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Lettre n°13
Premiers enseignements de lusage dInternet dans les élections
américaines
25 janvier 1999
Les élections présidentielles
2000 pourraient être au web ce que la compétition présidentielle
de 1960 fut à la télévision. Le débat télévisé
Kennedy-Nixon en 1960 avait marqué le surgissement et la confirmation
du rôle de la télévision en politique. Avec 67 millions
dAméricains connectés (7,5 millions aux dernières
présidentielles de 1996), la compétition politique semble
se déployer, pour une large part, sur Internet. Linfluence
réelle dune campagne en ligne est loin dêtre
établie. Il ne fait cependant aucun doute que létablissement
dun site de campagne constitue aujourdhui un passage obligé
de la compétition politique à léchelle nationale.
Nous nous proposons de suivre de tres pres la place de lInternet
dans la campagne présidentielle américaine 2000. Montée
en interactivité des sites de campagne, collecte de fonds en ligne,
prolifération de sites satiriques : autant de traits marquants
des primaires américaines quon risque de retrouver en France
lors des elections de 2002.
Ciblage et collecte de fonds en ligne
La quasi-totalité des candidats à la Maison Blanche disposaient déjà dun site en 1996 mais la plupart se contentaient encore de transcrire leurs documents de campagne en ligne. Les candidats et leurs équipes se préparent à un usage intensif du web afin denrôler des volontaires et de recueillir des fonds.
Les enthousiastes y voient loccasion unique de minimiser le pouvoir de largent dans une campagne où les budgets se comptent parfois en dizaines de millions de dollars. Le budget dun site web conforme aux pratiques de la plupart des candidats nexcède pas celui de la diffusion dun spot de campagne : selon le New York Times, Georges Bush naurait pas investi plus de 57.000 $ sur son site durant les sept premiers mois de campagne. Le Parti républicain a cependant investi plus de 5 millions de dollars sur son site et sest récemment constitué en fournisseur daccès Internet.
La plupart des sites de campagne officiels proposent une information complète sur les programmes et intentions des candidats. Internet est un support unique pour la diffusion rapide dinformations ou de réactions à lactualité, sans égards pour la chronologie habituelle des médias. Les messages sont ciblés vers des publics divers : léquipe dAl Gore propose par exemple la déclinaison intégrale de ses information de campagne en langue espagnole. La plupart des sites mêlent aux programmes des extraits audio et vidéo dinterventions parfois exclusives de leurs candidats.
La collecte de fonds en ligne sest généralisée, au point de devenir insistante sur les sites de Bill Bradley ou de John McCain, où une fenêtre invitant à la contribution souvre régulièrement dans le navigateur du visiteur. Steve Forbes, qui invite à acheter en ligne des actions " pour lavenir de lAmérique " . Et la récolte de fonds en ligne paraît payer : le site maintenu par léquipe de Bill Bradley annonce plus de 5.000 visiteurs et 7.000 $ de recettes quotidiens. Chaque site invite aussi à participer bénévolement à la campagne de son candidat. Selon les animateurs du site de Bill Bradley, plus de 14 % des visiteurs du site ont même rempli un formulaire de participation. Rares sont en revanche les sites de campagne encourageant léchange direct de vues et de questions entre le visiteur et léquipe ou son candidat, sur le modèle de l " Interactive Town Hall " du site dAl Gore.

Sites
specialisés
Outre les initiatives partisanes, certains sites dinformation spécialisée, dont freedomchannel.com constitue lun des exemples les plus ambitieux, suivent la campagne. Le principe de freedomchannel est dinviter chaque candidat à y diffuser gratuitement un spot vidéo sur ses intentions sur des sujets divers de politique générale. A linverse des spots de publicité télévisée, leur diffusion est gratuite, et les candidats y sont invités à développer en une minute et demi un thème particulier et non pas à servir un discours générique. Bill Clinton lui-même avait entrepris de tirer profit du nouveau médium : il a inauguré sur le site dExcite le principe de la conférence de presse en ligne, durant laquelle il a répondu à une série de questions triées sur le volet posées par e-mail par les internautes eux-mêmes.

Sites
parodiques
Phénomène marquant (et pour
une large part imprévu) : La campagne voit fleurir des centaines
de sites caustiques. Al Gore et Pat Buchanan, eux aussi candidats à
la Maison Blanche, ont le leur. Les postulants au Sénat Hillary
Clinton et Rudolph Giuliani, sont également victimes des attaques
dhumoristes en ligne. Seul George Bush junior sest braqué
contre son trublion. Il poursuit en justice le créateur dun
site satirique, Zack Exley. Le programmeur de 29 ans, sévissant
à Boston, a intégré à ses pages les photos
du site officiel après avoir saupoudré les narines du candidat
républicain de cocaïne. Zack Exley a confié au Washington
Post quil se considérait comme un amuseur public, honorant
la tradition de la satire politique. Le site dExley consacré
au candidat plagie les discours de campagne, publie de faux communiqués
de presse, avec un ton bien éloigné de celui du site officiel.
Les avocats de Bush Junior , soucieux de ne pas mettre en cause la liberté
dexpression défendue par le Premier amendement de la Constitution,
poursuivent linformaticien de Boston pour avoir utilisé et
détourné les photos du site officiel. George Bush a également
fait appel auprès de la Commission fédérale des élections,
accusant Exley de violer les lois américaines protégeant
les candidats.

Règles
du jeu
Limportance croissante de lInternet
en politique et en campagne ne va pas sans débats sur les " règles
de lengagement " . La Federal Election Commission (FEC)
a rappelé en octobre limportance de lapplication en
ligne des principes de campagne énoncés en 1971 : la collecte
en ligne de fonds de soutien aux candidatures ne devrait pas déroger
à la règle de publicité des origines des fonds, les
sommes offertes ne devraient pas dépasser un plafond de 1000 $,
et les restrictions aux dépenses des sociétés et
des syndicats doivent y être préservées, même
si les sommes collectées en ligne peuvent encore paraître
infimes comparées aux budgets de campagne pris dans leur ensemble.
Une autre question centrale se pose quant à la prise en compte
dans les comptes de campagne des initiatives bénévoles de
soutien aux candidats sur la Toile. La FEC a spécifié, suivant
une demande de précisions de George W. Bush, que ceux-ci ne devraient
pas être imputés aux budgets des équipes électorales,
dédisant ainsi partiellement un avis émis plus tôt
selon lequel tout site appuyant la candidature dun prétendant
au niveau fédéral et les fonds y étant collectés
seraient sujets à déclaration.
Par ailleurs, il semble que les sites de tous les candidats ne respectent
pas les règles de base en matière de respect de la confidentialité
des données privées des internautes : un rapport du Center
for Democracy and Technology (CDT) révélait en septembre
que seuls deux sites de campagne sur les onze prétendants à
linvestiture présidentielle avaient une pratique transparente
quant aux informations personnelles de leurs candidats. Seuls les sites
dAl Gore et de John McCain, sénateur républicain de
lArizona, semblaient alors répondre aux exigences de transparence
sur le nouveau médium. Une réalité souvent en contradiction
avec les préoccupations affichées des candidats en matière
de Privacy policy.

Vote
en ligne pour les militaires américains
Le taux de pénétration dInternet
dans la population américaine active le débat du vote en
ligne. Avec lobjectif affiché de faire baisser le taux dabstention.
La California Internet Voting Task Force envisage, à terme, lintroduction
du vote électronique pour lEtat de Californie
Une expérimentation initiée par le Pentagone pourrait servir
de laboratoire. En novembre 2000, 350 soldats et marins américains
participeront à la première expérience de vote électronique,
via Internet. Pour ce test grandeur nature, le Département de la
défense américain a investi 1,9 million de dollars. Cette
somme servira à équiper cinq comtés tests "
en matériel informatique. Mais elle sera surtout utilisée
pour sécuriser les bulletins de vote numérique et organiser
une véritable cyber-chasse à la fraude électorale.
Car les bulletins numériques seront directement acheminés
vers le bureau de vote du comté qui disposera de la clef pour les
déverrouiller et les comptabiliser. Si tout se passe bien, le programme
pourrait être étendu, à terme, à tous les citoyens
américains expatriés, soit près de 6 millions délecteurs
potentiels. Les astronautes américains ont déjà la
possibilité denvoyer leur vote par mail (depuis lespace)
pour les élections se déroulant au Texas

Ressources
Temps Réels entretient un dossier
sur la campagne
Le site du New York Times propose, en plus dinformations régulièrement
remises à jour, une série de fiches très complètes
sur chacun des candidats et un dossier sur lInternet dans la campagne
http://www12.nytimes.com/library/politics/camp/
http://www12.nytimes.com/library/tech/reference/index-campaign.html
Freedomchannel
http://www.freedomchannel.com
Lenquête du Center for Democracy and Technology
http://www.cdt.org/privacy/090299candidates.shtml
Sites de candidats républicains :
Gary Bauer : http://www.bauer2k.com/
Pat Buchanan : http://www.gopatgo2000.com/
George W. Bush : http://www.georgewbush.com/
Steve Forbes : http://www.forbes2000.com/
Alan Keyes : http://www.keyes2000.org/
John McCain : http://www.mccain2000.com/
Dan Quayle : http://www.quayle.org/
Le site portail du Parti républicain
: http://www.gopnet.net
Sites de candidats démocrates :
Bill Bradley : http://www.billbradley.com/
Al Gore : http://www.algore2000.com/
Une satire particulièrement convaincante du site du vice-président
http://www.allgore.com/
Une commission dEtat examine lavenir du vote en ligne en Californie
http://www.nyt.com/library/tech/99/12/cyber/articles/15vote.html
Vote en ligne des militaires
http://www.freep.com/news/nw/vote4_20000104.htm
"Transférables"
http://www.transfert.net/revweb/mfweb075.htm

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