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Trois chiffres (erronés) qui ont pesé lourd ...
mardi 7 mai 2002

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En un sens, la défaite du 21 avril s’est jouée, s’est nouée, autour de trois chiffres. Erronés, de surcroît. Erronés, chacun, pour des raisons différentes, mais erronés.

Premier chiffre : les statistiques de délinquance.

Tout le monde se souvient de Jacques Chirac annonçant, le 14 juillet, une progression de la délinquance... Mettant ainsi en orbite ce qui allait devenir le principal thème de sa campagne et de la campagne, plus généralement.

Les spécialistes savaient (et certains journalistes l’ont rappelé) que la statistique annuelle de la délinquance du ministère de l’intérieur (l’état 4001) additionne deux choses : • Elle mesure l’activité répressive de la police et de la gendarmerie, en recensant les crimes et délits que celles-ci ont découverts de leur propre initiative. Elle mesure l’activisme policier. • Elle recense les plaintes que les victimes déposent de leur propre mouvement auprès des services de police et de gendarmerie, et que ceux-ci acceptent d’enregistrer. Elle mesure donc la disponibilité de la police à enregistrer des plaintes. Une disponibilité que la mise en place de la police de proximité avait augmentée.

Une fois que le chiffre a été rendu public, il s’est avéré presque impossible d’expliquer, rationnellement, que ce chiffre reflétait autre chose que la délinquance, qu’on ne savait pas (faute d’indicateur fiable) si la délinquance avait ou non progressé. Le responsable politique qui s’ aventurait à mettre en doute la progression de la délinquance etait suspect de vouloir " minimiser " la délinquance...

Le ministre de l’intérieur, Daniel Vaillant, a contre-attaqué en confiant une mission Christophe Caresche et Robert Pandraud pour réfléchir à un Observatoire de la délinquance ... Même Pandraud a fini par admettre que l’état 4001 était un mauvais indicateur... Mais le mal était fait.

Inutile de rappeler l’exploitation éhontée que la droite a fait de cette augmentation de 5,72 % de la délinquance en 2000.

L’erreur (imputons la à Chevènement), c’etait de n’avoir pas mis en place plus tôt un outil fiable de mesure de la délinquance... Un outil qu’il aurait fallu mettre en place en même temps que la police de proximité (il etait, en effet, prévisible que le déploiement de la police de proximité allait gonfler mécaniquement les statistiques de délinquance).

Deuxième chiffre : la France au douzième rang pour le PIB par habitant...

CE même 14 juillet 2001, Chirac cite un second chiffre : "Un récent rapport de l’Union européenne vient de faire apparaître que, s’agissant de la richesse par habitant, le produit industriel brut par habitant, la France est tombée au douzième rang dans les quinze pays de l’Union européenne ".

Ce chiffre va cheminer, comme un virus, pendant des mois, sans jamais être réfuté. Comment réfuter une étude de l’office statistique européen ? De plus, sa réfutation oblige à entrer dans des raisonnements complexes. "Et puis les batailles de chiffres ennuient les gens "...

Le Monde prend le relais, le 14 janvier 2002, en lui consacrant sa une. " Europe : les Français moins riches que les autres ".

La droite va rebondir sur la une du Monde, stigmatisant l’appauvrissement de la France (et les 35 heures) : la France s’appauvrit car elle travaille moins que les autres.

Fin janvier, quelques économistes mettent en doute , dans le Monde, ce classement, totalement contre-intuitif : ils lui opposent d’autres classements. (OCDE). Ils tentent de relativiser les chiffres Eurostat par la démographie. En fait, aucun ne se doute que cette 12 eme place de la France, résulte, pour une large, d’une erreur.

En février 2002, trois chercheurs de l’INSEE, François Magnien, Jean-Luc Tavernier et David Thesmar publient un document de travail : les statistiques internationales de PIB par habitant en standard de pouvoir d’achat : une analyse des résultats). Dans cette étude, ils reconstituent la chaîne complète de chiffres, de traitements et d’hypothèses. Et identifient plusieurs anomalies, dont la hausse (aberrante) du coût de la construction en 1997. Une erreur commise par des consultants d’Eurostat dans l’évaluation du prix de la construction.

C’est seulement le 29 avril qu’on peut lire dans le Monde l’article de l’économiste Jean-Paul Piriou : " Le recul du PIB français : une erreur ". Jean-Paul Piriou (qui a lu l’étude des trois chercheurs) porte à la connaissance du public l’incroyable "erreur " d’Eurostat.

Le 29 avril : une semaine après le premier tour ....

Troisième chiffre : le différentiel Jospin-Le Pen dans les sondages.

Tous les instituts de sondages ont mis en évidence que l’écart se resserrait, mais aucun n’a clairement envisagé l’hypothèse d’un Le Pen au second tour. Cette " erreur " des instituts de sondages (pour partie, d’origine, technique, pour partie, effet d’un aveuglement), a été largement commentée.

On sait que pas mal de gens auraient voté Jospin le 21avril s’ils avaient su qu’il risquait de ne pas figurer au second tour. La situation aurait été tout autre si les instituts et les médias avaient publié les fourchettes...

Trois chiffres, trois erreurs qui ont pesé lourd.


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