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PARIS, MÉTROPOLE NUMÉRIQUE - PROPOSITIONS DE TEMPS RÉELS POUR PARIS 2001 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Les technologies numériques représentent une révolution aussi importante que l’irruption de l’électricité à la fin du XIX° siècle. Tous les domaines de l’activité économique s’en trouvent transformés et personne à ce jour n’est capable d’imaginer les perspectives à dix ans de cette évolution. Pour tenter de se la représenter, il faut imaginer un monde où quantité d’informations et de savoirs accessibles à chacun serait illimitée, sur des supports aisés et bon marchés, avec un degré de personnalisation de ces services infini. L’électronique fournira probablement à chacun un professeur particulier, une radio et un cinéma personnels, une secrétaire de direction, un sommelier, un intendant, etc. Tous les secteurs d’activité sont concernés. La banque et l’assurance ont d’ores et déjà connu de profondes transformations. Le tourisme, la grande distribution, les marchés de production des biens culturels (cinéma, musique, édition...) ont engagé leur mutation. Parallèlement, émergent de nouveaux métiers, fondés sur de nouveaux produits et de nouveaux services (e-learning, knowledge management, etc.). Enfin, on assiste au développement d’un important tissu de prestataires, techniques (SSII, web-agency, hébergeurs de site, spécialistes en cryptographie, logisticiens) ou intellectuels (designers, graphistes, traducteurs, auteurs), vivant du développement de ces applications. Les prestataires de services représentent un tissu économique important pour une ville. Ils sont jeunes, ils dépensent la quasi totalité de leurs recettes en salaires et ils consomment un très faible espace, trois raisons qui devraient susciter l’intérêt des responsables politiques. Ils sont extrêmement dépendants de leurs clients : la meilleure aide qu’on puisse leur apporter est de leur garantir une augmentation de la demande. Tous ces métiers possèdent une caractéristique commune : ils développent aujourd’hui des biens et des services qui auront une valeur sur les marchés de demain. Banques en ligne, e-learning, web-TV, etc. ne prendront tout leur sens que lorsqu’une fraction significative de la population sera équipée et instruite. Cette caractéristique structure la " nouvelle " économie. Les entrepreneurs, les associations ou les responsables NTIC de grands groupes s’efforcent d’imaginer ce que sera la société de demain pour développer les produits et les services adéquats. Les financiers et les investisseurs s’efforcent d’identifier parmi ces idées innovantes celles qui aboutiront à une réelle et durable création de richesse. Certains errements récents s’expliquent par cette posture de prospective permanente. Ce rapport particulier à l’avenir explique les risques pris pour assurer une hypercroissance, les valorisations fluctuantes, les passions autour du déploiement du haut débit. En matière d’Internet, six mois d’avance sur le reste du monde représentent un avantage stratégique sans équivalent. Un pays comme la Suède a remarquablement joué de cette particularité. Equipée en haut débit, ayant une population bien connectée et bien formée, la Suède est devenue un véritable laboratoire de l’Internet. Ses entreprises développent des services sur un marché qui a deux ans d’avance sur le reste du monde. Elles prospèrent plus vite sur leur marché national, elles conquièrent une grande capacité d’exportation, leurs résultats rassurent leurs investisseurs nationaux et attirent les investisseurs étrangers. Elle devient même le terrain d’application des innovations des entreprises étrangères qui y investissent et déploient aujourd’hui de manière privilégiée. Paris peut aujourd’hui se doter d’une ambition bien supérieure. Sa population, importante, cultivée et relativement aisée, ses étudiants, intellectuels, ingénieurs et artistes, les restes de sa puissance financière pourraient servir de socle à une véritable métropole numérique. Les entreprises et les projets existent dans la capitale. L’argent se trouve également assez aisément. Et pourtant, qui voit-on aujourd’hui ? Une ville sans ambition, sans compétence et sans politique. Ce qui manque, c’est d’abord le marché qui permettra de tester, développer et financer les projets innovants. Ce marché, avant tout une population d’internautes réguliers, suppose : L’équipement de toute la capitale (et de sa périphérie), en Internet haut débit à connexion permanente -câble, ADSL ou boucle locale radio. Un équipement financièrement abordable (il n’existe aucune raison pour que l’Internet haut débit et le téléphone coûtent plus cher que le seul téléphone). Une population formée, c’est-à-dire familière des techniques d’Internet et capable, culturellement, de s’en emparer pour développer ses propres projets. Ce qui manque ensuite, c’est une volonté politique, c’est-à-dire : Une ambition. Paris veut-elle être l’une des trois métropoles numériques européennes ? Des compétences. Les services municipaux et les élus doivent comprendre, techniquement et culturellement, les évolutions qui se produisent. Ils doivent exiger le haut débit à des coûts correspondant aux réalités techniques et économiques. Ils doivent savoir répondre aux assertions des lobbies. Une politique. Ouvrir les mairies d’arrondissement pour initier la population à Internet, déployer une offre culturelle municipale, ouvrir les écoles primaires aux parents et initier des familles entières à ces nouveaux usages. subventionner l’accès au haut débit de populations cibles (écoles, associations, artisans, étudiants), les mesures souhaitables sont nombreuses. Elles ne prendront tout leur sens que sélectionnées et mises en œuvre par des responsables compétents, partageant une même ambition. Une lisibilité politique. Le ministère de l’Education nationale, ces trois dernières années, a su dégager les lignes de force de sa politique de multimédia éducatif et convaincre les acteurs de la pérennité de ce projet. Ce faisant, il a encouragé des recherches/développements de long terme qui aboutissent aujourd’hui à des produits de qualité réelle. Des acteurs en innovation permanente attendent du politique une telle réduction de l’incertitude. Une telle ambition n’est pas, au premier chef, une affaire d’argent. Les investisseurs sont nombreux et la probable récession américaine offre aujourd’hui une fenêtre de tir aux projets européens. L’important est de coordonner et d’orienter les flux, pas de les abonder avec l’argent public.
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