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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Le Parti socialiste : lexique, congrès, motions, contributions > De congrés en conventions .... > L’Hebdo des socialistes se penche sur la "société de l’information" > Education et formation dans une societe de l’information | |
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PAR YVES ATTOU, DÉLÉGUÉ NATIONAL À LA FORMATION vendredi 2 juin 2000 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Quel avenir pour l’éducation et la formation dans la société de l’information ? Cette question revient sans cesse dans les débats portant sur l’avenir de l’école. Entre l’extase de certains et le dénigrement d’autres, il s’agit de faire un état de la situation, d’identifier les défis qui sont devant nous et d’ouvrir quelques pistes de réflexion et d’action. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication se répandent très rapidement dans les systèmes éducatifs et les dispositifs de formation permanente sous l’effet de la volonté des gouvernements qui y voient un enjeu culturel et économique. Dans une société de l’information dans laquelle plusieurs centaines de millions de personnes, et bientôt un milliard, sont reliées à un réseau transnational comme Internet, l’éducation et la formation présentent nécessairement une autre configuration. Dans cet espace, existe déjà une " Ecole du village planétaire " où les connaissances sont rassemblées dans un " savoir mondial ", disponible aisément à partir d’un ordinateur personnel. Une " Nouvelle éducation " , fondée sur la puissance des réseaux numériques mondiaux, naît sous nos yeux. D’ores et déjà, nous pouvons observer trois grandes tendances : En premier lieu, la société de l’information est mondiale et accélère le mouvement de marchandisation de l’éducation et de la formation. Elle place en concurrence directe les offreurs, de l’école à l’université ainsi que dans le domaine de la formation continue. Dans cette compétition les acteurs français, dont le fonctionnement est fondé sur le service public et un financement public doivent faire face à des opérateurs anglo-saxons organisés comme des entreprises commerciales, dotées d’une politique de marketing agressive. De plus, des nouveaux entrants, venant de l’informatique et des télécommunications revendiquent leur part, au détriment des opérateurs pédagogiques traditionnels. Par ailleurs, naissent de nouveaux systèmes éducatifs qui proposent des cursus complets de formation à distance par Internet. Ces dispositifs intègrent un tutorat électronique permettant une individualisation , procédé pour lequel le Centre national d’enseignement à distance (CNED) a acquis une expertise. L’isolement de l’apprenant reste une réelle difficulté de cette école virtuelle et des formules sont déjà à l’oeuvre ; ainsi, un organisme international labellise délègue à des structures locales l’organisation de regroupements périodiques des étudiants. A cette occasion peuvent se tenir des travaux dirigés ainsi que la validation des diplômes et des acquis professionnels. Ce complément nécessaire a également pour objet de maintenir la motivation de " l’enseigné à distance ". En effet, l’efficacité d’une démarche totalement autodidacte par Internet n’est pas prouvée. Enfin, l’enseignant et le formateur vont voir leur fonction évoluer. Nombre d’entre eux ont d’ores déjà recours aux possibilités offertes par le multimédia et par le travail en réseau. Leurs élèves et étudiants tirent parti de ce potentiel pour leurs travaux , voire pour préparer leur examen. Le changement est perceptible dans la relation bilatérale classique du professeur avec ses élèves : la transmission des connaissances s’opère plutôt dans une relation tri-latérale professeur-ordinateur-élève. Le maître devient un conseiller, un facilitateur. Ce constat dressé, il convient de faire une lecture de gauche de cette évolution. Autrement dit, cette évolution est-elle porteuse des valeurs de progrès ? Il est incontestable que l’éducation et la formation dans la société de l’information présentent des aspects positifs. Les échanges transnationaux entre élèves et étudiants constituent certainement l’application la plus prometteuse ; il en est de même en ce qui concerne la mutualisation des travaux de recherche. La mise en ligne des cours par certaines universités, particulièrement québequoises ouvre des perspectives ; des cours magistraux sont téléchargeables et consultables à tous moments. Cette puissance des réseaux numériques peut profiter à des zones éloignées des centres universitaires et ainsi désenclaver des régions isolées. L’espoir de voir s’engager une politique massive d’alphabétisation n’est plus une utopie. Mais il faut rester lucide et reconnaître que cette évolution est un levier inespéré pour les tenants d’une politique libérale de l’éducation. Dans cet environnement, l’espace public éducatif est menacé, même si des politiques gouvernementales lui maintiennent une qualité et une gratuité. Il faut également constater que la culture Internet est dominée par un certain utilitarisme, peu propice à la pensée critique et à la réflexion. Une certaine apologie de la connaissance diffusée "à la vitesse de la lumière" est contraire au processus de maturation des idées, propre à l’acte pédagogique. Le flot des images et des données numériques ne sont pas toujours une valeur ajoutée pour l’élève, tant que n’existe pas une éducation critique à l’image audiovisuelle et virtuelle. Plusieurs défis sont devant nous et même si l’enseignement traditionnel a encore de beaux jours devant lui, la déferlante numérique doit être prise très au sérieux par la communauté éducative. Il es, d’ailleurs, possible que l’Education nationale se réforme de l’intérieur, suite à l’introduction des NTIC. Des pistes de réflexion et d’action se dégagent de cette situation : Le marché mondial de l’éducation et de la formation doit être régulé, tout comme l’économie, afin de garantir les droits fondamentaux, tels que le pluralisme, le pluriliguisme, la laïcité, l’égalité des chances. L’Unesco est probablement l’institution la mieux appropriée pour assurer cette mission., particulièrement pour développer l’égal accès à un espace public d’ éducation. Pour sa part, le gouvernement de Lionel Jospin a fait preuve d’un volontarisme exemplaire, ce qui tranche avec l’hésitation de ses prédecesseurs. Dans son discours d’Hourtin, le Premier ministre avait montré la voix et avait invité la communauté scolaire à se saisir des NTIC. La création d’un groupement d’intérêt public piloté par le CNED afin de fédérer l’offre française de formation à distance va dans le bon sens ; comme le suggérait Patrick Bloche dans un rapport récent remis au Premier ministre et reprenant une idée de Jacques Attali : Pourquoi pas ne pas créer une université virtuelle universelle : "Sorbonne internationale" alliant l’expertise du CNED et le renom mondial de notre faculté parisienne ? Enfin, tout doit être mis en oeuvre pour améliorer la présence des acteurs éducatifs français et francophones sur les réseaux ; c’est un enjeu culturel majeur. Paru dans l’Hebdo des Socialistes, 2 juin 2000, n°149
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