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Lettre n°41
5 décembre
2000
Belgique
: controverse sur le vote automatisé
En Europe comme aux
Etats-unis, les systèmes de vote électronique devront faire
la preuve qu'ils garantissent le secret du vote ( la confidentialité)
, la sécurité (face a des fraudes électroniques)
et la fiabilité
La principale qualité
d'un processus électoral réside dans la confiance.
Cette confiance reposait
classiquement sur la transparence des opérations : le bureau de
vote, avec ses bulletins de vote en papier, l'urne, le dépouillement
opéré sous le regard des citoyens, et sous le contrôle
des représentants des listes en présence, garantit cette
transparence. Cette transparence limite le risque de fraude. L'informatisation
des opérations électorales présente deux avantages
majeurs : une plus grande fiabilité dans le compte, un dépouillement
effectué pratiquement en temps réel. La contrepartie de
cette fiabilité et de cette rapidité, c'est l'opacité
: on délègue à des machines l'enregistrement des
votes, l'agrégation et la centralisation des résultats.
Ces calculs échappent au regard. La généralisation
du vote électronique suppose une grande confiance dans les institutions
et dans leur capacité à contrôler l'intégrité
d'opérations électorales rendues opaques par l'informatisation.
En Europe, la Belgique
est pionniere dans le domaine du vote electronique. Il a été
expérimenté depuis 1985, d'abord dans le cadre d'un projet
pilote, puis sur une échelle progressivement étendue. La
loi du 11 avril 1994 a institué le vote par voie électronique.
En octobre 2000, pour les elections communales, pres d'un électeur
belge sur deux a voté par le truchement d'une machine. C'est en
Belgique que la controverse est la plus vive sur les garanties que doit
apporter un systéme de vote automatisé.
TemPS réels
Le
8 octobre 2000, lors des élections communales et provinciales belges,
près de la moitié des électeurs ont voté sur
des machines
Afin de permettre une
vérification des résultats du vote, les électeurs
sont dotés d'une carte magnétique. Lorsqu'ils expriment
leur vote sur l'ordinateur, ils doivent en même temps insérer
leur carte dans un lecteur connecté au système : le vote
est simultanément acheminé au registre central du vote via
le réseau et inscrit sur la carte magnétique. Avant de quitter
le bureau de vote, chaque électeur doit remettre sa carte magnétique
dans une urne. Ainsi, les résultats issus de la centralisation
automatique des votes peuvent être vérifiés par l'analyse
des cartes magnétiques. La technologie est fournie par Bull. (L'Atelier
n° 68 - Mai - Juin - Juil. 2000).
Un collège de
neuf experts nommés par les différentes assemblées
belges veille à l'application de la loi. Lors des premières
élections, le 13 juin 1999, il sagissait dinformaticiens
du Parlement. Ils ont dailleurs remis un rapport assez critique
sur le temps quil leur était accordé pour contrôler
le bon déroulement des élections.
Avant les elections
du 8 octobre, le ministère de lIntérieur avait pris
soin denvoyer un mode demploi aux 3,7 millions de citoyens
concernés par le vote électronique. À la veille du
scrutin, la presse belge a largement relayé linformation.
Et pourtant, une fois sur deux, la carte magnétique est introduite
dans lurne dans le mauvais sens. Un assesseur est chargé
tout spécialement daider les citoyens déconcertés.
Au bout de deux heures de vote, la bourde. Un homme dune quarante
années a introduit, par mégarde, sa carte magnétique
dans lurne électronique. Sans être passé par
lisoloir
"On vous avait dit de passer par lisoloir !,
lance lun des assesseurs. Une fois la carte introduite dans lurne,
on ne peut plus rien faire." Lhomme a voté blanc sans le
vouloir
"De toute façon, je ne suis pas très politisé",
balance-t-il à la sortie du bureau.
http://www.transfert.net/fr/cyber_societe/article.cfm?idx_rub=89&idx_art=2033
L'utilisation
des machines à voter modifierait le comportement des électeurs
Selon étude de
la VUB, une université flamande de Bruxelles, commandée
par le ministère de lIntérieur et publiée en
mai dernier, lutilisation du scrutin électronique dans les
bureaux de vote modifiait sensiblement le comportement des électeurs.
Surtout lors dun "vote de préférence", lorsquil
sagit de choisir un candidat parmi la quarantaine de noms proposés
par un parti. "Sur un écran, la liste des candidats saffiche
sur plusieurs colonnes. En analysant les résultats des dernières
élections, les chercheurs de la VUB se sont rendu compte que les
suffrages se reportaient plus facilement sur les candidats placés
en tête de colonne. À tel point que les partis tiennent désormais
compte de cette donnée pour placer leurs meilleurs candidats.
Le magazine Transfert
a consacré un dossier tres complet à l'utilisation des machines
à voter lors des elections d'octobre 2000: http://www.transfert.net/fr/cyber_societe/article.cfm?idx_rub=89&idx_art=2033
EVA
méne le combat contre le vote électronique généralisé
Depuis la promulgation
de loi sur le vote automatisé en 1994, Nabil Antoun a multiplié
les recours administratifs ou judiciaires afin que lÉtat
abandonne ce mode de scrutin. En 1997, il demandait au ministère
de lIntérieur laccès aux documents concernant
la nature du système informatique utilisé lors des élections.
Refus catégorique qui le mènera à plaider sa cause
jusquen dans les couloirs du Conseil détat belge
"Tout système informatique est piratable", aime-t-il à
répéter. Ce polytechnicien de formation est président
de "Pour Eva" (Pour une éthique du vote automatisé), une
association qui milite pour labrogation du vote électronique
en Belgique.
http://www.transfert.net/fr/cyber_societe/article.cfm?idx_rub=87&idx_art=2034
EVA : "Le vote automatisé
n'est pas conforme à ce que devraient être des élections
démocratiques"
"L'introduction
de l'informatique dans tous les rouages de la société
nous fait souvent oublier que ces systèmes sont programmés
par des êtres humains. Dans leur usage quotidien, il est toujours
facile de vérifier que cette programmation est conforme à
ce que nous attendons de ces systèmes. (
) Avec ma banque,
je tiens une comptabilité, la banque fait de même et nous
comparons nos bilans puisqu'il n'y a pas de secret entre la banque et
moi. Peu m'importe comment la banque enregistre mes transactions électroniques
puisque je peux en finale comparer : il n'y a pas de secret... ""Mais
pour les votes, ce type de vérification est impossible :
en effet, leur caractère fondamental : le secret, ne nous
permet pas de vérifier si la transcription du choix de l'électeur
et le dépouillement se sont faits convenablement puisque nous
ne pouvons pas identifier "notre bulletin".... "Le
vote automatisé n'est pas conforme à ce que devraient
être des élections démocratiques :
Nous ne savons pas ce qu'il y a sur la carte magnétique ;
Seule une élite est capable de comprendre et de vérifier
ces ordinateurs ;
Le contrôle des scrutins (bulletins et dépouillements)
échappe donc aux citoyens...C'est
pourquoi, tout en ne refusant pas l'informatique en général,
nous pensons :
Que le système actuel n'offre pas les plus élémentaires
garanties ;
Qu'il faut veiller à s'assurer que l'éthique des scrutins
soit respectée ;
Qu'on ne peut laisser une élite ou des sociétés
privées prendre le contrôle des scrutins ;
Qu'aucun compromis n'est tolérable... ce serait compromettre
la démocratie.Nous
sommes convaincus que le meilleur système est bien le traditionnel.:
Le bulletin en papier
offre la maîtrise totale, sans "aide" ou "intermédiaire",
de son choix ;
Le dépouillement manuel nous rappelle que la démocratie
c'est la participation de chacun.
Conscients que l'on
ne peut pas non plus nous opposer aveuglement à des transformations
de la société et que parfois il faut mettre de l'eau dans
son vin, nous pensons qu'il est acceptable (si vraiment "on ne peut
faire autrement" ... ?) d'admettre l'automatisation du dépouillement
uniquement. Cela a l'avantage de laisser à l'électeur
la maîtrise totale et sans intermédiaire de son bulletin
et cela permet toujours de faire, à partir de ces bulletins,
des vérifications et des coups de sondes pour "surveiller" le
dépouillement que les informaticiens auraient fait avec leur
machine...
http://www.poureva.org/explications/en-2-mots.html
http://www.poureva.org
Nabil
Antoun (EVA) : "les scrutins passeront sous la dépendance totale
et incontrôlable des informaticiens"
Extraits de la déposition
de M. Nabil Antoun devant la Commission de l'Intérieur du Sénat
le 11 septembre 2000
"En 1994, lorsque
le vote automatisé a été introduit, j'ai personnellement
été intrigué.
En effet, ma formation
me permet de savoir qu'aucun système informatisé n'est
à l'abri d'erreurs ou de piratage (
). Au début,
c'est avec amusement et curiosité que nous avons commencé
l'analyse. Par la suite
c'est avec horreur et inquiétude que nous nous sommes lancés
dans une lutte contre le vote automatisé tel qu'il est conçu
! (..)
"En effet, nous
avons découvert : -
que le Ministre de l'Intérieur refuse la transparence ; -
que le système n'est plus surveillé que par les experts
du Pouvoir en place ; -
que seule une élite pourrait le comprendre et en surveiller les
rouages ;- que les citoyens
sont, par l'usage de méthodes sophistiquées, écartés
de la supervision des scrutins. (..) "Dans
l'isoloir, on doit être seul (..) et le dépouillement implique
la publicité la plus totale. Mais avec le vote automatisé,
qu'avons-nous fait ? L'électeur ne maîtrise plus tout seul,
ni à sa guise, son bulletin. Dans l'isoloir, sa volonté
d'électeur est prise en charge par une équipe d'ingénieurs
via la machine à voter. Quant au dépouillement, il est
des plus opaques puisqu'il n'est plus exposé qu'aux seuls regards
des experts nommés par le Pouvoir sortant, et assorti du refus
de transparence du Ministre de l'Intérieur. Mais,
au fait, quel avantage apporte une automatisation des scrutins ? Dans
l'espoir de raccourcir de quelques heures l'attente des résultats,
nous dépensons des milliards et nous incitons nos citoyens à
ne rien faire pour leur démocratie. Après l'acte de voter,
le dépouillement est le premier des devoirs de surveillance.
Malgré le dérangement, la plupart des assesseurs sortent
de l'expérience avec le sentiment justifié d'avoir oeuvré
à leur démocratie.
Toute solution
informatisée dans le domaine des scrutins doit permettre un contrôle
parallèle et indépendant par le citoyen "commun" En dehors
de cette règle, les scrutins passeront sous la dépendance
totale et incontrôlable des informaticiens. Vis-à-vis de
cette nouvelle élite, nous sommes des illettrés. "
http://www.poureva.org/library/expose-senat-11oct/expose-senat-11oct.html
La
Ligue belge des droits de lHomme s'oppose au vote électronique
La
Ligue des droits de lHomme ne peut que réitérer ses
protestations vigoureuses contre le système qui sest généralisé
en Belgique lors des élections de juin dernier. Nos
principales objections sont :
labsence
de contrôle démocratique et citoyen ;
les dérives potentielles : erreurs, manipulations, fraudes
à grande échelle ;
le recomptage manuel impossible ;
le fait que lélecteur ne peut avoir aucune certitude absolue
que son choix est bien enregistré par la carte électronique ;
la discrimination entre le système informatisé et le système
manuel
En
réponse à ces inquiétudes, un collège dexperts
a remis un rapport. Loin de nous apaiser, les conclusions de ce rapport
renforcent nos inquiétudes. Les aménagements adoptés
par la loi du 12 août 2000 sont bien trop superficiels et ne répondent
aucunement aux problèmes de fond et de principe.
Devant
labsence dune réponse satisfaisante, la Ligue des droits
de lHomme a décidé de faire appel à des observateurs
internationaux (Nations Unies, Conseil de lEurope, Union interparlementaire,
OSCE et Fédération internationale des ligues des droits
de lHomme) pour les élections communales et provinciales
du 8 octobre prochain.
http://www.liguedh.org/
Morceaux
choisis des débats parlementaires à propos d'une proposition
de loi modifiant le vote automatisé. (Séance du 20 juillet
2000)
M. Jacky Morael (ECOLO)
"Le projet que nous
avons à examiner représente à l'évidence
une amélioration de la situation existante et héritée.
Il serait malhonnête de ne pas le reconnaître. (
)
"Nous restons inquiets
à propos d'une série de problèmes. Le rapport mentionne
- à la page 4, si je ne m'abuse - que le représentant
du gouvernement ne pouvait garantir la fiabilité à 100 %
du vote électronique"
"Les experts estiment que
les codes de cryptage protégeant les disquettes-mères
du logiciel électoral sont dépassés sur le marché
de l'informatique" .
"Plusieurs ordinateurs
au ministère de l'Intérieur en font autant de copies qu'il
est nécessaire pour l'ensemble des bureaux auxquelles seront
fournies les disquettes, pour chaque isoloir et chaque machine. Les
experts nous ont dit qu'il s'agissait d'ordinateurs stand alone,
donc, hors réseau, de façon à ce que personne ne
puisse s'introduire dans l'opération de copiage et la manipuler.
J'ai posé une question élémentaire : ces ordinateurs
ont-ils toujours été stand alone ou ont-ils été
débranchés d'un réseau ?
"Il faut honnêtement
le reconnaître : la situation sera plus sûre le 8 octobre
qu'elle ne l'était le 13 juin 1999 ou encore, lors des élections
précédentes, mais pas assez vite ni assez fort.
"Il importe d'améliorer
la fiabilité, car si les citoyens devaient avoir l'impression,
à tort ou à raison, que le système peut être
fraudé, nous manquerions un des paris de l'ensemble des forces
démocratiques de ce pays qui, je crois, partagent toutes le même
objectif, à savoir réconcilier le citoyen avec la politique."
Clotilde
Nyssens (PSC)
"Les exposés
qui nous ont été présentés, tant par le
directeur général du ministère de l'Intérieur
que par un délégué informaticien du Sénat,
qui siège au sein du collège des experts désignés
par ce même Sénat, n'ont pas levé les doutes que
nous émettions quant à la fiabilité démocratique
du vote électronique, bien au contraire" "À
plusieurs reprises, le représentant du ministre ou l'expert désigné
par le Sénat nous ont dit qu'aucun expert ne peut garantir qu'il
est exclu que le programme de certaines disquettes ne puisse être
altéré pour organiser une fraude" "En
outre, permettre à l'électeur de visualiser son vote après
avoir voté ne lui apporte rien sur le plan de la confiance puisque,
d'une part, il peut y avoir sur la carte un autre vote, qu'on ne lui
montre pas, et que, d'autre part, la carte magnétique peut parfaitement
être altérée par la suite, par l'urne électronique"
"On fait confiance
à des informaticiens du Sénat qui nous ont fait excellente
impression en commission mais je souhaite aussi que le politique ait
un contrôle des plus sérieux sur ces experts".
Anne-Marie Lizin (PS)
"Selon moi, le contrôle
du software est complètement négligé. Les codes
sont les mêmes, ce qui est impensable. Un code ne peut même
pas être protégé durant une journée. N'importe
quel technicien de l'entreprise adjudicataire Bull vous le confirmera
: c'est une erreur de ne pas le faire. Il s'agissait pourtant d'une
recommandation des experts, mais on n'en a pas tenu compte, ce qui est
dommage. Il est important de communiquer ce code, non pas à des
parlementaires sans expérience informatique, mais à des
parlementaires experts."
http://www.poureva.org/library/extraits-20-juillet.html
La lettre de temPS réels
est éditée par temPS réels,
section Internet (virtuelle et technotrope) du Parti Socialiste (Fédération
de Paris)
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