repartition aberrante des forces de police sur le territoire, la faible productivité de la police. Le renforcement de la sécurité ne passe pas en France par une augmentation des forces, mais par leur réorganisation. En effet, le ratio policier d’Etat ou gendarme par habitant est en France (en 1997) de 1 pour 251 contre 1 pour 303 en Allemagne, 1 pour 283 en Italie, 1 pour 380 au Royaume-Uni.

.... Mais prendre l’opinion a temoin, dire la verité, c’etait admettre que le Gouvernement et le PS avaient cédé devant la fronde des elus et la puissance du lobby policier, c’etait admettre que le gouvernement avait manqué de fermeté, d’autorité ... Precisement ce que Chirac leur reprochait...

Jospin proposait, dans son projet, un Pacte national de securité. Un pacte national probablement pour lever les blocages rencontrés pendant son mandat. RM

Insécurités ...

les chiffres importants de Le Pen dans certaines campagnes sûres montrent bien qu’il y a une perception de l’insécurité qui se matérialise à travers la délinquance mais qui recoupe d’autres insécurités.

La ruralité est écartée des mouvements économiques, on la bassine avec Internet, la mondialisation, les flux financiers, les contraintes européennes et tout cela lui crée une angoisse réelle. Cette angoisse se cristallise dans l’image la plus facile à discerner : la délinquance.

Grosso modo : mes emplois disparaissent, mes usines sont délocalisées, mes prix agricoles sont en chûte libre, mon surendettement m’étrangle, mes retraites sont en danger, mes politiques ne peuvent rien face à Bruxelles ou à Wall Street, cela signifie que je suis attaqué de toute part, je suis victime d’une société irresponsable d’où la volonté politique a disparue : demain, je n’aurais plus aucune défense possible contre les bandes, les voleurs. La disparition de l’Etat a pour conséquence le libre épanchement de toutes les violences, de toutes les mafias.

Pour beaucoup de nos concitoyens qui ne sont pas aux prises avec l’insécurité réelle de la violence, l’image renvoyée par la télévision agit comme une métonymie : la violence montrée représente toutes les violences
invisibles mais réelles. Demander au politique de reprendre la main contre la violence, c’est espérer que cette reprise en main concernera tous les abandons du politique. C’est le procès final du libéralisme, sous toutes ses formes. C’est le procès de Jospin quand il dit " Je ne peux rien faire " face à Moulinex ou à Lu. La conscience collective exige que le politique soit en mesure d’agir, de décider, d’imposer, conformément à un mandat reçu.JD

Certes ces campagnes sont " sûres ", mais pas "comme avant ".

J’ai eu l’occasion de discuter des campagnes de l’Oise avec un cadre de Préfecture en mars, et de la campagne normande avec un conseiller municipal de là-bas le 21 avril, alors qu’il venait de décompter les bulletins avec 12% Le pen dans son village.
Certes ces campagnes sont " sûres ", mais ... " pas comme avant ".

Le cannabis s’y répand à grande vitesse (donc création de réseaux de petits trafiquants), les agressions verbales contre les enseignants et les vols au collège deviennent plus fréquents et, surtout, apparaissent normaux à leur auteurs quand on les interroge ... et ce ne sont PAS des immigrés ou des gens venus de la ville ...

Cette déstabilisation de la société rurale, qui se sclérosait socialement depuis quatre décennies, sous l’impact des moeurs venues de la ville, me semble expliquer une bonne partie du vote de réaction pour Le Pen (conservatisme petit-bourgeois + sentiment de majorité morale, selon mon analyse). FL

revoir notre annalyse de la violence et de la sécurité

Le serpent se mord la queue ...Il n’y a pas de réponse individuelle à une violence sociale collective et multiforme et il n’y a aps de solution collectie à une souffrance individuelle multiforme.

Nous devons à la fois sécuriser l’environnement social : pouvoir prévoir sa vie, avoir des projets, voir ses droits respectés, de pas être l’objet d’agressions et responsabiliser les acteurs : individus mais aussi organisations (entreprises, partis politiques, associations, collectivités). Nul d’a le droit d’infliger une violence à autrui en toute impunité : la réponse doit couvrir l’indemnisation et la sanction.

Si l’on prend l’exemple d’une entreprise qui licencie : elle doit bien payer une indemnisation (est-elle suffisante pour assurer la sécurité de l’individu ?) mais subit-elle une sanction ? Non, bien au contraire, puisque sa valeur augmente, qu’elle soit côtée en bourse ou non. Il est donc rentable de licencier.
Un parti politique dont les élus sont condamnés pour malversation, fraude, etc. est-il sanctionné ou condamné à rembourser ? Pas à ma connaissance, la sanction retombe sur l’individu, le collectif qui l’a investi, qui a tiré profit de ses résultats électoraux est lui quasi-intouchable en tant que tel.

Il me semble que nous devrions revoir notre annalyse de la violence et de la sécurité, c’est-à-dire l’absence de violence, ou la violence maîtrisée à partir d’une grille plus rigoureuse, qui prenne en compe le fait que 90% de la communication passe dans les comprotements et ls actes et seulement 10% dans les mots (Ecole de Palo Alto). MLM

Demande apparente, contenu latent

Faut-il s’en tenir à la demande apparente des gens (en l’occurrence contre la délinquance dite quotidienne) ?

A mon sens, il faut évidemment y répondre et agir dans ce domaine. Mais, sans faire de psychanalyse de cuisine, il y a aussi un contenu latent dans tout ça. Et cette demande qui n’est pas formalisée pour différentes raisons (notamment parce que certains ne qualifient pas, par exemple, les auteurs de discriminations de " délinquants ", ce qu’ils sont
pourtant de manière évidente), eh bien cette demande de sécurité plus globale existe tout de même. Les personnes qui se font escroquer pour acheter une maison ou une cuisine - par une boîte qui s’empresse parfois de faire faillite après, et qui se retrouvent dans le gouffre du surendettement - attendent aussi des réponses. N’oublions pas que le crédit à la consommation ou le démarchage à domicile, par exemple, doivent respecter des règles dont le non-respect est sanctionné pénalement. CR

Manoeuvre sémantique

Nos concitoyens donnent un contenu assez délimité a ce qu’ils entendent par " securité ". Ils pensent a la securité des personnes et des biens. Et la manoeuvre semantique qui consiste a élargir demesurement les
notions d’insecurité (pour y inclure l’insecurité sociale) ou de securité (pour y inclure la securité alimentaire) me semble vaine.

Elle est d’emblee perçue, par nombre de citoyens, comme une tentative de noyer le poisson. RM

Insécurité, chômage, naivete

Articuler un discours moins simpliste sur l’insécurité, ce n’est pas forcément > du blabla ou de la " naïveté "
Rappelons de quoi il s’agissait dans la " naïveté " que confessait Lionel.

L. Jospin dit avoir espéré que la délinquance baisserait grâce à l’amélioration de la situation économique. Ce en quoi il a eu tort (Cf. infra) mais cette erreur de prévision était partagée par tout le monde ... y compris, à mon avis, le FN, qui avait zappé ces dernières années du thème de l’insécurité à celui de " l’établissement ". La naïveté de L. Jospin a plutôt consisté à prononcer un terme auto-dépréciateur à la télévision ...

Contrairement à ce qu’affirment certains (Laurent Mucchieli), les statistiques n’ont pas augmenté depuis 93-94, elles ont BAISSE depuis 93-94 (qui était leur sommet après des années de hausse continue), PUIS augmenté depuis 1997 environ. http://www.interieur.gouv.fr/statistiques/crim2001/sommaire.htm

Il semblerait donc aberrant d’attribuer cette hausse à des consignes des gouvernements de droite de 93-96, ou à un travail plus intensif de la police (qui avait des ministres plus " répressifs " à cette époque, que D. Vaillant), ou à l’augmentation de ses effectifs (le développement des patrouilles de proximité ne me semble pas être de nature à générer des plaintes en plus. L’embauche de personnel administratif a été très inférieure aux besoins indiqués par la cour des comptes et un rapport parlementaire).

En fait les évolutions chronologiques contrastées des différents types de délits montrent bien qu’on a peu affaire à un biais de mesure mais bien à des évolutions sociologiques, la plupart inexpliquées à
ce jour... FL



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