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Vous êtes ici : Accueil > Observatoire des usages politiques et militants de l’internet > Internet et politique : cas d’école... > Philippines : Un président terrassé par les technologies de l’information | |
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mercredi 29 août 2001 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Si les Philippins ont réussi à chasser rapidement leur président corrompu, c’est grâce aux téléphones mobiles et à Internet. Un bon exemple des bouleversements que ces outils introduisent dans les rapports entre les citoyens et la politique. Les événements qui se sont déroulés entre le 17 et le 20 janvier dernier, et qui ont abouti à la destitution du président Joseph Estrada, constituent une première dans l’histoire révolutionnaire des Philippines, voire dans celle de l’Asie ou du monde entier. Ces évènements ont en effet démontré la puissance d’Internet et des technologies de communication cellulaires non seulement dans le façonnage de l’opinion publique, mais aussi dans la moblisation de la société civile au moment où le mouvement se radicalisait. Il ne faut certes pas sous-estimer l’élément essentiel qu’a constitué la colère d’une population acculée. Mais, si ces nouvelles technologies n’avaient pas été à la portée de l’homme de la rue, il aurait fallu beaucoup plus de temps pour mobiliser des individus qui, pour la plupart, n’étaient pas encore intégrés à l’opposition organisée. Et il fallait faire vite. Dans des situations aussi intenses, quelques petites heures de retard dans la bataille auraient pu mettre la révolte en échec. On attribue la mobilisation rapide de la population à l’envoi de textes courts - voire du simple "texting" - sur des téléphones mobiles quelques heures après que 11 sénateurs pro-Estrada eurent enrayé une initiative lancée par les magistrats chargés de la procédure d’impeachment au soir du 16 janvier. L’objectif de ces magistrats était de trouver des preuves permettant d’établir un lien entre le Président et plusieurs milliards de dollars déposés sur un compte bancaire, ainsi qu’avec des transactions commerciales illicites. Internet est également devenu le théâtre de cybercampagnes contre le Président avec l’éclosion de multiples sites dirigés contre lui. Les nouvelles technologies ont joué un rôle clé dans la résolution rapide de la crise politique, estime le sociologue Randy David. "Elles ont permis à la population d’acquérir un point de vue commun sur la crise que traversait le pays", explique-t-il. Le colonel Fermin Javier, qui fut l’ancien directeur exécutif d’un organisme gouvernemental, le National Computer Center, et qui dirige depuis un cabinet de consultants et de formateurs aux nouvelles technologies, notait dans une interview que l’utilisation politique des ordinateurs par le passé (en particulier durant l’époque Marcos) se limitait à faciliter les sondages d’opinion et les enquêtes de popularité. A cette époque, précise-t-il, on n’utilisait les ordinateurs que pour aider à l’analyse des résultats électoraux. Aujourd’hui, le scénario est très différent, remarque M. David en faisant référence aux avancées technologiques significatives intervenues dans le domaine de la télévision et de l’information. "La technologie compresse le temps et l’espace. Elle permet aux gens d’assister aux événements au fur et à mesure qu’ils se déroulent", souligne-t-il. Le fait qu’Internet défie toute notion de taille et de localisation géographique a également permis à des groupes activistes d’exposer plus facilement les problèmes non seulement à un nombre limité de personnes, mais à un public mondial. Même des groupes internationaux ont pu prendre part aux récents événements politiques philippins, comme l’a démontré la société de consultants en renseignements Stratfor.com, dont le siège est au Texas, lorsqu’elle prédit, en novembre 1999, que Joseph Estrada ne terminerait pas son mandat. Il est intéressant de noter à ce propos que Stratfor elle-même crédite le Net de sa participation à la vie politique philippine. "Internet permet à l’information de se répandre dans le monde entier. Stratfor est ainsi en mesure de suivre des événements aux Philippines et dans d’autres pays d’une façon qui était jusqu’alors impossible. Elle est également en mesure de diffuser ses propres commentaires sur ces événements. Des pays tels que les Philippines n’ont pas l’habitude que des étrangers s’intéressent à leurs affaires internes, sauf si ceux-ci ont l’intention de tirer profit de cet intérêt ou si le pays est plongé dans une crise vraiment profonde. L’idée selon laquelle des personnes qui n’ont aucun intérêt à en retirer puissent faire des commentaires sur la vie politique philippine avant même qu’une crise n’éclate est un concept incompréhensible non seulement aux Philippines, mais dans la plus grande partie du monde en développement, où l’on est habitué à être ignoré ou manipulé, mais jamais ’observé’", remarque l’un des responsables de Stratfor. Le recours de plus en plus fréquent à Internet, que ce soit de la part du pouvoir en place, des groupes d’opposition, des groupes de défense d’intérêts et même des rebelles armés, est une tendance forte au niveau mondial. Le site spécialisé Politics Online - qui fournit des outils et des services pour un usage efficace du Net dans le domaine politique - a annoncé dans son Rapport spécial 2001 sur Internet et la politique, paru le 25 janvier dernier, l’émergence d’une "Toile de plus en plus politisée". "Maintenant qu’Internet est un outil politique accepté et indispensable aux Etats-Unis, il faut s’attendre qu’il soit de plus en plus utilisé au niveau international au cours des années à venir", note Andy Brack, journaliste à Politics Online. L’expérience philippine a démontré que les nouvelles technologies étaient des armes puissantes au service de la démocratie, estime M. David. Pour lui, les sources alternatives d’information auxquelles permet désormais d’accéder la technologie rendent très difficile l’établissement d’un régime totalitaire. "Un contrôle complet des médias est devenu tout à fait impossible", explique-t-il. Il a d’ailleurs encouragé la nouvelle administration de la présidente Gloria Macapagal-Arroyo à établir des contacts avec les communautés électroniques composées "de jeunes fortement tournés vers l’avenir, hautement éduqués et familiarisés avec les potentialités des nouvelles technologies", afin que ces communautés aident le gouvernement à promouvoir de véritables réformes politiques et économiques. L’augmentation continue de la pénétration des ordinateurs et d’Internet aux Philippines devrait également conduire à un accroissement de l’usage de la technologie dans le domaine politique, explique M. Javier, qui est également l’actuel directeur exécutif de la formation politique Reporma Politika. De la même façon que chaque citoyen est capable d’utiliser le Net pour communiquer ou pour mobiliser ses compatriotes, M. Javier estime que les politiciens devraient également se tourner vers la Toile pour rester en contact avec leur électorat. "Cela va affecter et transformer non seulement le paysage politique, mais aussi le paysage socio-économique. La façon de faire les choses va changer avec le développement du Net", dit-il. Gouverner ne consistera plus en un processus de décision à sens unique, du sommet à la base, puisque la "base" sera en mesure d’exercer une pression considérable en raison de ses possibilités d’accès aux données vitales. "Les technologies de l’information vont transformer l’homme politique", résume M. Javier. Cependant, il insiste sur le fait que l’usage de la technologie est une affaire entre l’homme et la machine. "Et celui qui contrôle les choses, c’est l’homme", dit-il. Pour lui, la technologie accomplira seulement ce qu’on lui demandera de faire. Et il est toujours possible que l’homme qui lui donne des ordres soit corrompu... Helen A. Jimenez , BUSINESS WORLD , Quezon City (Philippines) Traduit et publié par Courrier International
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