 |
Lettre n°12
ANCIENNES ET NOUVELLES FORMES DE SURVEILLANCE DES SALARIÉS
11 novembre 1999
Selon une enquête de l'American
Management Association, 45 % des employeurs américains surveillent
électroniquement leurs employés en lisant leurs mails, leurs
documents mis en mémoire ou en surveillant leur utilisation de
l'Internet.
La Commission nationale de l'informatique et des libertés
(Cnil) estime à 28 000 le nombre d'entreprises qui ont installé
(et déclaré) un système de surveillance de leurs
salariés, contre 6 500 en 1990. Elle attire l'attention, année
après année, sur l'extension et les nouvelles formes de
surveillance des salariés.
La loi protége en France la vie privée des salariés
et l'activité syndicale : la loi "informatique et libertés"
impose aux employeurs de déclarer les systèmes de surveillance
alors que le Code du travail leur prescrit d'informer les salariés
de la surveillance dont ils sont l'objet.
A en croire, cependant, une série d'affaires récentes
- caméra cachée chez Thomson, fichier illégal chez
Alstom, collecte de données sensibles chez Servier - certaines
entreprises ne résistent pas, semble t il, a la tentation de ficher
ou de filmer les salariés à leur insu.
Le progrès technique ouvre la voie à une intensification
de la surveillance. Aux formes archaques de surveillance ("flicage" des
salariés et des syndicalistes) et traditionnelles (contrle taylorien
de l'assiduité et de la productivité) s'ajoutent désormais
des formes modernes, liées aux nouveaux modes de gestion des ressources
humaines : avec la gestion des compétences "émerge une
demande accrue de la connaissance des salariés, y compris jusqu'à
celle de leur personnalité" (Hubert Bouchet, secrétaire
général de l'Union des cadres et ingénieurs-Force
Ouvrière et membre de la Cnil).
En 1996, la convention nationale du Parti Socialiste consacrée
a la démocratie avait estimé "nécessaire de renforcer
la protection des salariés en assurant un meilleur respect des
lois Aubry et en donnant à la CNIL des moyens plus efficaces pour
intervenir". http://www.multimania.com/psdoc/document/democratie/som.html
Au moment où le gouvernement prépare le projet de
loi visant à aménager le cadre législatif a la "société
de l'information", Temps Réels s'efforce de faire le point sur
les nouveaux territoires de la surveillance : disques durs et courriers
électroniques. Le cadre juridique des correspondances électroniques
sur le lieu de travail gagnerait à être clarifié.
Temps Réels
PS: Juste retour des choses
:
Si les technologies de l'information permettent un renforcement de la
surveillance des salariés, elles rendent possible, en retour, une
"surveillance des entreprises" par les syndicats, les organisations non
gouvernementales et les agences spécialisées dans l'évaluation
des performances sociales et environnementales des entreprises. Un sujet
sur lequel nous reviendrons.
Trois
affaires récentes
Caméra cachée à l'usine Thomson
Daimler Aerospace
Cette usine basée à La Ferté-Saint-Aubin (Loiret)
est spécialisée dans l'armement. Armelle Bruand, déléguée
CGT, découvre en juillet dernier qu'un lampadaire du parking de
l'entreprise cache une caméra de surveillance. Le lampadaire jouxte
les fenêtres de la permanence syndicale. Armelle Bruant demande
à l'inspection du travail de vérifier la légalité
de cette affaire.
Le 21 juillet, une fonctionnaire de la direction départementale
du travail et de l'emploi se rend sur le site de Thomson Daimler Aerospace,
sous la conduite de la déléguée syndicale et du directeur
de la sécurité de l'entreprise.
Dans une lettre au directeur de l'entreprise, datée du 23 juillet,
l'inspectrice du travail écrit : "Cette caméra [...] effectue
une surveillance sur un angle de 360 degrés. Cette surveillance
permet de visionner ce qui se passe à l'intérieur du local
syndical et notamment celui de la CGT. À titre d'exemple, j'ai
constaté que la puissance du zoom permet de lire, à l'intérieur
du local, un gros titre de journal. Il m'est affirmé qu'il n'existe
aucun enregistrement des images, qu'il s'agit simplement d'une surveillance
en temps réel. Toutefois, l'absence d'information délivrée
aux représentants syndicaux et aux représentants du personnel
concernés est contraire à la législation. En tout
état de cause, cette caméra rend possible une surveillance
de l'activité des représentants du personnel, des personnes
intervenantes et des personnes reçues. Je vous demande de remédier
à cet état de fait dans les meilleurs délais. Vous
voudrez bien m'informer des mesures prises."
Contactée par la CGT de Thomson Daimler Aerospace, la Commission
nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) examine le dossier.
Thomson met en avant des raisons de sécurité. La direction
a entamé une procédure de licenciement à l'encontre
d'Armelle Bruand. Motif : la déléguée syndicale aurait
révélé à la presse "des informations protégées
par le secret défense".
http://www.liberation.fr/quotidien/semaine/991020merx.html
http://www.humanite.presse.fr/journal/1999/1999-10/1999-10-20/1999-10-20-022.html
Fichage des
salariés dans une filiale d'Alstom
L'Humanité a révélé le 27 août la constitution
d'un fichier illégal au siège d'Alstom Energy Systems. Le
directeur des ressources humaines de cette filiale avait demandé,
en juillet dernier, aux chefs de service de porter sur les 548 salariés
des appréciations en remplissant un questionnaire très précis.
Pour chacune des personnes concernées figure une case "lacunes",
suivie d'une case "poste à conserver (oui/non) ", et une dernière
case "commentaires".
On peut lire parmi les commentaires : " potentiel limité par la
vie familiale" (cas d'une femme cadre), "lacunes : santé morale",
"a un passé"... L'Humanité faisait observer que ce fichier
faisait suite à l'annonce de suppressions d'emplois dues à
la fusion entre la division énergie d'Alstom et ABB. La direction
a fini par reconnaître l'existence de ce fichier et affirme que
des "sanctions" seront prises à l'égard du DRH.
La CNIL a saisi le parquet de Versailles qui a ouvert une instruction
: la police judiciaire, lors d'une perquisition effectuée le 2
septembre, a emporté les deux ordinateurs de la DRH pour exploiter
les disques durs. Alstom avait déclaré a la CNIL plus de
130 fichiers et souligne que dans un groupe de cette taille, la direction
n'est pas toujours en mesure de contrôler que chaque filiale procède
à la déclaration de ses fichiers.
Un fichier
manuel contenant des données sensibles au Laboratoire Servier
A l'occasion d'une mission de contrôle sur place des traitements
informatisés et des fichiers manuels mis en oeuvre par les Laboratoires
Servier, la CNIL a constaté qu'un fichier manuel de recrutement
comportait une fiche relative à un candidat à l'embauche
sur un poste d'aromaticien portant la mention : "pas le profil - homosexuel".
L'existence de cette fiche révélant un comportement discriminatoire
à l'embauche et contraire à l'ordre public, la CNIL a dénoncé
les faits au Procureur de la République de Nanterre. Par ailleurs,
la Commission a relevé que plusieurs rubriques du questionnaire
de candidature utilisé par les Laboratoires Servier étaient
dépourvues de pertinence et excessives au regard des nécessités
de l'embauche. Il était en effet demandé au candidat de
préciser la nationalité, la profession et les coordonnées
de l'employeur de ses père et mère, frères et soeurs,
ainsi que de son conjoint. Le candidat devait également préciser,
s'agissant de ses obligations militaires, s'il avait été
dispensé, exempté, réformé ou objecteur de
conscience. La Commission a demandé aux Laboratoires Servier de
modifier le questionnaire de recrutement sur ces différents points.
http://www.cnil.fr/actu/communic/actu17.htm

Anciennes
et nouvelles technologies de surveillance
La surveillance des salariés résulte
souvent du détournement à des fins de "surveillance" d'outils
et de systèmes nécessaires a la gestion des ressources humaines
et techniques de l'entreprise, ainsi qu'à sa sécurité
(acces aux bâtiments, sécurité informatique et des
réseaux) Pour assurer leur fonctionnement, les entreprises :
Exploitent un certain nombre de
fichiers et de bases de données (gestion des paies, gestion des
ressources humaines)
Disposent d'outils pour l'administration des moyens de communication
: autocommutateur, administration de réseaux
Entretiennent des systèmes de sécurité :
contrôle d'accès, vidéosurveillance
Ces dispositifs ont longtemps coexisté,
comme autant d'archipels distincts.
La loi encadre de manière stricte l'interconnexion de ces différents
outils. Ces dispositifs ont été mis en place en fonction
de finalités différentes : ils n'etaient pas, au départ,
conçus pour être interconnectés. Ils étaient,
de surcroît, hétérogenes : les images analogiques
de vidéosurveillance ne pouvaient être analysées que
par des opérateurs humains.
Le progrès technique ouvre un certain nombre de voies à
l'intégration de ces différents dispositifs :
La nouvelle génération
de progiciels de gestion intégrée, plus connus sous leur
sigle anglais ERP (Entreprise Ressource Planning) ou sous la marque
du principal d'entre eux, SAP, se donne explicitement pour objectif
d'intégrer divers outils de gestion (Voir à ce propos
l'excellent dossier réuni par la revue des Cadres CFDT http://www.insite.fr/ucc-cfdt/388/000/001.htm).
les systèmes de contrôle, largement informatisés,
peuvent enregistrer les "traces" laissées par les salariés
à chacun de leur passage (contrôles d'accès) ou
a chacune de leur transaction.
Un nombre croissant de salariés travaillent désormais
sur ordinateur et en réseau : les disques durs gardent en mémoire
et permettent de retracer l'ensemble des opérations effectuées,
dans le temps, par un salarié. L'administration de réseau
peut filtrer, surveiller, mais aussi enregistrer l'ensemble des messages
émis ou reçus par un salarié.
Dans le domaine du téléphone, la technologie permettait
seulement d'enregistrer les numéros de téléphone
appelés et la durée des conversations échangées.
Il est plus en plus aisé d'enregistrer et d'analyser le contenu
même des conversations.
La numérisation des images fait entrer à leur tour
les images de vidéosurveillance dans le champ des données
dont le traitement pourrait être délégué
à des automates.
Aux problématiques classiques d'interconnexion
des fichiers et d'intégration des outils, s'ajoute désormais
celle des "traces informatiques" que la CNIL place désormais au
centre de ses préoccupations. "Nous sommes passés en vingt
ans d'une problématique du fichier à une problématique
de traces informatiques. La constitution d'un fichier résultait
jadis d'une volonté. Nous étions fichés parce que
quelqu'un souhaitait nous ficher. Aujourd'hui, nous pouvons être
fichés du seul fait de la technologie. Que l'on téléphone
à partir d'un mobile, que l'on regarde la télévision
à péage, que l'on utilise une carte à puce, que l'on
surfe sur Internet ou simplement que l'on porte un badge d'accès
électronique, toutes ces activités quotidiennes laissent
des traces informatiques".
La photocopie
et le fax
Dans beaucoup de sociétés, une carte individuelle permet
de compter le nombre de copies effectuées par les salariés.
Avec les nouvelles photocopieuses numériques, la copie donne lieu
à la création d'un fichier informatique, ce qui ouvre la
voie a la mémorisation du contenu. Cette empreinte, elle, est déjà
possible avec un fax.
Surveillance
des véhicules et des employés en déplacement
Le GPS permet de surveiller à distance les déplacements
de n'importe quel individu. Chez les gros transporteurs, les camions qui
font de grands voyages en sont désormais équipés.
Le siège peut suivre plusieurs dizaines ou centaines de camions.
Les compagnies de taxis utilisent un système de localisation pour
contrôler et dispatcher les voitures. Les téléphones
portables sont repérables grâce aux ondes qu'ils émettent.
Une entreprise pourra prochainement localiser et suivre, en temps réel,
ses salariés en déplacement, notamment les commerciaux.
Le badge
électronique
Le badge électronique permet de retracer le comportement de chacun
au cours de la journée : l'employé présente son badge
pour garer sa voiture, au contrôle à l'entrée du bâtiment,
a la cantine, pour prendre l'ascenseur... PinPoint Corp. a mis point un
petit objet noir, de la taille d'une boîte d'allumettes, capable
de repérer les personnes à l'intérieur des bâtiments
grce à des signaux radio haute fréquence. Les badges répondent
à des messages émis par des antennes, ce qui permet au système
central de contrôle de repérer les localisations des porteurs.
Carte de
crédit et carte à puce
Certains employés du gouvernement américain font présentement
l'expérience d'une carte multi-services qui remplacera la carte
d'identification et la carte de crédit. La nouvelle carte à
puce permettra d'un côté d'effectuer des achats et de l'autre
de servir d'identification pour l'entrée dans les locaux ou l'ouverture
des appareils informatiques. Il a toujours été difficile
d'implanter l'utilisation des cartes à puce auprès des travailleurs.
Au Québec, il y a une dizaine d'années, un projet pour implanter
une carte de crédit pour les voyages des fonctionnaires n'avait
guère eu de succès. Bien que l'outil résolvait en
bonne partie les problèmes d'avance de fonds et les délais
de remboursement, celle-ci ne fut jamais totalement intégrée
dans les coutumes des employés qui ont manifesté une résistance
à son utilisation. L'une des raisons de la résistance à
l'utilisation de carte de crédit ou de carte à puce réside
dans les dangers de violation de la vie privée des individus.
http://www.itinerant.qc.ca/99-06-03.html
Surveillance
à la source: L'accès aux disques durs
Le jargon informatique désigne sous le nom de "prise en main à
distance" la possibilité, pour l'administrateur de réseau
ou la direction informatique d'afficher le contenu de disque dur de n'importe
quel ordinateur sur le réseau d'entreprise. Le logiciel Investigator
permet de surveiller tout ce qu'un employé fait avec son ordinateur.
L'heure et la date à laquelle commence l'activité, sa durée,
le nom du programme utilisé, le titre des fenêtres ouvertes
et chaque touche du clavier qui a été utilisée. A
l'origines, Investigator avait été conu pour aider
les administrateurs de système à détecter les problèmes
sur leur réseau.
Certaines souris (notamment, Intellimouse de Microsoft) permettent de
calculer la distance parcourue par la souris pendant une période
choisie. Sachant qu'une minute d'utilisation d'ordinateur revient à
un parcours d'environ quatre mètres, on peut déduire de
ces mesures que son utilisateur a beaucoup ou peu travaillé (en
admettant l'équivalence travail = activation de la souris).
Surveillance
des connexions sur Internet et du courrier électronique
Des logiciels permettent aux employeurs de surveiller ce que font leurs
salariés pendant qu'ils sont connectés : les sites Web visités,
le temps passé, le type de fichiers téléchargés.
Les systèmes informatiques rendent particulièrement aisée
la surveillance des courriers électroniques : certains systèmes
sont programmés afin de conserver automatiquement une copie de
tous les messages reçus ou envoyés, d'autres conservent
la copie des courriers dans leurs disques durs, mme si l'utilisateur
croit les avoir effacés. Avec une procédure dite de "back-up",
il est possible de récupérer les courriers se trouvant stockés
sur le disque dur.
Un employé d'Internet Solutions, une entreprise qui installe des
systèmes de surveillance en entreprise, cité par l'Express,
assure que "8 entreprises sur 10 demandent la possibilité de contrôler
l'accès à Internet".
Surveillance
des communications téléphoniques
La surveillance de l'usage du téléphone est une pratique
banale. Les employeurs peuvent s'appuyer sur une nouvelle génération
de standards, capables d'indiquer l'heure des appels de la journée,
leur durée et les numéros des correspondants appelés.
Ecouter et enregistrer le contenu des communications elles-mmes procède
d'une démarche différente. A la CNIL, on remarque "un accroissement
du nombre de dossiers relatifs aux enregistrements des salariés".
L'écoute peut cependant être justifiée dans un certain
nombre de cas : dans les salles de marchés, par exemple, o les
appels prouvent la passation des ordres ; ou encore dans les centres d'appel,
où elle sert de support à la formation des salariés.
http://www.privacy.fgov.be/conference/pt7_2.htm

Une
surveillance post-taylorienne
On se gardera de considérer la surveillance
des salariés comme un héritage du passé, voué
à dépérir dans la "nouvelle économie" du travail
coopératif en réseau. Les nouvelles formes de surveillance
se trouvent au croisement de deux évolutions :
L'évolution du travail lui-même
Les formes classiques de surveillance portaient sur des processus visibles.
Les indicateurs de productivité etaient essentiellement quantitatifs
: nombre de pièces produites ou de tâches exécutées,
en combien de temps, avec quel volume de ressources
Quand le travail
se dématérialise, s'intellectualise, la surveillance se déplace
vers l'observation de processus abstraits. Elle porte sur les communications,
internes et externes. C'est l'ensemble des fonctions de l'entreprise qui
entre dans le champ de la surveillance : celle-ci se fait plus qualitative.
Pour Hubert Bouchet, nous voyons émerger "une demande accrue de la
connaissance des salariés, y compris jusqu'à celle de leur
personnalité (...) Cette demande accrue est engendrée par
la transformation du travail humain et sa dématérialisation.
Celle-ci se manifeste par la substitution croissante, jusqu'à devenir
générale, de la matière grise à l'énergie
musculaire dans l'activité professionnelle de chacun. Cela se traduit
par un recul de la visibilité directe des processus, et par la rupture
de la corrélation entre la durée du temps consacré
à une tche et son résultat."
http://www.privacy.fgov.be/conference/pt7_2.html
Pour Monique Fréchette (L'itinérant électronique),
"jusqu'à maintenant, la surveillance de la production humaine par
le biais de l'informatique se limitait essentiellement à des éléments
statiques et quantitatifs, tels que le nombre d'entrées de données
dans un espace/temps limité. (...) L'utilisation des ordinateurs
en milieu de travail avait une fonction interne de support à la production
et à la communication formelle de l'organisation. La mobilité
des accès pour chaque travailleur était restreinte à
un périmètre fonctionnel bien défini et facilement
repérable. L'arrivée de l'Internet modifie de façon
majeure le portrait du territoire de surveillance (...) La surveillance
des ordinateurs se transforme donc pour aborder les aspects complexes de
la communication humaine."
http://www.itinerant.qc.ca/flicage.html
L'évolution
de la gestion des ressources humaines
La gestion du personnel scrutait les temps de présence, les retards,
la motivation au travail
La gestion des ressources humaines devient gestion des connaissances et
des compétences. Elle est plus attentive aux compétences de
l'individu, à sa personnalité.
Cette gestion individualisée requiert un tout autre type d'informations
: elle appelle des formes modernes de surveillance. Pour Hubert Bouchet,
"cette nouvelle donne rend insuffisants les concepts qui opéraient
autrefois, par exemple pour apprécier et mesurer le travail. On parlait
de capacité, de savoir et de savoir faire à partir desquels
étaient opérées des classifications et évaluées
des qualifications fondées sur des éléments "objectifs".
On parlera désormais de potentiel, d'aptitude et de savoir être,
fondateurs d'employabilité et de compétences que les seuls
éléments "objectifs" acceptés jusque là ne suffisent
plus à établir. Des moyens complémentaires seront alors
recherchés pour porter une appréciation sur l'individu dans
la nouvelle configuration où les données relatives à
la personnalité prennent une place croissante. Déjà
cette attention croissante à la personnalité est attestée
aussi bien lors du recrutement, que tout au long de la carrière des
individus. On voit bien que les techniques ici émergentes vont décupler
les moyens d'approcher la connaissance des individus et offrir des occasions
également décuplées de pénétrer leurs
vies privées par effraction ou non.
http://www.privacy.fgov.be/conference/pt7_2.html

France
: des principes de protection clairs et des points à clarifier
Le fichage
des salariés est étroitement encadré
La loi du 6 janvier 1978 impose (article
16) que tout fichier soit déclaré à la CNIL. Les
personnes concernées (article 25) doivent être informées
de la constitution du fichier. La collecte des données doit être
loyale. Le salarié peut avoir accès aux informations le
concernant, et peut également les modifier. Le non-respect de ces
deux articles peut faire l'objet de sanctions pénales. Enfin, l'article
31 de cette loi précise qu' "il est interdit de mettre en mémoire
informatique, sauf accord exprès de l'intéressé,
des données nominatives qui, directement ou indirectement, font
apparaître les origines raciales ou les opinions politiques, philosophiques
ou religieuses, ou les appartenances syndicales, ou "les murs" des
personnes ". Toute atteinte à la vie privée est d'ailleurs
sanctionnée par le Code pénal, et les délits sont
punis par des peines qui peuvent aller jusqu'à un an d'emprisonnement
et 300 000 F d'amende.
La loi du 31 décembre 1992 sur les libertés publiques et
l'entreprise, dite "loi Aubry", sur la base d'un rapport du professeur
Gérard Lyon-Caen, a modifié plusieurs articles du code de
Travail. Les articles L121-6, L121-7 et L121-8 du code du travail protègent
les salariés et les candidats à un emploi contre les atteintes
à leur vie privée. Les informations demandées "doivent
présenter un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé
ou avec l'évaluation des aptitudes professionnelles" (art. L121-6).
L'article L121-8 précise qu' "aucune information concernant personnellement
un salarié ou un candidat à un emploi ne peut être
collectée par un dispositif qui n'a pas été porté
préalablement à la connaissance du salarié ou du
candidat ". Si le non-respect de ces articles n'est assorti d'aucune sanction
pénale, l'employeur qui ne consulterait pas préalablement
le comité d'entreprise pour l'informer de l'existence de tels fichiers
commettrait un délit d'entrave, assorti, lui, de sanctions pénales.
Si ces enregistrements sont effectués à l'insu du salarié,
ils n'ont aucune valeur devant les tribunaux.
Les avis
de la CNIL et la jurisprudence fixent des limites a la surveillance des
salariés par des moyens techniques
La surveillance met en tension deux principes :
"Chacun a droit au respect de sa
vie privée" (Article 9 du code civil) .L'application de ce principe
n'étant pas diminuée par le lieu où s'exerce cette
vie privée.
Second principe : l'employeur doit pouvoir contrôler la
bonne exécution du travail confié.
De ce conflit d'intérêt naît
l'obligation de définir précisément ce qui relève
de la vie privée et ce qui est contrôlable par l'employeur.
Trois conditions
a la mise en place de systèmes de surveillance
Qu'il s'agisse de contrôle des communications dans le cadre d'un
reseau d'entreprise, de vidéosurveillance, d'écoutes téléphoniques,
trois conditions sont nécessaires :
1-L'information préalable des salariés
Art L 121-8 du Code du travail : " Aucune information concernant personnellement
un salarié ou un candidat à l'emploi ne peut être
collectée par un dispositif qui n'a pas été porté
préalablement à la connaissance du salarié ou du
candidat à un emploi. "
2-L'information des organes représentatifs
Article 432-2-1 du Code du travail : " Le comité d'entreprise
est informé et consulté, préalablement à
la décision de mise en uvre dans l'entreprise, sur les
moyens ou les techniques permettant un contrôle de l'activité
des salariés. " L'employeur doit veiller à ce que les
moyens de contrôle n'entravent pas l'exercice des fonctions de
délégué du personnel ou syndical.
3-La justification du contrôle
Le dispositif de contrôle doit tre justifié par un intérêt
légitime. Ce principe est consacré par l'article 120-2
du Code du travail : "Nul ne peut apporter aux droits des personnes
et aux libertés individuelles et collectives des restrictions
qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche
à accomplir ni proportionnées au but recherché".
Par exemple, l'usage de la vidéosurveillance sur le lieu et pendant
le temps de travail est admis, à condition que le recours au
système soit justifié par un intérêt légitime,
comme prévenir la fraude ou assurer la sécurité
des salariés. Mais la vidéosurveillance ne peut pas avoir
pour seul but de contrôler l'activité professionnelle des
salariés. Pour la CNIL, les données collectées
en vue de la mise en uvre de mesures techniques ou d'organisation
visant à garantir la sécurité et le bon fonctionnement
des systèmes d'information automatisés ne peuvent servir
à contrôler le comportement des employés. L'idée
générale est que l'employeur est fondé à
prendre des mesures nécessaires au fonctionnement de l'entreprise,
mais sans porter atteinte à la vie privée de ses salariés.
Dans le cadre d'un Intranet, les outils de surveillance peuvent être
justifiés par des motifs de sécurité, pour assurer
la gestion d'un outil mis à leur disposition par l'employeur.
Cette information des salariés sur
les dispositifs de contrôle mis en place dans le cadre de l'Intranet
peut se faire par le biais d'une charte sur laquelle on pourra consulter
les organes représentatifs du personnel. Cette charte qui servira
également à informer les salariés des mesures concernant
leur droit d'accès et de rectification, devra être jointe
au dossier de déclaration à la CNIL.
L'écoute
et l'enregistrement des conversations téléphoniques
L'écoute et l'enregistrement des conversations téléphoniques
des salariés constitue une atteinte à la vie privée,
une infraction passible d'un an d'emprisonnement et de 300 000 francs
d'amende (article 226-1 du Code pénal).
Il a été jugé que commet le délit d'atteinte
à la vie privé la personne qui enregistre des communications
téléphoniques d'ordre personnel, données du bureau
d'une entreprise, dès lors qu'elle n'ignore pas que lesdites communications
ont par nature un caractère intime. (Crim. 8 décembre 1983).
Ceci même si le salarié est avisé à l'avance
que ses communications téléphoniques sont susceptibles d'être
écoutées.
Un arrt récent de la Cour d'appel de Paris en date du 7 mai 1997
a condamné pour atteinte à la vie privée par captation
de paroles d'une personne sans son consentement, un employeur qui avait
mis en place un dispositif d'interception des communications téléphoniques.
Les salariés n'avaient pas été informés du
dispositif mis en place. En outre, la décision relève qu'il
n'était pas possible de distinguer, sauf précisément
en les captant, les communications relevant exclusivement de la sphère
privée.
La Vidéosurveillance
Les systèmes de vidéosurveillance mis en place sur les lieux
de travail, considérés par les tribunaux comme des lieux
privés, ne relèvent pas du champ d'application de la loi
du 21 janvier 1995 relative à la mise en oeuvre de systèmes
de transmission et d'enregistrements d'images prises sur la voie publique
ainsi que dans les lieux et établissements ouverts au public.
En revanche, ces dispositifs relèvent de la loi du 6 janvier 1978
dès lors qu'ils comportent un enregistrement automatique ou ont
recours à la numérisation de l'image. Ils doivent faire
l'objet de formalités préalables auprès de la Commission
nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Tel n'est pas
le cas si les dispositifs se bornent à permettre une visualisation
des salariés et si les images ne sont ni enregistrées ni
conservées sur support numérique.
La mise en uvre de ces systèmes de surveillance est subordonnée
au respect de certaines dispositions du Code du travail. Ainsi, l'information
et la consultation du comité d'entreprise doivent être réalisées
avant toute décision de mise en ouvre du dispositif et chaque salarié
doit en être individuellement informé.
Les enregistrements
d'images ou sonores effectués à l'insu du salarié
n'ont aucune valeur devant les tribunaux
La mise en place de plus en plus fréquente par les entreprises,
de moyens technologiques de contrôle liés à la sécurité,
mais aussi à la surveillance du personnel, a conduit les juridictions
à se prononcer sur la validité de ces nouveaux moyens de
preuve.
Faisant application du principe général de loyauté,
d'une part, et de respect de la vie privée, d'autre part, les juges
considèrent comme illicite tout dispositif de contrôle clandestin
ou effectué à l'insu des salariés. Déjà,
dans un arrêt du 20 Novembre 1991, la Cour de Cassation, tout en
reconnaissant que l'employeur avait le droit de contrôler de façon
permanente les salariés pendant le temps de travail, avait annulé
une décision qui s'était fondée, pour retenir l'existence
d'une faute grave d'un salarié, sur un enregistrement effectué
par l'employeur au moyen d'une caméra cachée. Il en résulte
que c'est du fait de l'utilisation de moyens clandestins pour surveiller
et contrôler l'activité, le comportement et les paroles des
salariés, que la jurisprudence de la Chambre Sociale de la Cour
de Cassation a rejeté ces procédés en tant que modes
de preuve. C'est ce même principe qui avait conduit les juges, il
y a quelques années, à rejeter comme mode de preuve, l'utilisation
de moyens clandestins pour enregistrer la voix des personnes, au motif
qu'il s'agit d'un procédé déloyal.
Mais en tout état de cause, même si un système de
contrôle est mis en place par des moyens légaux et connus
des salariés, deux problèmes importants subsistent :
Les limitations de la mise en place
de la surveillance
La Cour de Cassation pose le principe d'un droit de contrôle et
de surveillance de l'activité des salariés par l'employeur.
Mais, il reste à limiter l'étendue de ce pouvoir, en particulier
pour l'utilisation de la vidéosurveillance, en fonction du principe
établi par l'article L.120-2 du Code du Travail selon lequel
"nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés
individuelles et collectives des restrictions qui ne seraient pas justifiées
par la nature et la tche à accomplir et proportionnées
au but recherché". Les juges ont donc été amenés
à annuler des sanctions qui avaient été prises
suite à des faits découverts par des procédés
non justifiés par des nécessités impérieuses
et disproportionnées par rapport au but recherché ; alcootest,
fouilles des armoires individuelles...
La garantie d'authenticité
La Chambre Sociale de la Cour d'Appel d'Aix en Provence, dans une affaire
où la Société Beli Intermarché apportait,
à titre exclusif, pour preuve des négligences et irrégularités
affectant la tenue du rayon d'un employé la retransmission d'un
film vidéo, a mis en cause la garantie d'authenticité
du film pour fonder sa décision. Elle a, en effet, énoncé
dans un arrêt du 4 Janvier 1994 que, "compte tenu des possibilités
de montage et de trucage qu'offre l'évolution des technologies,
ce document ne présente pas des garanties suffisantes d'authenticité,
d'impartialité et de sincérité concernant tant
sa date que son contenu, pour qu'il puisse tre considéré
comme probant ".
1996 Cabinet FG
http://www.fgassocies.com/m1/libertes/a02.html
La surveillance
des courriers électroniques des salariés
Courrier électronique et secret de la correspondance
La loi du 10 juillet 1991 pose le principe du secret des correspondances
émises par la voie des télécommunications et ce principe
s'applique au courrier électronique. (Un tribunal a jugé
que des messages transmis dans le cadre d'un service télématique
ont un caractère privé TGI Nice, 5ème Chambre, 28
Novembre 1991, n°5506/91).
Le contrôle réalisé par l'employeur constituerait
donc le délit d'atteinte au secret des correspondances prévu
par l'article 226-15 du Code pénal : "Le fait commis de mauvaise
foi, d'ouvrir, de supprimer, de retarder ou de détourner des correspondances
arrivées ou non à destination et adressées à
des tiers, ou d'en prendre frauduleusement connaissance, est puni d'un
an d'emprisonnement et de 300 000 francs d'amende. Est puni des mêmes
peines le fait commis de mauvaise foi, d'intercepter, de détourner,
d'utiliser ou de divulguer des correspondances émises, transmises
ou reçues par la voie des télécommunications ou de
procéder à l'installation d'appareils conçus pour
réaliser de telles interceptions."
L'article 9 du code civil ("Chacun a droit au respect de sa vie privée")
et la loi du 10 juillet 1991 sur le secret de la correspondance ne s'appliquent
cependant qu'aux messages ayant un caractère privé et secret.
Le contrôle de l'employeur pourrait s'exercer sur des messages publics
et non secrets. A partir de quel moment un e-mail perd il son caractere
privé et secret pour devenir public et non secret ? Le message
privé devient public si le destinataire le rend public. Le message
perdrait, selon Jean Claude Patin "ses caractères secret et privé
dès lors qu'il fait l'objet d'une absence de personnalisation et
qu'il est diffusé en grand nombre. Le Conseil d'Etat assimile ce
type d'envoi à de la publicité. On peut en déduire
que l'employeur peut intercepter et lire ce genre de message électronique
sans pour autant risquer de voir son salarié lui intenter un procès
pour violation de la correspondance". "Mais comment savoir à l'avance,
ajoute Jean Claude Patin, ce qu'il y aura dans le courrier avant de l'avoir
ouvert ? Le risque de détourner une correspondance vraiment privée
n'est pas nul avec les conséquences judiciaires que l'on connaît."
Courrier électronique et correspondance professionnelle
Même privées (au sens ou elles ne sont pas publiques), les
correspondances électroniques du salarié s'apparent a une
correspondance professionnelle, dès lors qu'elles transitent sur
le matériel de l'employeur (informatique et abonnement à
une messagerie). "Si la boîte aux lettres électronique est
fournie par l'entreprise, on pourrait considérer le courrier électronique
comme une correspondance professionnelle, au même titre que la télécopie
et le courrier courant reçu dans l'entreprise par le salarié"
(Valérie Sédallian). "Le salarié qui reçoit
des lettres à caractère professionnel ne peut pas opposer
le secret des correspondances à son employeur (Crim. 16 janvier
1992) mais le seul fait qu'une correspondance de nature privée
soit adressée à un salarié sur son lieu de travail
n'autorise pas l'employeur à la soustraire ou à la retenir
de faon indue" (Valérie Sédallian).
De cette assimilation courrier electronique-correspondance professionnelle,
Valérie Sédallian et Jean-Claude Patin ne tirent pas de
conclusions tres claires sur la légitimité d'un contrôle
des courriers électroniques.
Pour Valérie Sédallian, il conviendrait d'avertir les salariés
que "les courriers électroniques sont réservés à
un usage professionnel exclusif, que le secret des correspondances par
courrier électronique n'est pas garanti vis à vis de l'entreprise".
Pour Jean Claude Patin, " le salarié utilise le matériel
de l'employeur (informatique et abonnement à une messagerie) et
on peut raisonnablement considérer que le salarié ne doit
pas utiliser ce matériel à des fins personnelles. Partant
de ce parti pris raisonnable, l'employeur qui aura préalablement
informé ses salariés des conditions d'utilisation du matériel
et de son intention de contrôler le contenu des mails limitera les
risques de contentieux liés aux problèmes de respect de
la vie privée".
L'usage a des fins privées d'un moyen de communication mis
a la disposition d'un employé par l'entreprise
La comparaison s'impose ici avec le téléphone. Le principe
général, c'est que le téléphone est mis a
disposition a des fins professionnelles, mais les entreprises admettent
que les employés passent ou reçoivent des communications
privées.
En matière de téléphone, dans l'état actuel
de la tarification, le salarié qui passe des communications téléphoniques
privées génère un coût qui sera supporté
par l'entreprise. Il est logique que cette source de coûts fasse
l'objet d'un certain contrôle. Un employé de Renault a été
contraint de rembourser pour un montant de 3400 F les appels qu'il passait
de son bureau à sa femme. La limite de la comparaison, c'est qu'adresser
des messages personnels via Internet n'engendre pas, en général,
de coût supplémentaire pour l'entreprise.
On rappellera, à propos de téléphone (voir plus haut)
que l'article 226-1 du code pénal considère l'interception
de communications privées comme une atteinte a la vie privée.
Il réprime "le fait, au moyen d'un procédé quelconque,
volontairement de porter atteinte à l'intimité de la vie
privée d'autrui : 1° En captant, enregistrant ou transmettant
sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à
titre privé ou confidentiel." L'arrt de la Cour d'appel de Paris
du 7 mai 1997 (mentionné plus haut) relevait qu'il n'était
pas possible de distinguer, sauf précisément en les captant,
les communications téléphoniques relevant exclusivement
de la sphère privée. Il est vrai que l'article 226-1 du
code pénal vise explicitement les paroles (des paroles prononcées
à titre privé ou confidentiel) et ne s'applique pas au courrier
électronique.
Réferences
Ce chapitre juridique emprunte beaucoup à trois articles :
Jean-Claude Patin. La surveillance des courriers électroniques
par l'employeur
http://www.juriscom.net/espace2/courrier2.htm
Valérie Sédallian, Avocat. L'Utilisation d'Internet dans
l'entreprise
http://62.161.196.163/lij/euroforum.html
Cabinet FG. Surveillance de salariés à leur insu par des
moyens technologiques de contrôle 1996
http://www.fgassocies.com/m1/libertes/a02.html
CNIL Loi n 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux
fichiers et aux libertés
http://www.cnil.fr
La CNIL a rendu, au cours des dernières années, des avis
sur la mise en place de systèmes de surveillance sur le lieu de
travail. Les notes d'information qu'elle a publiées précisent
les garanties qui doivent être prises:
- La mise en place d'autocommutateurs téléphoniques
- Les écoutes téléphoniques sur le lieu de travail
- Utilisation des badges sur le lieu de travail
- La vidéosurveillance sur le lieu de travail
http://www.cnil.fr/thematic/them04.htm
Code pénal
http://www.legifrance.gouv.fr/citoyen/code00.ow?heure=280252341521&code=CPENALLL.rcv&no=49
Code du travail
http://www.legifrance.gouv.fr/citoyen/code00.ow?heure=280252341521&code=CTRAVAIL.rcv&no=84

Les
syndicats face à la surveillance
La CNIL a auditionné en juin dernier les trois grandes centrales
syndicales (CGT, CFDT et FO) sur le sujet. FO a rendu public un communiqué
à cette
occasion.
Force Ouvrière
revendique des garanties pour les salariés
Aujourd'hui, dans un système
déréglementé, le salarié peut être
tracé et traqué, y compris dans ses modes de raisonnement.
Pour Force Ouvrière, les possibilités offertes de contrôler
des comportements, d'établir des profils professionnels et de
pénétrer les raisonnements des individus comportent des
risques de trois types : sanctions disciplinaires, retard dans les avancements
de carrière, atteintes à la vie privée, correspondant
à des discriminations. Dans ces conditions il importe d'introduire
des garanties pour les salariés :
- obligation d'information des salariés ;
- tout dispositif de contrôle décidé par l'employeur
doit avoir été préalablement porté à
la connaissance des salariés.
En la matière, la CNIL doit pouvoir jouer un rôle important
d'information et de sensibilisation;
- le salarié ne doit pas être contrôlé à
son insu. défaut, toute sanction doit être déclarée
nulle;
- prévoir l'illicéité de tout mode de preuve basé
sur les recoupements des traces informatiques;
- tout élément de preuve obtenu par l'employeur par la
combinaison des traces laissées par le salarié doit tre
considéré comme un moyen frauduleux constituant une atteinte
aux droits et libertés individuelles;
- extension du rôle du CHS-CT au droit de regard sur les données
informatiques des salariés que l'employeur peut être amené
à conserver, rassembler, combiner;
- permettre aux délégués du personnel (dans la
logique de la loi du 31 décembre 1992) d'utiliser le droit d'alerte
en la matière, ce qui suppose que soit reconnue comme portant
atteinte aux droits et libertés fondamentales toute combinaison
de traces informatiques.
(2 juin 1999)
http://www.force-ouvriere.fr/confede/communiques/c0206991.html
La FIET : Des Droits
en ligne pour des travailleurs en ligne
La Fédération Internationale des Employés, Techniciens
et Cadres représente aujourd'hui 11 millions de travailleurs du
secteur privé des services, groupés dans plus de 400 syndicats
et 120 pays. La FIET a lancé en avril 1998 une campagne internationale:
"des droits en ligne pour les travailleurs en ligne". La FIET revendique,
notamment l'absence de surveillance électronique de l'employeur
quant aux courriers envoyés ou aux sites du web visités
par les salariés.
http://www.fiet.org/Online%20Rights/FPress%20Release%201.4.98.htm

La
directive européenne 96/46/CE ne prévoit pas de disposition
particulière pour protéger les données à caractère
personnel sur le lieu de travail
Euro-Fiet représente les employés,
techniciens et cadres, auprès des institutions européennes
Elle estime, après examen de la Directive que "certains aspects,
tels que le traitement de données sur la santé du salarié,
le rôle des représentants des travailleurs et l'utilisation
de systèmes techniques de surveillance, pourraient nécessiter
un examen plus approfondi. Certains employeurs sans scrupules ont la possibilité
de surveiller électroniquement les employés qui utilisent
le courrier électronique, l'Internet et autres systèmes
en ligne pour communiquer avec leur syndicat ou d'autres organisations
représentatives. Il existe des cas où le risque de préjudice
pour les salariés est bien réel. Le droit des employés
à la confidentialité, sans risque de surveillance électronique,
est par conséquent un droit important. Dans certains cas, il pourra
tre nécessaire d'imposer ce droit de manière affirmative.
Certaines entreprises, par exemple, peuvent disposer de moyens d'enregistrement
de tous les messages électroniques pour des raisons parfaitement
légitimes. (...) Dans ce type de situation, il sera nécessaire
de prendre des dispositions fermes garantissant que les messages électroniques
circulant entre les salariés et leurs représentants sont
explicitement exclus de toute mesure d'enregistrement."
http://www.fiet.org/Online%20Rights/FBibby%20draft%20campain%20bkground.htm
La Commission
a adopté en 1997 une communication sur "la dimension sociale du
marché du travail de la société de l'information:
Priorité à la dimension humaine - Les prochaines étapes"
Cette communication consacre un chapitre (III.2.) à la protection
des données sur les salariés:
Les TIC offrent un potentiel énorme
de collecte et de traitement de données relatives à l'attitude,
aux activités et aux caractéristiques personnelles du
travailleur, avec des conséquences graves en cas d'utilisation
inappropriée de ces données.
La directive 96/46/CE harmonise ces législations en vue d'éliminer
les obstacles à la libre circulation des informations personnelles,
tout en garantissant un haut niveau de protection des droits fondamentaux
et, en particulier, le droit à la vie privée. Toutefois,
certaines questions telles que le traitement des données sur
la santé des salariés, le rôle des représentants
des travailleurs ou l'utilisation de dispositifs techniques de surveillance,
peuvent nécessiter un nouvel examen visant à évaluer
les besoins de protection particuliers des salariés.
Les législations nationales actuelles fournissent une série
de règlements assez fragmentaires portant spécifiquement
sur le traitement des données sur les salariés.
La Commission présentera, pendant le premier semestre de 1998,
une communication analysant la situation en matière de protection
des droits et libertés des travailleurs, notamment la protection
de la vie privée à l'égard du traitement des données
et de l'utilisation de dispositifs techniques de surveillance.
"Priorité
à la dimension humaine - Les prochaines étapes"
La Directive 95/46/CE du Parlement européen et du Conseil du 24
octobre 1995 relative à la protection des personnes physiques à
l'égard du traitement des données à caractère
personnel et à la libre circulation de ces données.
http://www2.echo.lu/legal/fr/browsfr.html#protdonnees
Débats
américains
L'Etude de
l'American management Association
45% des entreprises americaines surveillent electroniquement les communications
au sein de l'entreprise : email, conversations telephoniques, fichiers
informatiques.
Si l'on y ajoute les caméras vidéo, la surveillance électronique
concerne 63 % des sociétés (10 % de plus qu'il y a deux
ans). Le secteur financier - banque, investissement et assurance - est
le plus porté à la surveillance.
84% des 1 054 Directeurs Ressources humaines interrogés prétendent
avertir le personnel de leurs méthodes.
http://www.amanet.org/infocus/infocus041999.htm
La surveillance
du courrier electronique et des connexions en question
27% des entreprises americaines contrôlent le courrier électronique
de leurs employés (contre 15% en 1997). Ellles traquent à
la fois le courrier personnel et celui envoyé ou reçu pour
les besoins du travail.
En 1995, un grand constructeur informatique a traîné en justice
deux de ses employés qui critiquaient la société
via la messagerie électronique. Même sanction chez Morgan
Stanley Dean Witter, qui a découvert, sur l'ordinateur de six de
ses employés un mail reçu de l'exterieur qui
critiquait la société. Les six employés n'avaient
pas songé a détruire sur-le-champ le courrier diffamatoire.
En 1995, un salarié qui avait déposé plainte, en
janvier 1996, pour "violation de la vie privée", contre son ex-employeur,
a été débouté : le tribunal a refusé
d'assimiler ces correspondances internes à du courrier traditionnel
. Il avait été licencié après avoir violemment
critiqué ses supérieurs hiérarchiques dans des messages
transitant sur le réseau de l'entreprise. Une étude du cabinet
PriceWaterhouseCoopers souligne qu'un courrier électronique envoyé
à partir du lieu de travail est l'équivalent d'une lettre
sur papier à en-tête de l'entreprise. A ce titre, le contenu
de la communication appartient à l'employeur.
Les entreprises contrôlent aussi, ou filtrent, les connexions. BellSouth
a enquêté sur plus de 60 abus potentiels et a renvoyé
ou suspendu des employés ayant notamment consulté des sites
pornographiques ou d'actualité sportive. Compaq a licencié
20 salariés qui consultaient des sites pornographiques. Chez Computer
Associates, toute une partie de la Toile est inaccessible aux salariés.
Si un employé tape "Playboy", un message d'avertissement lui est
aussitôt communiqué.
Les Etats
commencent à legiférer
La législation actuelle sur la mise sur écoute de lignes
téléphoniques ne s'applique qu'aux conversations orales,
et la loi de 1986 sur la protection de la vie privée dans le cadre
des communications électroniques est sans effet en raison des exceptions
qu'elle contient pour protéger les intérêts légitimes
des entreprises. Seule la législation de l'état du Connecticut
(nord-est) oblige les employeurs à avertir le personnel que le
courrier électronique est contrôlé. La surveillance
des sites web consultés est beaucoup moins répandue, mais
c'est surtout parce qu'elle en est à ses débuts, souligne
Lewis Maltby, de l'Union américaine des libertés civiles
(ACLU).
http://www.actualinfo.com/fr/multimedia/depeche.cfm?depeche_Index=31549&cat=69&f=0
En Californie, le gouverneur a mis son véto début octobre
à un projet de loi qui aurait interdit aux entreprises de surveiller
secrètement le courrier électronique de leurs employés,
de même que tout document électronique produit par ces derniers.
Cette dernière disposition se serait étendue aux fichiers
d'antémémoire (cache) et d'historique de consultation Web
des logiciels fureteurs. Le projet de loi SB 1016, proposé par
la sénatrice démocrate Debra Bowen, stipulait que tout employeur
qui souhaite "inspecter, examiner, ou conserver tout message de courrier
électronique ou tout autre dossier électronique personnel
produit par un employé devra rédiger, et faire connaître
de tout son personnel, un document décrivant ses politiques et
pratiques en matière de respect de la vie privé et de surveillance
en milieu de travail". L'employeur sera tenu de s'assurer que les employés
prennent connaissance de ce document et le certifient par écrit
ou électroniquement. De plus, un employé aurait le droit
de consulter tout document de surveillance de l'employeur à son
sujet, et aussi le droit d'y exiger que des précisions ou une réfutation
y soient inscrites.
http://www.Cyberie.QC.CA/chronik/990921.html#21
http://www.freedomforum.org/technology/1999/10/13emailmonitoring.asp
Ressources
Le site quebecois du monde du travail, l'Itinerant Electronique, tient
à jour, depuis trois ans, une chronique très documentée,
sur le "flicage-machine".
http://www.itinerant.qc.ca/flicageliens.html

|
|