Si le rapport écrit en juillet 2001 à Phoenix, qui demandait une enquête immédiate sur la présence d’élèves suspects dans les écoles de pilotage américaines, avait été introduit dans le système informatique de la police fédérale, "peu de personnes y auraient eu accès, pour des raisons essentiellement techniques", selon les propos tenus, la semaine dernière, devant la commission judiciaire du Sénat, par Robert Mueller, directeur du FBI.
Les agents de Minneapolis enquêtant sur l’arrestation du Français Zacarias Moussaoui, en août, n’auraient de toute façon pas pu accéder aux données enregistrées à Phoenix : les bureaux régionaux ne sont pas connectés entre eux. La plupart du temps, les rapports ne sont pas archivés sous forme numérique dans leur intégralité. Comme le reconnaissent à demi-mot les porte-parole du FBI, "la transition n’est pas totalement achevée entre les documents papier et numériques". Les agents entrent seulement dans le système un résumé de leurs enquêtes et quelques mots-clés.
Facteur aggravant : les recherches sont limitées à des mots simples comme "aviation" ou "école". Pas question de demander au système de trouver des informations relatives aux "écoles d’aviation" : "Nous espérons disposer dans le futur de la technologie nous permettant de faire ce type de recherche", a déclaré M. Mueller aux sénateurs.
Autre illustration de ce retard : le système d’exploitation utilisé sur la plupart des machines du FBI est le DOS. Il a été créé il y a deux décennies par Microsoft et a aujourd’hui presque totalement disparu, aussi bien dans les entreprises que chez les particuliers, remplacé par des versions de Windows plus modernes et plus puissantes. Le FBI explique qu’en compartimentant ses réseaux et en utilisant des technologies différentes de celles du public - c’est-à-dire souvent obsolètes -, il se protège de la piraterie. "S’il n’y a pas d’informations dans le système, ils n’ont de toute façon rien à craindre des pirates", ironise Melissa Diemert, de la société New World Systems, qui vend des logiciels de gestion d’archives criminelles aux polices locales des Etats-Unis.
Les révélations sur les dysfonctionnements au sein du FBI avant le 11 septembre 2001 ont permis de mettre en lumière l’omniprésence d’une bureaucratie dont la préoccupation principale est de conserver son pouvoir et de dissimuler ses fautes. Mais il n’y a pas eu que des erreurs humaines : les procédures et les moyens techniques de la police fédérale ont vingt ans de retard. Selon M. Mueller, il faudra au moins deux à trois ans pour mettre à niveau le système informatique du FBI. Pas étonnant si les Américains s’interrogent sur la capacité de leur pays à parer les prochaines attaques terroristes, annoncées comme "certaines" par le gouvernement.
Eric Leser, Le Monde 11.06.02