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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Le Parti socialiste : lexique, congrès, motions, contributions > De congrés en conventions .... > L’Hebdo des socialistes se penche sur la "société de l’information" > Vérités et mensonges de la nouvelle économie | |
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PAR PHILIPPE CHANTEPIE, CONSEILLER TECHNIQUE AUPRÈS DE CATHERINE TASCA vendredi 2 juin 2000 Imprimer cet article | Cet article au format PDF L’expression " nouvelle économie " a envahi les discours économiques français. En soi la Nouvelle économie n’est pas la chose des libéraux, qu’ils viennent de découvrir récemment. À travers la bulle médiatico-financière, les regards sont attirés par la face émergée de la nouvelle économie : le yo-yo boursier des valeurs d’entreprises aux noms devenus plus familiers : Aol, Amazon.com, eTrade, Cisco, etc. Dans cette économie-casino, les " nouveaux barbares " semblent pouvoir déstructurer tous les marchés et absorber les anciens titans grâce à des capitalisations exceptionnelles et une réactivité inouïe. Ce spectacle ne doit pas dissimuler la face immergée de la nouvelle économie, car en raison des enjeux qu’elle soulève, elle mérite toute notre attention. Des transformations profondes de l’économie et de la société sont à l’œuvre dans un environnement de croissance peut-être durable. Les contours d’une nouvelle forme de capitalisme se dessinent. Les technologies de l’information en réseaux y jouent un rôle puissant, les logiques de marché en temps réel y sont fortes, les institutions et les segmentations sont ébranlées. Les défis que le socialisme doit relever sont les mêmes mais pour être efficaces, les réponses à fournir devront avoir saisi ce nouvel environnement. La nouvelle économie : un produit de la numérisation du monde Souterraine et ancienne, une mutation socio-technique est incontestablement en marche. Elle repose sur l’invention d’un langage universel : le numérique capable de codifier, de calculer et de transporter toute l’information disponible en temps réel à travers toute la planète. La numérisation du monde est le point de la révolution technique qui traverse une phase d’accélération depuis dix ans grâce aux réseaux de télécommunications et à internet. Cette mutation a des qualités particulières : communication universelle, capacité de stockage accrue des informations, faculté et puissance de transmission inégalée d’informations accessible par un nombre croissant de terminaux (télévision, téléphone cellulaire, ordinateurs, etc.). Une révolution de cette nature, portant sur l’information ne touche pas seulement la quasi-totalité des activités économiques à travers l’informatisation de chaîne industrielle automatisée ou de traitement d’activités de services, elle affecte notre vie quotidienne. Elle ne se réduit pas aux médias ou à l’internet compris exclusivement comme un média nouveau. Leur essor ne fait qu’exprimer aux yeux du plus grand nombre le passage à une économie informationnelle, qui ne se substitue pas à l’économie de services, à l’économie industrielle ou à l’agriculture mais les transforment. Il ne s’agit pas seulement d’une continuité de progrès de l’informatique, de la bureautique ou de l’automation. Il s’agit d’une rupture qui repose sur des dynamiques techniques et sociales très puissantes. Techniquement, on constate sans démenti que la puissance de calcul des microprocesseurs croît à un rythme exponentiel à prix constant, que les puces électroniques prolifèrent. On remarque que les progrès des réseaux de télécommunications sont encore plus rapides pour des prix stables ou les bonds réalisés en matière de stockage d’information sur les CD ou DVD. Chacun de ces progrès exponentiels se diffuse à tous les secteurs économiques sur des marchés mondiaux et contribue à les interconnecter grâce aux réseaux qui vont aussi jusqu’à chacun. On ne peut pas négliger la force d’attraction de ces technologies auprès des citoyens et des consommateurs, parce qu’elles répondent à des désirs d’autonomie, de communication et d’accès. Le paradoxe de la croissance durable : gains de productivité et désinflation C’est seulement à partir de cette révolution technique que certains ont d’abord douté puis pensé qu’une mutation économique commençait. Peu importe les mots - nouvelle économie, croissance durable, nouveau régime de croissance - pourvu qu’à partir d’un phénomène nouveau on interroge l’hypothèse d’une mutation économique. Depuis la Guerre du Golfe, la croissance américaine a été continue et son rythme s’accélère, au mépris des amples et profonds cycles conjoncturels qu’elle connaissait jusque-là. La durée plus que le rythme de croissance est un fait nouveau. Depuis la fin des années 60, la conjoncture économique articulait croissance et inflation, conduisant à des périodes de surchauffe qui précédaient des périodes de ralentissement de la croissance. A partir du milieu des années 70, l’économie combinait faible croissance et forte inflation, ce paradoxe économique de la " stagflation ". Pendant 25 ans, les économies industrielles ont évolué dans ce régime anormal de crise molle, d’inflation forte et de chômage important. Parler de nouvelle économie, parce que le régime de croissance des années 70-80 semble avoir vécu, est sans doute un peu hâtif. Il reste que nous observons, au moins aux États-Unis, et malgré les prévisions régulières d’un retour de l’inflation, d’un atterrissage de la croissance à une croissance durable, c’est-à-dire à une croissance non-inflationniste. L’économie française depuis 1997 comme celle de certains de nos partenaires européens enregistre le même phénomène. Plusieurs types d’explication peuvent être avancés. Les plus classiques notent que la politique monétaire américaine a joué un rôle d’autant plus important contre l’inflation qu’il fallait protéger l’épargne financière des fonds de pension américains d’une érosion des gains par l’inflation. D’autres soulignent que l’instabilité du marché du travail américain est telle qu’elle réduit au minimum les revendications salariales. Enfin, sauf dans la période récente, les prix des importations sont restés faibles. Tout cela joue incontestablement en faveur d’une inflation faible, mais rien de cela n’explique la forte croissance. Celle-ci résulte d’une reprise des investissements régulière et concentrée dans le domaine des technologies de l’information. Elle tient aussi à l’apparition depuis 1995 de gains de productivité du travail qu’on peut attribuer à ces technologies. Cela met fin au " paradoxe de Solow ", le prix Nobel d’économie libéral qui remarquait en 1987 : " on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité ". D’abord concentrés dans les secteurs des télécommunications et de l’informatique, les gains de productivité sont en train de progresser dans l’ensemble du tissu industriel, soutenant la croissance. L’hypothèse d’un " nouvel âge " industriel implique de se préparer aux nouveaux défis Malgré la faiblesse des instruments d’analyse d’une économie informationnelle, on mesure déjà le rôle joué par les technologies de l’information dans la croissance récente : 20 à 40 % de la croissance annuelle des pays industrialisés ; on perçoit aussi la part que ces secteurs représentent dans le PIB : déjà plus de 8 % du PIB aux États-Unis, plus de 5 % en France. Sans croire nécessairement à l’extinction des cycles conjoncturels, on peut considérer que la crise industrielles des années 70-80 est bien finie et que le chômage encore important est appelé à se résorber dans les prochaines années. C’est d’ailleurs le défi que s’est lancé avec succès le gouvernement qui peut favoriser les effets d’une occasion unique : la rencontre d’une nouvelle phase de croissance longue comme celle des trente glorieuses, selon les cycles de Kondratiev, avec l’émergence d’une nouvelle vague industrielle issue du développement massif d’innovations technologiques, comme les analysait Schumpeter. Même les économistes les plus critiques du bruit qui entoure la nouvelle économie et les plus réservés sur sa face émergée, ont noté que grâce aux bouleversements industriels des années 80 pouvait s’amorcer un changement de paradigme techno-économique grâce aux technologies. Refuser de partager naïvement le credo du " nouvel âge "économique, de la " nouvelle frontière " que se proposent les États-Unis, n’empêche pas de voir que dans la compétition mondiale, l’économie de l’information et la société de l’information sont devenus des éléments-clés. De même, l’absurdité de certaines valorisations boursières de nouvelles entreprises d’internet n’empêche pas l’émergence d’entreprises nouvelles productrices de richesses. De manière débridée, irrationnelle parfois, violente souvent, la bourse anticipe aussi une mutation technique et une croissance future. Comme au milieu du siècle dernier pour les réseaux de chemin de fer, elle prend les risques de financer et de faciliter cette transition. Elle fera encore souvent croire que " les arbres montent jusqu’au ciel ", subira des mini-krachs réguliers, mais qu’elle y contribue ou non, c’est à la face émergée de l’iceberg qu’il faut s’attacher, ne serait-ce que parce qu’elle est une promesse réelle pour l’emploi. Les transformations structurelles de l’économie ont des impacts sociaux, institutionnels, mais aussi individuels immenses. La frontière numérique Nord/Sud se creuse très rapidement et sera difficile à combler. L’économie des réseaux accroît la polarisation des richesses, des compétences, des informations et par conséquent les inégalités qu’elles reproduisent par dissémination entre les nations, au sein des sociétés, entre les générations, les activités, etc. Elle est l’expression achevée d’une économie du capital, mais d’un capital étendu aussi au travail, aux œuvres de l’esprit, à la cohésion des sociétés. La société de l’information promise par la vitalité de l’économie des technologies de l’information ouvre donc des zones d’ombres au moins aussi importantes que les zones de lumières que sont l’accès à l’information, les nouveaux modes de participation, la floraison de nouveaux contenus, la richesse d’un nouveau canal d’expression, etc... Parce qu’elles sont encore profondément ouvertes, la société de l’information et la nouvelle économie ne sont pas destinées à être ultra-libérales. Mais elles engagent le socialisme moderne à relever résolument l’ampleur des nouveaux défis qu’elles posent. Paru dans l’Hebdo des Socialistes, 2 juin 2000, n°149
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