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Dysfonctionnements ....( contribution au débat)
mardi 16 juillet 2002

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Les technologies de l’information mettent en évidence, lorsqu’on les introduit, les dysfonctionnements (malheureusement ils sont endogènes) du système éducatif.

Les mouvements pédagogiques ne font pas trop la connexion entre la pédagogie et les NTICE parce que l’histoire du système éducatif est lourde de tentatives (et ce depuis les années 50) d’introduction de techniques (et je ne parle même pas de l’imprimerie de Freinet qui date des années 20).

Chaque fois, elles ont été envisagées sur le même modèle prophétique de transformation de l’école et chaque fois, elles n’ont fait qu’effleurer l’école qui les a trés vite scolarisées sans rien changer à son modèle. La difficulté de l’introduction des NTICE, est comprise entre trois courants opposés ( en gros) :

• Un dispositif ministériel et ses déconcentration en rectorat qui ne peut pas envisager l’avenir de l’école autrement que par des décisions centralisées qui viennent s’abattre sur le terrain.

C’est la difficulté d’un système technocratique qui doit gérer et à qui on demande d’innover. Il n’y a pas d’instrument de recherche en position libre (je ne détaille pas l’inrp et les tentatives du ministère en ce sens). Sous couvert d’une fausse décentralisation ministérielle, on assiste à l’arrivée de moyens dans des rectorats qui vont répéter quasiment les mêmes tentatives sans jamais se donner les moyens de la distance et de la réflexion, pas beaucoup plus de la mutualisation. Il y a un paradoxe total entre Internet et la politique de décentralisations. Tous les rectorats ont leur site web qui dit à peu près la même chose que le rectorat voisin. Seul le logo change et l’édito du recteur ;-) Les C.R.D.P. ne sont qu’à peine mieux en phase. Chacun va mener une politique normalement régionale, mais comme elle utilise le medium Internet, elle se trouve de fait nationale. Beaucoup d’énergie pour rien.

• Deuxième courant, les collectivités territoriales qui piaffent de pouvoir faire changer le système et qui tente de le faire en introduisant en masse du matériel en se disant qu’il va bien se passer quelque chose. Cependant, aucune ne va jusqu’au bout et s’arrête trés vite lorsque les niveaux Etat interdisent de franchir la frontière des usages.

L’expérience des collectivités territoriales suivis dans le cadre de programme de recherche est à ce titre extrémement douloureuse . Derrière l’impulsion politique, il faut tenir et tenir longtemps dans le temps. La gestion technocratique prend vite le dessus et je crains que ces expériences se révèlent d’ici quelques courtes années, des expériences trés graves. Pour diverses raisons, nous ne parvenons malheureusement pas à faire grand chose. Par exemple, un groupe d’enseignants proches d’un délégué rectoral au NTIC (et lui-même) va faire en sorte que les initiatives y compris d’introduction de systèmes logiciels soient soumis à des contraintes importantes pour qu’en fait l’expérience capote. La raison est simple, ils ont bricolé leur truc et ne veulent pas que l’on chasse sur leur terre.

Il se dessine une autre perspective. Une société approche récemment les collectivités territoriales pour leur vendre un service en ligne d’aide aux devoirs. Ces collectivités territoriales, qui cherchent une alternative à une mesure qui s’appelle les manuels scoalires gratuits (ce qui est une des opérations démagogiques les plus scandaleuse et ridicule), se laissent tenter. De 500 kf à 3 MF en fonction de la taille des effectifs cette société propose ce qu’ l’Education Nationale aurait eu l’intelligence de faire depuis longtemps. A savoir, un accompagnement enligne par un tuteur des élèves qui sont en difficultés. Cette arrivée de solutions privées dans le système éducatif est une vraie révolution. Les conditions sont remplies pour que le courant du Home schooling américain se développent en France. Cette approche seule mérite un débat entier qui ne peut s’arréter à des positions idéologiques faciles et cela introduit le troisième aspect.

• Troisième courant, le raidissement des enseignants qui se comportent en caste corporatiste que rien ne peut atteindre parce que rien ne doit les atteindre. En cela, Allègre a tout dit. Les TIC révèlent cela, mais comment le dire. Tout part dans n’importe quelle direction et aucun îlot ne permet de prendre pied.

Les formations lourdes avant l’usage des NTIC ne servent strictement à rien, si ce n’est à permettre aux enseignants de se former essentiellement pour leurs besoins privées et familiaux. Ils forment la catégorie professionnelle qui est la mieux équipée et leurs enfants sont les plus habiles à l’utilisation. De plus, leurs enfants ont les ressources encyclopédiques et Internet qui leur permet de faire ce qu’il faut pour que cela se ressente du point de vue scolaire. Bourdieu, la réproduction, rien à ajouter. Certes, au moins 10 à 20 % de contre-exemples peuvent être rétorqués, ceux là même qui sont toujours volontaires pour tout.

Heureusement qu’il en existe, mais c’est loin de faire une dynamique. C’est depuis trés longtemps comme cela et rien ne laisse augurer de changement. C’est grave.

Conséquence, c’est le règne du n’importe quoi.

C’est la raison pour laquelle, je suis extrémement virulent contre les idéologues linuxiens qui imposent comme débat dans le système éducatif, l’utilisation de logiciels sous Linux, alors que la question des usages est autrement plus importante.

Le problème des monopoles est un problème connexe de l’éducation. On ne pose pas la question de la domination des deux grands groupes VUP et Matra sur les manuels scolaires et pourtant ce marché pèse environ 1,5 Mds de francs annuel. La gratuité du manuel ne va rien changer pour eux, bien au contraire on va renforcer un monopole et une rente à vie. On pourrait se dire que c’est un intérêt politique bien compris que de faire en sorte que les éditeurs nationaux (par ailleurs groupe internationaux) aient une rente de stabilité sur leur marché de base en vue de conquérir le monde. Pourquoi pas. Sur une opération particulière, je ne m’explique pas pourquoi, on va préférer dépenser plusieurs millions de farncs pour de l’aide à la numérisation (débile) de manuels scolaire contre à peine 200 kf pour aider à la mise en place d’une solution logiciel qui favorise les contenus alternatifs.

La maîtrise du contenu est au moins aussi importante. Qu’une utilisation de l’informatique soit une connerie, sous Linux ou sous Windows ou sous Apple, reste une connerie.

Faire croire que c’est bien parce que c’est sous linux, s’apparente à un système idéologique que l’on connait bien, qui s’appelait le communisme scientifique. Evidemment, il est impossible d’écrire une chose horrible comme celle-ci, sinon on se fait lyncher pour cause de politiquement incorrect.

Tout ne va pas mal dans le secteur des équipement d’ailleurs. Le Conseil Régional d’Ile de France, vient d’engager des dépenses importantes pour équiper des salles multimédia sur le modèle des labos de langues. L’AFPA fait la même chose. On peut se réjouir pour l’entreprise, mais certainement pas pour le contribuable. Si l’on a petit à petit détruit les laboratoires de langues, c’est qu’il y avait des raisons. Certes, de jolies belles salles avec des jolies tables de couleurs et un poste de travail pour le prof en forme d’Airbus qui lui permet de jouer Big Brother, c’est bien pour les inaugurations, mais pédagogiquement il est impossible d’en dire l’intérêt positif et ce que l’on met de plus en plus en évidence, c’est plutot les effets négatifs. C’est tout ce qu’il ne faut pas faire. Aucune étude, aucun usage, aucune réflexion ne peut justifier cet investissement qui vieillira trés mal. Aucun programme d’accompagnement par rapport à des projets de cette envergure.

Je suis par rapport aux faits, trés pessimiste. Je demeure cependant résolument persuadé que tout peut changer.

Sur le plan des usages, les recherches conduites en ce moment aboutissent à des résultats qui m’inquiètent beaucoup car dans les faits, nous faisons la démonstration des effets plutôt négatifs de l’introduction des NTIC. Pourquoi ? Essentiellement parce que la pédagogie employée n’est pas bonne et accentue les aspects négatifs de la magistralité des Technologie. Parce que les rectorats peuvent rarement être inventifs (même s’il en existe). Parce que les collectivités territoriales remplacent un technocratisme d’Etat par un technocratisme de collectivités territoriales, avec ou sans énarque d’ailleurs.

Alors la connexion positive est difficile à faire entre pédagogie et introduction des Nouvelles technologies. Si l’on commence à publier les résultats montrant que c’est plutôt négatif, il faudrait compléter que ce qui est en cause, c’est la pédagogie. La mauvaise conduite par les rectorats et les collectivités territoriales. Lever de bouclier de l’éducation nationale de l’inspecteur à l’enseignant. Inquiétude des collectivités territoriales qui veulent qu’on leur dise que ce qu’ils font est bien. Personne n’aime à entendre dire que le roi est nu. Nous sommes en train d’en faire la douloureuse expérience.

La stratégie n’est pas facile. Je suis plutôt ennuyé. Hélas, on ne peut pas dire que le gouvernement qui s’en va aie mieux fait que les autres. Bien au contraire (sans parler des espaces publics numériques et du scandale qui les entourent). Oui, il y a eu beaucoup d’argent dépensé pour des machines et alors, est ce que cela sera pédagogiquement pertinent.

Que faire ?

P.S.


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