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Le SPD : vers un parti-réseau ?
samedi 24 août 2002

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Soucieux de toucher un vaste public, les sociaux-démocrates allemands jouent désormais la carte du parti branché. Mais cet ambitieux projet pose de nombreux problèmes, notamment au niveau de l’organisation interne.

Franz Müntefering, le secrétaire général du Parti social-démocrate (SPD), et Matthias Machnig, son trésorier, ont le même rêve, celui de transformer un tacot légèrement rouillé et crachotant (le parti) en fringant 4x4 susceptible d’emprunter les voies peu fréquentées des autoroutes de l’information.

Le SPD doit devenir un "parti en ligne", un "parti numérique" et un "parti-réseau", pour reprendre les diverses expressions employées au sein de l’organisation.

L’objectif, comme l’explique Machnig, c’est de "fédérer les coalitions démocratiques de citoyens, qui sont bien plus hétérogènes sur les plans social et culturel que l’électorat social-démocrate ne l’était à l’âge d’or des partis populaires". Il s’agit de toucher non seulement les électeurs habituels, mais aussi ceux qui se sont élevés dans l’échelle sociale et les "postmatérialistes" pragmatiques. Ceux-ci n’auraient pas besoin d’adhérer au parti, mais pourraient - au cas par cas et selon les thèmes - se regrouper sur des plates-formes précises. Machnig estime que la distinction entre membre et non-membre perd de toute façon toute signification dans le monde des réseaux.

C’est la baisse du nombre des militants qui inspire ce rêve d’un "parti en ligne" se déclinant en plusieurs concepts. En 1976, à l’apogée de la coalition entre les sociaux-démocrates et les libéraux, le SPD comptait plus de 1 million d’adhérents. Ils sont à peine plus de 750 000 aujourd’hui - soit une perte moyenne de 10 000 par an -, et les statistiques n’annoncent aucune embellie pour l’avenir. Car 15 % d’entre eux ont plus de 70 ans.

On peut constater sur le site du SPD que la transformation est en cours. Dès la page d’accueil, on trouve des motions pour le prochain congrès du parti et des informations sur la campagne pour les prochaines élections municipales en Basse-Saxe, que l’on peut télécharger sur son disque dur. Les autres organisations politiques proposent des activités semblables, mais les sociaux-démocrates vous en donnent un peu plus, comme un logiciel qui vous permettra de monter votre propre page SPD ou encore divers réseaux spécifiques.

Le Red Net [réseau rouge], fondé à la fin de l’année 2000, est par exemple destiné aux jeunes. On y trouve moins de politique que de sport, de musique, de cinéma et de fêtes. Il n’est pas nécessaire d’être membre du parti pour participer. "Ce qui est déterminant, ce n’est pas le nombre de jeunes que le SPD compte dans ses rangs, mais combien il en touche et qui ils sont", précise-t-on à la direction du parti. On vise les "réalistes actifs". Un deuxième réseau, constitué en mai, a pour objectif de réunir les sociaux-démocrates âgés de 30 à 40 ans. Il existe également un réseau qui s’adresse aux cadres du monde des affaires proches du SPD : les non-membres du parti y représentent environ 90 % des participants.

Le plus récent projet de Matthias Machnig se nomme spd-online. C’est un réseau interne réservé aux militants. On a commencé à y connecter les cadres bénévoles et les élus du parti le 1er juillet. Les 12 500 sections locales devraient être reliées à la fin de l’année, et tout militant pourra, à moyen terme, s’y connecter en donnant le numéro de sa carte. La centrale du SPD fournit par la Toile à tous les utilisateurs des modèles de tracts et des informations sur le travail du parti. Matthias Machnig a négocié avec Deutsche Telekom des formules spéciales, des "PC rouges" et des packs d’accès au Net avantageux.

Toute réorganisation entraîne inévitablement une modification des structures du pouvoir. Le projet spd-online n’est donc pas sans risques pour le parti. Pour le Bureau national, la communication directe avec les sections locales offre l’avantage d’une transmission des informations aux militants plus rapide, moins onéreuse et plus directe. Mais, pour les organes intermédiaires, cette intervention directe du Bureau national signifie également que la ligne du parti sera davantage déterminée par le haut.

Matthias Machnig et Franz Müntefering ont pu éprouver l’opposition de la base à une intervention directe du sommet lorsqu’ils ont entrepris de réformer la fédération de Rhénanie- du-Nord-Westphalie, la plus grande d’Allemagne. Ils ont certes obtenu en avril - malgré une résistance acharnée - la suppression de certains échelons intermédiaires et l’accroissement des compétences de la fédération.

Les militants, qui viennent en majorité du vivier traditionnel du SPD - les ouvriers et la petite bourgeoisie -, n’ont aucun intérêt à la suppression des structures existantes. Ceux qui se portent candidats à des fonctions au sein du parti ou à des mandats électifs ont souvent mis des années pour en arriver là et ont participé à d’innombrables réunions de comité. On sait d’où ils viennent, et c’est ce que le SPD attendait naguère de ses cadres et de ses élus. Pourquoi ces gens-là devraient-ils abandonner leur influence au profit de personnes qui se tourneront peut-être vers un autre parti ou vers un autre groupe d’action dès l’année suivante ?

Pour calmer les choses entre les militants traditionnels et les sympathisants du "nouveau centre", Franz Müntefering et Matthias Machnig font valoir que les réseaux ne remplaceront pas les structures existantes, mais ne feront que les compléter. Il y a cependant autre chose dans la logique de leur rêve de "parti-réseau" : il ne s’agit pas seulement de faire disparaître la distinction entre membres et non-membres, mais aussi de supprimer celle qui existe entre partis politiques et groupes de défense. Il ne suffira pas pour cela de proposer des promotions sur les "PC rouges," il faudra obtenir l’accord de la base.

Thomas Gutschker FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG Traduit par Courrier International 23/08/2001, Numero 564


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