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Un changement très succintpar Alexandre Léchenetle 16 Mars 2010
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Pendant 77 jours, Barack Obama n'était que Président-élu. Alors qu'il voyageait en train et nommait petit à petit son administration, un formidable laboratoire a été lancé sur Internet. Change.gov, Bureau du Président élu. Toujours accessible, mais en partie seulement, le site reste le seul témoin d'une parenthèse folle, celle de l'Open-Government.
Comme l'explique Maurice Ronai, l'Open-Government se construit sur trois piliers : la transparence accrue de la vie politique; l’implication des citoyens à des tâches habituellement réservées aux états-majors et enfin, un effort d’explication des stratégies de gouvernement. Change.gov fut un lieu où l'on a pu mettre en application ces principes autour d'une promesse : "Barack Obama va utiliser les outils technologiques les plus récents pour faire un gouvernement moins attachés à l'intérêt de certains groupes privés et lobbies et promouvoir la participation citoyenne dans la prise de décision du gouvernement."
L'explication de la stratégie n'est pas forcément le plus simple à mettre en place. Surtout au niveau des consciences. Expliquer en toute transparence quelles sont nos méthodes, notre façon d'agir n'est pas facile à concevoir. Même si des vidéos assez pédagogiques étaient émises pendant la campagne, aucun processus de ce genre n'a été pleinement effectif pendant la période de transition. L'administration s'est contentée de communiquer sur toutes les nominations sur le blog et de répondre aux questions des internautes-citoyens. Pour cela, deux sessions d'Open for Questions ont été organisées. Comptabilisant plus de 120 000 contributeurs pour près de 90 000 questions, les sessions s'organisaient comme sont organisées la plupart des consultations sur Internet. Certains internautes-citoyens posaient des questions, d'autres les précisaient ou votaient pour encourager ces questions. Les questions ayant les meilleures notes furent celles qui furent retenues pour que l'équipe y réponde. Ces deux "conférences de presse participatives" ajoutées à des forums permettant de débattre et de poser des question sur des points du programmes ont donné une certaine transparence à la stratégie de l'administration. Loin, cependant, d'explications claires sur les alliances ou les nominations comme on pourrait s'y attendre.
Quelques jours avant l'investiture, le "Citizen Briefing's Book" commence à s'ouvrir. Il rassemble automatiquement les propostions et contributions émises sur Change.gov et en accepte de nouvelles. Grâce à un système d'évaluation simple, les meilleures propositions sont gardées pour constituer les recommandations des citoyens pour le Président. Ce livre est un moyen ludique et facile pour l'équipe de transition, puisque crowdsourcé, de constituer la synthèse, comme le souligne Techpresident. Le 10 mai 2009, un livre rassemblant ces propositions est déposé sur le bureau du Président. Toutes les propositions y sont présentées de manière non-éditorialisées, classées par notes et par catégories. Un nuage de mot présente pour chaque catégorie les idées clés. Aujourd'hui, malgré une présentation du livre par Barack Obama dans une vidéo, on ne sait guère ce qu'il est advenu des propositions. Pas de déclarations, ni de suivi des propositions.
L'équipe de transition s'est également attaqué aux lobbies. Après une annonce pour des nouvelles règles éthiques qui règelementent notamment le passage de l'administration aux lobbies ainsi que les échanges d'argent, s'ouvre le 5 décembre 2008 l'espace "Seat at the Table" sur le site. Seat at the Table, comme son nom l'indique, propose à tous les internautes de prendre leur place à la table des négociations. À chaque fois que l'équipe de transition rencontre une association, ce rendez-vous est signalé sur le site, puis s'y ajoutent tous les documents fournis par ces organisations. Les recommandations, qui sont un plancher et non un plafond, comme le souligne le mémorandum émis par John Podesta, précisent que chaque document, chaque rendez-vous, doit être signalé sur le site, et qu'il doit être permis à l'internaute de commenter celui-ci. "Nous voulons nous assurer que nous donnons aux états-uniens une "place à table" et que nous tirons un bénéfice de leurs avis."
Près de 1862 réunions ont été ainsi enregistrée, accompagnées à chaque fois d'au minimum un document sont ainsi en ligne. Les commentaires sont réguliers et plutôt nombreux. Bel exemple de démocratie en marche, si jamais les propositions avaient été prises en compte. Le lendemain de l'investiture, le temps se fige. Il ne fait aucun doute que les associations d'intérêt et les lobbies continuent d'assaillir l'administration Obama. Cependant, les internautes-citoyens n'ont plus la chance de savoir ce qu'il se passe.
En France, on pourrait s'inspirer de celà. Si le pouvoir des lobbies ne semble pas aussi important, les propositions d'amendements sont très fréquentes. En imaginant une coopération complète des assistants parlementaire qui pourraient indiquer qui sont les personnes qui leur soumettent des amendements, on pourrait à la fois savoir quels associations ont des intérêts dans quelle loi et surtout, par un outil d'analyse sémantique, quelles associations se rapprochent. Une cartographie nous montrerait ensuite si les débitants de tabac et les sympathisants du libre sont sur la même longueur d'onde. Peut-être qu'un tel outil nous dévoilerait que les agriculteurs ont favorisé le vote de certaines lois sur l'école le samedi matin !
Change.gov est aujourd'hui un sanctuaire. Sa porte, discrète, une fois poussée, nous amène vers un lieu désert, ou émergent encore de temps en temps des vidéos du site de la Maison Blanche, poussés par des RSS. Les contributions sont désormais interdites, certaines archives sont encore accessibles, d'autres ont été supprimées. Après la grande communication autour de la création de data.gov, les idées de l'Open-Government, malgré leur vivacité pendant la transition, se sont heurtées à l'exercice du pouvoir.
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