le blog collectif

En matière numérique, le match Obama / Sarkozy se joue ailleurs qu'entre whitehouse.gov et elysee.fr

par Benoît Thieulin
le 30 Mars 2010

La réactivité du web, et son humour, continuent de m'impressionner et de m'amuser : à peine le nouveau site de l'Élysée était-il lancé, fort de sa ressemblance assez frappante avec sa grande soeur whitehouse.gov, que www.whiteelysee.fr apparaissait sur twitter pour s'en moquer gentiment.

Cela dit, aucune honte à s'inspirer de ce qui marche. Le site d'Obama est pas mal, donc, rien d'infamant à suivre la voie, même si l'inspiration frôle en l'espèce un peu trop la copie pure et dure... Regardez quand même ce qu'un graphiste m'a montré : le plagiat se loge même dans certains détails ; dommage, ils auraient pu quand même faire preuve d'un plus d'audace et d'imagination. D'autant qu'il s'agit presque là d'une récidive : le précédent site de l'Élysée avait déjà défrayé la "chronique du web" à son lancement tant il ressemblait comme un clone...au site du candidat Sarkozy pendant les présidentielles... Mais tout cela est anecdotique ; soyons beaux joueurs : le paquet semble avoir été mis sur la production des contenus ; le résultat est pas mal du tout pour un site de pure communication descendante.

Au delà des aspects ergonomique et graphiques, en effet proche de ceux de la maison blanche, et assez efficace, il y quelques tentatives de communications assez ambitieuses qui méritent d'être saluées : "les actions". Passons sur la phraséologie toute sarkozienne, un peu naïve et qui fait un peu sourire... Pour le reste, il y a derrière un gros boulot de structuration et de mise en forme des grands chantiers de sa présidence, reconstruit autour de ses déclarations et déplacements : Présentation en amont du contexte, des enjeux, de la méthode choisie ; description de "l'événement" présidentiel, le plus souvent par un déplacement à grand renfort de photos, vidéos, etc. Puis, présentation en aval des actions, des principales mesures, du bilan (lorsqu'il y en a déjà un) et des prochaines étapes. Le tout décliné sur pas mal de thématiques. Une seule bizarrerie : naviguer dans les thématiques est du coup plus aisé et plus riche à partir des "actions" du président que par les "dossiers", eux, beaucoup plus pauvres en contenus servis sur chacune de leur page.

Autres qualités : la fameuse recherche Exalead qui renvoie au mot près sur l'extrait vidéo du discours ou le président utilise le mot recherché. Impressionnant. Ça fonctionne bien et ca peut être utile... On peut également noter les outils de dissémination, FB connect, la présence même embryonnaire sur les réseaux sociaux, etc. Tout cela n'a rien d'exceptionnel, mais c'est une avancée dans le web public français.

En revanche, là s'arrête la comparaison de part et d'autre de l'atlantique. En effet, on aurait bien aimé que l'Élysée ne se limite pas à cette seule inspiration un peu cosmétique : la force d'Obama dans l'usage qu'il fait d'internet ne tient pas à la jolie réalisation d'un site média bien alimenté en contenus sur l'action présidentielle ; elle consiste bien davantage en la richesse et en l'innovation de l'usage qu'il en fait au delà de sa propre communication institutionnelle, à l'exemple des politiques publiques qu'il mène en matière numérique .

Alors, poussons un peu le parallèle. Et là, on est en droit de se demander :

- Pourquoi l'innovation des consultations publiques organisées par exemple par le département d'Etat américain sur www.state.gov/opinionspace, n'a-t-elle inspirée notre président ? Ou les différents dispositifs de questions mises en débat sur le site de la maison blanche ? Ou encore les émissions en directs ou les internautes posaient des questions via internet ?

- Ou est l'équivalent français de data.gov qui force les administrations américaines à publier l'essentiel des données publiques pour en laisser aux citoyens la possibilité de les exploiter, de les mashuper ? Malgré l'ambition affichée par sa ministre NKM et son appel à projet, qui ne voit que le Président n'en a pas fait l'un de ses chantiers prioritaires, contrairement à Obama, visionnaire, qui a bien compris l'empowerment considérable que cela apporterait à la société ? Voila pourtant un usage révolutionnaire du net, un levier de transformation de l'action publique. Mais sur internet, Sarkozy a préféré le gourdin Hadopi au levier des "open data"...

- La publication des notes, études, et requêtes des Lobbys publiées par Obama sur "You Seat at The Table" de change.gov, trouvera-t-elle un jour sa rubrique jumelle sur Elysee.fr ou ailleurs ?

- Même les "actions" qui sont incontestablement bien réalisées sur elysée.fr, sont loin d'atteindre la traçabilité du "stimulus package" que l'on peut suivre sur www.recovery.gov. Et mieux vaut ne pas parler de www.relance.gouv.fr...

Arrêtons la la comparaison. Au fond, l'analogie entre whitehouse et elysee.fr tient la route tant qu'il s'agit de communication institutionnelle, et encore, descendante. Pour les usages plus "sociaux" et "innovants", sans parler des politiques publiques menées dans le champ du numérique, malheureusement, l'hôte de la maison blanche tient la distance avec le locataire de l'Elysée. Une affaire qui se noue, probablement pour beaucoup, dans l'usage personnel que le premier a des outils internet , et pas l'autre.

Au delà de leur site de com', le match se joue entre un "Président digital" et un "Président analogique", pour reprendre la pertinente expression de Jean-Michel Billaut.

Mots-Clés : elysee.fr, Obama, sarkozy, whitehouse.gov

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