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Fracture numérique, pouvoir d’achat, incitations financiéres a l’équipement (débat temps réels)
janvier 2002

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Le pouvoir d’achat, principal frein à l’équipement des foyers ?

Je suis toujours un peu gêné par cette idée de fracture numérique, si on l’entend comme la conséquence d’une impossibilité financière pour des familles à acquérir du matériel informatique.

Je suis toujours dubitatif sur l’idée que le pouvoir d’achat serait le frein le plus puissant à l’usage d’internet.

-  En effet, dans les familles pauvres, il est évident que l’ordinateur ne figure pas parmi les dépenses urgentes et possibles, mais dans leur cas, je vois mal un dispositif public permettre l’achat d’un ordinateur là où il n’y a pas l’argent pour acheter un cartable neuf à la rentrée !

-  Pour les autres, et notamment tous ceux qui ont des moyens modestes mais qui permettent quand même l’achat de " home cinema ", d’abonnement au satellite, voire de consoles de jeux ou autre biens comparables, je ne sus pas certain que l’obstacle est avant tout financier.

-  On me rétorquera que je parle des classes moyennes supérieures, mais au vu des statistiques de possession de ces biens, et plus prosaïquement, à l’issue de la fréquentation de mon carrefour de banlieue dans le 93, j’ai l’impression que tout cela est plus complexe. Je constate tous les jours des caddies où voisinent l’achat de DVD et de produits alimentaires bas de gamme de premier prix. Sans parler de ces classes de collégiens dont 90% se balladent avec des téléphones portables !

En fait, s’il fallait une incitation à l’usage d’internet, peut-être faudrait-il réfléchir à financer plutôt les " usages ", et notamment les logiciels, CD Rom, et assimilés. On a bien financé les livres scolaires (issus d’étiteurs privés), alors pourquoi pas ?

Bon, par ailleurs, il est trés difficile de mettre en place des allocations de moyens fléchées. La question a été envisagée un temps à l’occasion de la préparation de l loi sur l’exclusion en 1998, (puisqu’on constatait des problèmes d’utilisation de l’allocation de rentrée scolaire à d’autres fins que l’entretien des enfants) mais de multiples obstacles juridiques, éthiques et constitutionnels s’opposait à transposition dans ce secteur d’une solution type chèques déjeuner (chèques utilisables que pour le matériel scolaire, les livres, etc.). OR

La prime à l’achat finance Darty ou la FNAC plutot que les foyers ...

D’où la nécessité pour nous d’investir davantage le terrain et notamment celui des inégalités d’accès aux TIC. Dans le genre politique de relance keynésienne pourquoi ne pas penser à un système de chèque-cadeau en plus du crédit d’impôt pour permettre aux familles qui n’y ont pas accès d’acquérir un ordinateur et un accès à internet ? Des emplois-jeunes seraient chargés d’apporter une aide ou une formation si nécessaire.

-  Ce type de mesure me semble d’autant plus nécessaire que tous les enfants ou presque ont à l’école une initiation à internet mais tous quand ils rentrent chez eux n’ont pas la possibilité de développer leur apprentissage en la matière. La fracture numérique est bien une réalité...

-  Pour ce qui est de la " fracture ", je ne crois toujours pas que la prime à l’achat d’équipement soit une bonne approche. Elle finance Darty ou la Fnac plus que les foyers. Elle est une incitation à la consommation indviduelle, pas au réseau et au collectif. Elle sous-estime les difficultés qu’ont les foyers, meme équipés, à utiliser un internet dont ils ne comprennent pas toujours l’intérêt (les exemples de matériel qui reste inutilisé, ou revendu à perte et dont on continue à payer le crédit, ne sont pas rares). Elle laisse croire que la question de l’accès est binaire (ou vous en êtes, ou vous êtes dehors), alors que la principale question est l’appropriation. Surtout, elle focalise l’attention sur l’équipement, sans passer aucun message sur les autres difficultés excluantes : l’exclusion est d’abord économique et sociale.

-  Mais en sens inverse, certains pays ont favorisé l’équipement (et les communications) et s’en sont bien portés, et l’expérience des Landes (un collégien, un ordinateur portable=14000 pc distribués pour atteindre les familles) est regardée avec prudence même par ceux qui la trouvaient initialement hasardeuse et ruineuse. JM

Dépolitiser les débits, repolitiser les contenus

Je sais que nous sommes tous d’accord avec l’idée que ce sont les usages qui tireront Internet, comme l’annuaire l’a fait avec le Minitel, le porno avec canal +, word avec la bureautique, etc.

Mais il est frappant de voir à quel point cette conviction passe rapidement à l’arrière-plan dès que l’on essaye de définir les contours d’une politique.Des usages réellement utiles, surtout aux plus vulnérables, des pratiques dont les utilisateurs comprennent la valeur d’usage pour eux, une réflexion sur un service public du contenu numérique, l’invention de nouvelles formes de coopération et de mutualisation du savoir, une politique subtile d’aide à la création et à la diffusion de l’innovation... Voilà quelques axes qui pourraient caractériser une politique de gauche.Je pense pour ma part qu’il faut dépolitiser le débit (ce que font déjà les régions et départements, comme en témoigne cette discussion) et politiser le contenu.

Evidemment, concevoir une politique orientée sur les usages (et j’insiste, il ne s’agit pas simplement d’un " contenu " statique, qui resterait tranquillement sur le réseau, accessible aux mieux formés et aux mieux équipés) est une tâche délicate. mais nous avons su, en France, inventer un service public de la télévision, imaginer des dispositifs capable de protéger le cinéma de création, soutenir l’édition de livre. Alors, relevons le gant ! HV

La clef se situe dans l’appropriation et la formation des usagers.

Le développement d’équipements,d’encadrement humain, et surtout de formations sur desutilisations concrètes, avec une " plus-value " immédiatementperceptibles pour l’usager dans les ANPE ou les sécus fera sansdoute plus avancer les choses que du soupoudrage de PC dans lesfamilles. Le cas de l’opération des Landes illustre bien ce propos : l’appropriation a été meilleure que ce que prédisaientles pessimistes chez les enseignants, qui ont bénéficié deformations, mêmes courtes ; l’appropriation par les famillesdes enfants concernés, qui était l’une des priorités du projet,n’a pas fonctionné, sans doute faute de formation accompagnantl’arrivée des portables à la maison... NC

Internet sera plébiscité par les " pauvres " quand son usage permettra de faire des économies d’argent, et pas seulement de temps ...

-  Selon les statistiques d’équipement, les 5% de Français qui n’ont pas la TV se recrutent parmi les plus riches, et spécifiquement ceux qui ont le plus fort " capital culturel ". La télévision est ce que les micro-économistes appelle un " bien inférieur " : plus on est riche, moins on en veut (et en fait, plus on est riche, moins on en a). C’est peut être même un " bien de Giffen " (plus elle est chère, plus on en veut). En effet la télévision remplace, dans l’emploi du temps et dans la consommation culturelle, beaucoup d’autres occupations plus coûteuses (cinéma, restaurant, que sais-je) bien que sans doute plus " désirables " par tout un chacun (pauvre ou riche). Même assortie d’un lecteur de DVD, la TV reste bon marché comparée à une " vie parisienne ". La TV permet au pauvre de faire des économies.

-  Quant au GSM, indépendamment des collégiens, son caractère " substituable " avec le fixe fait qu’un fort pourcentage (10% ?) des foyers n’ont plus le fixe, devenu une dépense additionnelle insupportable sachant que le GSM est devenu " indispensable " à la vie sociale.

-  Conséquence pour l’équipement internet, si comparaison était raison : il sera plébiscité par les " pauvres " quand son usage permettra de faire des économies d’argent, et pas seulement de temps comme c’est déjà le cas aujourd’hui (en plus de son apport culturel, professionnel etc.). FL

Centralité stratégique des usages

Tout à fait d’accord avec l’argumentation qui explique de façon raisonné ce que je ressentais de façon intuitive. D’autres messages ont également bien souligné la centralité stratégique des usages.

-  L’aspect " économie d’argent " est sans doute séduisant, mais je peine à trouver des exemples concrets immédiats (bien que les CV en ligne ou ce genre de services commencent à représenter des économies non négligeables)

-  En tout état de cause, on peut espérer déjà que tout ce qui a été fait autour de l’administration électronique apparaisse progressivement comme une plus-value importante, même si le facteur monétaire n’est qu’accessoire. Je pense notamment à tout ce qui est défense et connaissance de ses droits (moi-même j’ai eu recours dans la vie pratique à www.service-public.fr et y aie appris des choses qui m’ont économisé de fastidieuses démarches auprés de guichets administratifs pas toujours bien " informateurs ").

-  Plus largement, je trouve que des petits services élémentaires sont encore mal exploités, pour des raisons souvent plus culturelles et politiques que techniques. Un exemple limpide dans le système éducatif : la mise à disposition d’adresses électroniques des enseignants et des responsables d’établissements pour les élèves et parents d’élèves. Sans même rentrer dans l’aspect pédagogique (je vois déjà les syndicats expliquer qu’il faut rémunérer cette nouvelle charge de travail ou réduire le temps de service en conséquence...), il ne serait pas stupide qu’un parent puisse communiquer avec son école par mail, plutôt que de devoir " coincer " un interlocuteur entre deux portes ou attendre le rares moments rituels de rencontre institutionnelle. C’est déjà le cas, paraît-il, dans certains endroits, mais c’est loin d’être systématique. Dans un premier temps, il est évident que cela intéressera d’abord un certain type minoritaire de parents... mais à ce compte, ce n’est pas la peine de mettre aussi des conseils d’école au prétexte qu’ils sont squattés par les parents cadres et enseignants ! OR

La question numérique ne se résume pas à des PC bureautiques se connectant au web

-  Le simputer indien mérite certainement toute notre attention.

-  Au-delà, il est clair que la question numérique ne se résume pas à des PC bureautiques se connectant au web : IP est le protocole d’échange qui se généralise pour la plupart des communications, et le développement de la photo numérique, du téléphone portable ou de la numérisation de la connaissance ou des échanges administratifs concerne largement les non-internautes. Je ne suis toujours pas certain que le terme " société de l’information " nous rende service. Mais certain que les enjeux de société sont lourds et insuffisamment assumés par les décideurs politiques. JM

Le coût des logiciels (propriétaires) n’est pas négligeable

Analyse tres interessante, et plus que plausible, mais je voudrais aussi revenir sur un aspect souligne par OR, et qui me semble jouer un role non-negligeable dans cet equilibre economique.

De meme que la collection de CD / DVD est la partie la plus chere d’une chaine HIFI / Video, la collection de logiciels est en general la partie la plus chere de l’equipement informatique. Il me semble que les logiciels libres ont la un role important a jouer, qui complete (entre autres) celui souligne dans l’article du New York Time pour rendre plus accessible les TIC.

De facon generale, on constate que la partie la plus chere (CD, DVD, Logiciels) est la partie immaterielle de tous ces systemes. Si ces masses enormes d’argent allaient aux createurs, ce pourrait etre justifie. Mais c’est tres loin d’etre le cas. Il y a la un vrai enjeu politique ... qui n’est jamais aborde que sous l’angle de la defense de grand groupes industriels specialises dans le parasitage et la taxation privee des createurs de richesses. (avec toutes mes excuses pour ce resume un peu simpliste)

Il faut sans cesse se rappeler que les structures et les mecanismes de l’economie immaterielle n’ont que fort peu a voir avec ceux de l’economie materielle.

Et si le PS et la gauche se preoccupaient un peu plus de propriete intellectuelle et industrielle, le petrole du 21e siecle selon Paul Getty....

Cela peut se traduire non seulement par une appreciation theorique et politique d’enjeux et de rapports de forces, mais aussi par des propositions concretes concernant l’ecole, l’acces a la culture, la gestion du patrimoine culturel, la formation permanente, l’utilisation des aides a la creation, l’organisation de la propriete industrielles (rapports entre PME et grands-groupes), relations avec les pays du sud, etc ...BL


Voir aussi, a propos des incitations a l’équipement des ménages :

Conseil général des landes : l’équipement des éleves en ordinateurs portables Le programme " Brancher les familles " au Québec

Les propositions du PS pour les " technologies de l’information " Démocratiser l’internet pour faire de la France l’économie numérique la plus dynamique d’Europe

Les positions prises par les differents candidats sur la question de l’equipement des ménages

Le candidat Chirac avait repris, quasi au mot pres, ce sous-chapitre du programme de Jospin (écartant au passage les reflexions du RPR qui s’orientaient plutot vers une incitation fiscale, de type baisse de la TVA sur les ordinateurs).

Où est passé le Plan national d’équipement informatique des foyers ? Comment Raffarin révise discrétement à la baisse les ambitions néo-technologiques du Pésident

La presse et les journalistes spécialisés avaient pas mal glosé sur la proximité des propositions de Jospin et de Chirac....

A propos du simputer


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