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1992 : Extrait du Projet socialiste pour la France, Congrès du PS , 1992
UNE ÈRE NOUVELLE : LA NOUVELLE ARCHITECTURE DU SAVOIR ET DU POUVOIR
2001

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Lors du congrés de l’Arche (qui avait (déja) une ambition "refondatrice", le PS place la révolution informationnelle au coeur de son diagnostic et de son projet . L’approche est résolument prospective. "La révolution informationnelle dé nous fait entrer dans un nouveau monde : il nous faut réviser les concepts et les catégories a travers lesquelles nous pensions le travail, l’économie, la propriété, le pouvoir, l’etat-nation".

Après celle des années 1930, nous vivons une nouvelle grande transformation technologique et culturelle. Les références à une " troisième révolution industrielle " apparaissent déjà insuffisantes. Nous sommes en passe de changer d’ère.

La technologie, enjeu du XXI eme siècle

Novation radicale de notre époque : le cerveau humain se trouve désormais assisté de moyens prodigieux pour calculer, commander à distance, pénétrer les secrets du vivant et du cosmos, intervenir sur notre propre patrimoine héréditaire.

La nouvelle architecture du savoir et du pouvoir

L’informatique, la robotique, les télécommunications, les biotechnologies, avec une dépense minime en énergie, nous font entrer dans le monde inédit de la reproduction à faible coût de nombreux biens et services, du stockage et du traitement instantané de l’information. Le rétrécissement de l’échelle du temps contraint les institutions financières à réagir à la seconde, les Etats au jour le jour.

Qu’est ce que cela signifie ?

-  Les conceptions traditionnelles du savoir doivent être revues : les mutations technologiques sont aussi des mutations sociales et économiques... Les ordinateurs stockent plus d’informations que ne l’ont fait toutes les générations précédentes. La liaison entre ordinateurs, les systèmes de réseaux édifient une nouvelle architecture du savoir fondée sur des langages et des signes inédits. Des hypothèses, des modes de raisonnement, des concepts novateurs prennent la place des savoirs conventionnels. Ce nouveau savoir inclut des données logiques aussi bien qu’intuitives et des valeurs.

Il en découle de nouvelles façons de produire des richesses.

-  Les conceptions traditionnelles de l’économie doivent être revues : les facteurs immatériels tendent à l’emporter sur les facteurs matériels, le capital-savoir sur le capital au sens traditionnel, devenant de plus en plus irréel, symbolique....

La révolution de l’intelligence et la robotisation déclassent des secteurs entiers de l’appareil productif et provoquent une profonde recomposition du salariat. Avec l’automatisation et la robotique, disciplines et métiers s’effondrent. De nouveaux écarts se creusent entre nations et systèmes productifs, moins entre le Nord et le Sud qu’entre pays plus ou moins capables de maîtriser cette révolution. De nouvelles rivalités opposent et lient les leaders des économies avancées.

Le capitalisme achève de se mondialiser. De tres grandes entreprises liées a de nombreux établissements à taille humaine constituent une chaîne productive, éclatée et interdépendante, a l’échelle locale comme à l’échelle de la planète. Le consommateur et le producteur se rapprochent dans le cycle de production de la richesse.

Dans ce contexte, certains fondements même de l’analyse - et de la critique - socialiste du capitalisme sont à revoir. La notion de productivité devient problématique, la théorie socialiste classique de la " valeur-travail " évanescente. Que reste t il de la notion de productivité quand les processus de production et de reproduction s’enclenchent, se suivent à l’infini, que l’on conçoit des robots capables de fabriquer d’autres robots et l’on maîtrise, grâce a des programmations tres élaborées, certains processus de fermentation par antibiotique ? Il est difficile, dans ces conditions de conserver l’idée que le prix ou le coût est fondé sur la valeur du travail.

Que reste t il de la définition du socialisme comme " civilisation du travail " alors que le début du XXI eme siècle peut être l’aube d’une " civilisation du temps libéré " ? Serons-nous capables de donner un sens à cette libération. ...

Les nouvelles technologies entraînent un changement révolutionnaire dans nos rapports avec les objets et les machines : à la dématérialisation de la technique correspond une intellectualisation de la production, le déplacement des activités vers la recherche, le tertiaire, le service après-vente. Le rapport a la marchandise change à son tour avec l’essor des consommations de produits symboliques et des systèmes informatisés dans le domaine de la vie quotidienne.

-  Les conceptions traditionnelles du pouvoir doivent être revues. Lorsque Christophe Colomb découvrit l’Amérique, la vision européenne fut bouleversée. La découverte et l’essor de ce nouveau " continent " qu’incarne l’ordinateur changent non seulement notre façon de communiquer et de travailler, mais aussi notre représentation de la société, du temps et de l’espace.

Une formation de base étendue et diversifiée devient nécessaire pour que les individus puissent bénéficier de la formation continue qu’exige l’évolution permanente des savoir-faire. À tous les niveaux, l’initiative s’intègre à la production : les hiérarchies traditionnelles pourraient être remises en question par l’ordinateur et les technologies de l’information.

Les travailleurs qui possèdent avec leur " capital " d’initiative et d’innovation une part grandissante des moyens de produire peuvent affirmer leur rôle, plus que jamais irremplaçable. Les ensembles bureaucratiques doivent évoluer ou dépérir. Les organisations hiérarchiques doivent céder la place à des systèmes plus courts et plus individualisés.

Les citoyens, plus, sinon mieux informés, aspirent à une forme de participation directe aux décisions alors que la capacité de sélectionner l’information, dans une société médiatisée, devient une redoutable source de pouvoir.

L’émergence d’une nouvelle classe possédante, contrôlant les moyens de production de base de l’information et de la connaissance, constitue une possibilité que la réflexion socialiste doit prendre en compte. La maîtrise de l’information et du savoir devient ainsi une source de pouvoir, une forme de propriété immatérielle, elle même productrice d’inégalités nouvelles. Dès lors, une réflexion renouvelée sur la nature, l’usage et la transmission de la propriété s’impose.

-  Les conceptions traditionnelles de l’Etat-nation doivent être revues. L’internationalisation découlant des mutations technologiques évoquées a pour effet de vider de plus en plus de sa substance la notion traditionnelle de souveraineté. Ces remises en question obligent les gouvernements à mettre en commun certains éléments de souveraineté afin que leurs citoyens puissent conserver une maîtrise démocratique de leur avenir.


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